Extraits de :

« XVIe siècle au Pays des Collines »
 
Édité par l’Écomusée du Pays des Collines, imprimerie Illustrata sprl B8870 Izegem, 2006.

 

 

La démarche de l' Ecomusée du Pays des Collines

par André Cotton, Conservateur du Musée

 

 

 à poursuivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

André Cotton

 

 

 

Le XVIe siècle au Pays des Collines

par Adrien Dupont

 

 

          Depuis longtemps, le Pays des Collines est un pays empreint d'imaginaire. Le surréalisme y est de mise : il suffit de se rappeler Louis Scutenaire, René Magritte ou encore Watkyne et son Folkart. Quelque part aussi, ce sont les Terres de Débat médiévales au sujet desquelles certains événements ponctuels pourraient faire songer qu'elles ne sont pas oubliées dans l'inconscient collectif.

          Il est curieux de se poser une question. Rien que se la poser car les réponses sont multiples et variées. Des animations touristico-folkloriques développées ou ravivées indépendamment ces trente dernières années dans la région des Collines pourraient avoir un point commun : le seizième siècle.

          Le 5 juin 1568, le comte Lamoral d'Egmont, seigneur de La Hamaide, est conduit sur le marché de Bruxelles pour y être décapité. A la fin du mois d'août 1583, Sébastien de Tramasure, capitaine de la garde bourgeoise de Lessines, tient tête victorieusement aux troupes anglo-bataves. En 1612, trois femmes des environs d'Ellezelles sont condamnées pour faits de sorcellerie et brûlées.

          En 1974, un premier cortège historique rend hommage au plus célèbre des gens de La Hamaide. En 1983, à l'occasion du 400e Festin, un groupe de Lessinois décide d'étoffer la fête à Notre-Dame, soutien du capitaine Tramasure, par les animations Renaissance. En 1972, Jacques Vandewattyne et ses élèves de l'Athénée d'Anvaing réveillent les Chorchîles et réinventent un sabbat et des libérations à Satan.

          Le seizième siècle est une époque traversée de nombreux courants. Il est un temps de découvertes et d'explorations. Les espagnols colonisent l'Amérique du Sud et les Portugais l'Inde et le Japon. Magellan fait le tour du monde et Las Cassas défend les Indiens d'Amérique. Les sciences, les arts et les lettres disposent d'éminents porte-étendards. Copernic révolutionne le monde et Paré la chirurgie. Da Vinci et Bruegel exercent leurs talents picturaux. Montaigne, Cervantès et Shakespeare écrivent des chefs-d'oeuvres.

          Sur le vieux continent, Charles Quint termine l'unification territoriale et politique des Dix-Sept Provinces. Des conflits militaires ravagent l'Europe, des campagnes franco-espagnols en Italie à la grande faucheuse Guerre de Trente Ans. Le seizième siècle, ce sont surtout les guerres de religion consécutives au mouvement réformateur initié par Luther en 1517. Empire, France, Angleterre, Pays-Bas sont déchirés par de longues et coûteuses guerres civiles.

          Nos régions, le Pays des Collines en particulier, sont impliquées dans les troubles nationaux. L'année 1566-1567, dite des  « Merveilles », marque le passage des bandes iconoclastes. Entre 1572 et 1585, les incessants combats de reconquêtes des gouverneurs généraux, comme Farnèse, impriment endubitablement la mémoire collective. Lessines est pillée une première fois en 1578 et Frasnes en 1580.

          La population, quant à elle, est partagée entre divers sentiments. Déjà dans les années 1530-1540, des vagabonds parcourent les Collines. Le phénomène s'accentue avec les guerres qui malmènent les habitants et les obligent à vivre comme ils peuvent. Des bourgeois favorables aux idées nouvelles sont contraints à l'exil. Hivers rigoureux et rareté des céréales affaiblissent jeunes et moins jeunes, notamment en 1556-1557 et 1586. Un autre mal, la peste, traverse endémiquement le Hainaut d'un pas allègre et y accroche durement ses crocs en 1578 et 1636.

          Dans le cadre du contrat de pays, l'Écomusée du Pays des Collines a décidé de consacrer ses activités 2006 autour du thème du XVIe siècle. Une exposition en sera le témoin.

          Elle mettra en avant la Renaissance dans notre région aujourd'hui verdoyante. Des aspects de la vie quotidienne, comme l'agriculture, la démographie, les costumes, les jeux et les transports, plongeront le visiteur dans le tous-les-jours de nos aïeux. Les baillis, églises et chapelles rappelleront les arcanes souvent complexes des cadres administratifs et religieux.

          Une part importante sera aussi consacrée à la manière dont les événements locaux ont été interprétés par nos contemporains, notamment à la fin du XXe siècle. Des éléments des cortèges historiques  de La Hamaide figureront en bonne place à côté de témoignages du Festin 1583 de Lessines et du Sabat des Sorcières d'Ellezelles.

          Se poser la question des réminiscences de faits historiques et de leur réappropriation aux cours des siècles peut ne pas paraître innocent. Le tout est porteur de sens, des significations qui jalonnent notre existence. Des expositions comme celle-ce sont l'occasion de s'y attarder quelques instants. Un catalogue agréablement illustré accompagne l'exposition. Des textes thématiques offrent des éclairages propres à enrichir la réflexion.

 

 

Adrien Dupont
            

 

 

Un Grand emporté dans la tourmente de son siècle :

le comte Lamoral d'Egmont (1522-1568)

par Adrien Dupont

 

 

 

          Aux prémices du XVIe siècle, le village de La Hamaide était un fief lige relevant de la pairie de Silly. Avec Wannebecq et Mainvault, il formait une importante signeurie organisée autour d'un château féodal. Depuis le Moyen Age, la seigneurie était détenue par la famille de La Hamaide. En 1530, au décès de Jacques III de Luxembourg, gouverneur de Flandre, prince de Steenhuyze et de Gavre, etc, la seigneurie est dévolue à sa soeur François, veuve du comte Jean IV d'Egmont. Le couple a trois enfants : Charles, Lamoral et Marguerite d'Egmont.

          Né au château de La Hamaide le 18 novembre 1522, Lamoral d'Egmont connaîtra un grand et tragique destin. En 1528, son père, Jean IV, décède au service de l'empereur à Milan. En 1538, Charles et Lamoral accompagnent Charles Quint en Espagne. En 1541, ils font partie de l'expédition contre Alger. Charles d'Egmont décède à Carthagène le 7 décembre 1541, Lamoral devient alors le chef d'une de plus puissantes maisons des Pays-Bas.

 

 

                                     

                               Le château de La Hamaide, lieu de naissance du Prince d'Egmont. Dessin de Madou.

 

          Le 8 avril 1544, à Spire, il épouse Sabine, comtesse palatine et duchesse de Bavière. Charles Quint, son frère Ferdinand, les Electeurs et des princes d'Allemangnes assistent aux noces. De cette union, naîtront onze enfants : trois fils et huit filles.

          De 1546 à 1558, Lamoral se montre un grand militaire, il est de la plupart des campagnes contre la France. En 1552, il rejette les Français hors du Luxembourg. Nommé capitaine général de tous les chevaux légers des Pays-Bas, il joue un rôle déterminant dans les victoires de Saint-Quentin (1557) et de Gravelines (1558). En octobre 1546, l'empereur l'admet dans l'Ordre de la Toison d'Or. En 1548, il est aux côtés de son souverain lors de la tenue de la Diète d'Augsbourg. Après le traité de Cateau-Cambrésis (1559) Philippe II nomme Lamoral d'Egmont au titre de gouverneur capitaine général de Flandre et d'Artois et l'appelle à siéger au Conseil de l'État. Pour lui commence alors un destin politique.

 

Ordre de la Toison d'Or

 

          Sans se soucier de la participation des grands seigneurs nationaux dans les affaires des Pays-Bas, Philippe II installe un comité secret aux côtés de la gouvernante générale Marguerite de Parme. Cette consulta est composée de trois hommes forts : Viglius, président du Conseil Privé, le baron de Berlaymont, chef du Conseil des Finances et le cardinal Grandvelle, évêque d'Arras. D'emblée une lutte s'engage entre le primat de l'église et des membres du Conseil de l'État, le Prince d'Orange et le comte d'Egmont en sont meneurs. Avec le comte d'Hornes, ils forment une ligue contre Granvelle. A force de remontrances et de pressions, le cardinal quitte Bruxelles en mars 1564.

          L'année suivante, le comte d'Egmont se rend en Espagne afin d'obtenir du roi des concessions pour mettre un terme aux agitations des Dix-Sept Provinces, il n'a rien obtenu. Début 1566, Egmont avertit à nouveau Philippe II du mécontentement général qu'il constate en Flandre. Bien qu'il n'ait pas signé le compromis des Nobles, Lamoral promet toujours la modération des placards de Charles Quint, l'abolition de l'inquisition, le pardon pour les confédérés repentants, la liberté de conscience et la convocation des États généraux. Plus tard, il renouvelle son serment de fidélité à Marguerite de Parme.

          En juillet 1567, le duc d'Albe entre dans les Pays-Bas avec des bandes d'Espagnols. Egmont l'attend à Tirlemont ; l'accueil est glacial. Le 9 septembre, convoqués pour un motif futile dans l'hôtel du duc, les comtes d'Egmont et d'Hornes sont arrêtés. Malgré le fait qu'il soit justiciable du Chapitre de l'Ordre de la Toison d'Or et du Conseil du souverain de Brabant, Egmont est jugé devant le Conseil des Troubles instaurés par Albe, pour crime de lèse-majesté et de rébellion. Condamné à être exécuté par l'épée, Lamoral d'Egmont est transféré de sa prison de Gand à Bruxelles. Le 5 juin 1568, il est décapité sur le place du marché au Sablon, entouré de 22 compagnies d'arquebusiers rangés en bataille.

          En 1573, le nouveau gouverneur général, Luis de Requesens, dissout le Conseil des Troubles et accorde une large amnistie. Fils aîné de Lamoral, Philippe d'Egmont est rétabli dans ses titres et rentre en possession des biens confisqués.

 

b Bibliographie a

- T. JUSTE, Lamoral d'Egmont, dans Biographie Nationale, t. V. col. 490-590/R.
- DUHAUT, Le chemin du comte d'Egmont, dans Bulletin du Cercle d'histoire de l'entité de Lessines, n° 23, septembre-octobre 2002, p. 2-15.
-
A. GOSSENS, Le comte Lamoral d'Egmont (1512-1568). Les alias du pouvoir de la haute noblesse à l'aube de la Révolte des Pays-Bas, Hannonia 2003 ( Analectes d'histoire du Hainaut, t. VIII).

 

 

Adrien Dupont
 

 

 

 

 

Les souverains habsbourgeois et leurs représentants

dans les Pays-Bas espagnols

par Adrien Dupont

 

 

          Avant de plonger dans l'histoire du Pays des Collines et alentours au XVIe siècle, il est intéressant de nous rappeler par qui nous étions gouvernés ou administrés.

 

 

 

 

 

 

                                                                                    

                                                                                                           Charles Quint                                                                                             

 

 

                                         

                   Philippe II par Titien.                                                                                 Marguerite de Parme. Peintre anonyme.

                                                     

 

Adrien Dupont
        

 

 

Les jardins de Mariemont au temps des archiducs Albert et Isabelle par Israël Sylvestre (1673).

 

 

 Entre terre et ciel au seizième siècle

Le Pays des Collines sous des aspects de pratique religieuse

par Adrien Dupont

 

 

 En 1999, Michel et Benoît écrivaient à Odile : « Dans les Collines … il y a toutes ces chapelles de hameau, ces églises de village dont les clochers nous guettent de haut.  Ici le « Bon Dieu » n’est jamais loin et partout on vénère ses saints … »[1].

Cet extrait n’est qu’une petite réminiscence de la situation existante dans notre région au XVIe siècle, un siècle fortement marqué par les querelles liées aux troubles politico-religieux. Un des griefs soulevés par la noblesse de nos contrées est son opposition à la réforme des évêchés voulue par le roi Philippe II. En 1559 principalement et en 1560, le Pape promulgue deux bulles qui font passer de 4 à 14 le nombre de diocèses des Pays-Bas espagnols. Cela se répercute, comme de juste, au niveau des doyennés de chrétienté.

Pour l’essentiel, néanmoins, le Pays des Collines ressort de l’évêque de Cambrai et du doyenné de Saint-Brice[2]. Suite à la refonte des circonscriptions, les villages d’Amougie et de Russeignies suivent leur doyenné de Pamele, englobé désormais dans le nouveau diocèse de Malines en 1561. Par ailleurs, quelques paroisses du doyenné de Chièvres sont incorporées dans le nouveau doyenné de Lessines[3].

Certaines localités ont la particularité d’être une succursale d’une autre paroisse. Ainsi, Ainières dépend d’Arc, Ellignies de Buissenal et Orroir de Celles. Chacune ayant son propre saint (Vincent, Quentin et Brice) différent de l’église mère (Martin, Antoine et Christophe). Saint-Sauveur restera une dépendance de Dergneau jusque 1550 avant d’être érigée en paroisse autonome.

Chaque paroisse est dédicacée à un saint patron. Martin recueille quatre occurrences[4], Nicolas et Pierre trois[5] et Amand deux[6] ; enfin quatorze autres saints[7] se contentent d’un édifice. Ces noms ne sont pas innocents. Martin souligne généralement l’ancienneté de l’implantation. Derrière eux se profile également la présence de possessions de communautés religieuses, au travers de la collation de la cure et de la perception des dîmes.

 

   Carte du Hainaut figurant les abbayes par D. Misonne, extraite des Albums de Croÿ, vol V. Hainaut t. II.

 

C’est entre les IXe et XIIe siècles que se fixent les zones d’influence des chapitres et abbayes. A côté de leur mission de guide spirituel, ils agissent également comme collecteurs de deniers du culte et comme propriétaires fonciers importants.

L’abbaye Saint-Amand en Pevèle est collatrice à Anvaing et perçoit la dîme à Anvaing, Saint-Sauveur et Houtaing. L’abbaye Saint-Denis-en-Broqueroie confert la cure à Saint-Sauveur, Dergneau et Oeudeghien ; elle y perçoit la dîme en tout ou en partie. Saint-Lambert de Liessies est collatrice à Cordes, La Hamaide et Ostiches ; elle y partage les dîmes avec Ename et Cambron. L’abbaye Saint-Martin de Tournai nomme le prêtre à Flobecq et Hacquegnies et y reçoit les revenus ; de plus, elle est décimatrice à Mainvault et Buissenal. L’abbaye Saint-Sauveur d’Anchin couvre Frasnes et Moustier. Le chapitre Saint-Hermès de Renaix exerce ses droits de collation et de dîme à Russeignies, Amougies et Anseroeul. Le chapitre Saint-Pierre de Leuze est collatrice à Forest, Buissenal, Montroeul et Houtaing mais ne perçoit qu’à Buissenal. Des abbayes plus lointaines se réservent collation et dîmes : l’abbaye Saint-Nicolas (près de Laon) à Arc, Wattripont et Ainières et l’abbaye Saint-Thierry (Reims) à Orroir et Ellezelles.  Les chapitres de Condé, d’Antoing et de Tournai reçoivent une partie de la dîme à La Hamaide, Ostiches, Moustier et Dergneau ; et l’abbaye d’Inde à Ellezelles.

Cette complexité d’ordre spirituel se marque aussi dans le sol.  Excepté les plus éloignés, chacun de ces chapitres ou abbayes dispose de fiefs ou de seigneuries ecclésiastiques plus ou moins étendus dans toutes les localités du Pays des Collines, ou seulement des rentes ou des bois[8].  S’y ajoute l’abbaye de Saint-Ghislain avec un fief à Hacquegnies, à Moustieret à Mainvault[9].

Il n’empêche que d’autres institutions puissent élire domicile dans la région. Tantôt ce ne peut être qu’une ferme importante servant de pied à terre comme la ferme de l’abbaye d’Aulbecq à Flobecq dont le censier est apparenté par les femmes au censier de Cambronchau. La ferme de Cambronchau à Wodecq est propriété de l’abbaye cistercienne Notre-Dame de Cambron[10]. L’abbaye de Cambron possède également des dîmes et des terres à Dergneau, Oeudeghien, La Hamaide, Ostiches et Frasnes. Toujours à Oeudeghien, l’abbaye Saint-Michel en Thiérache détient un prieuré, dit de Moorsiel.

 

                                                           

                                                                                                                   Ferme de Cambronchau, dessin de P. Lemercier, 1969.

 

Tantôt ce sont des communautés entières. A Flobecq, l’abbaye du Val des Vierges et des religieux Guillelmites sont installés dès le XIIIe siècle[11]. En 1509, deux religieux allant de Saint-Omer à Saint-Adrien s’arrête à Flobecq pour y prier une image de Notre-Dame et trouve le lieu convenable pour y fonder un couvent. Dit de Bethléem, il sera occupé par des Sœurs Grises du Tiers ordre de Saint-François[12].  Quelques-unes iront créer un autre couvent de Trinitaires à Frasnes vers 1522, dont le lieu de culte est consacré en 1538. Dans la ville toute proche de Lessines, outre l’hôpital Notre-Dame du XIIIe siècle[13], des Sœurs Noires augustines venues de Mons en 1527 remplacent des Sœurs Grises franciscaines installées dans un ancien béguinage depuis 1470.

La vie paroissiale est dirigée par le prêtre. Il a charge d’âmes, célèbre les offices et accompagne ses paroissiens dans les étapes de leur vie chrétienne (baptêmes, fiançailles, mariages et décès). Des confréries animent leur patron. Les confréries professionnelles touchent les métiers du textile comme le drap et la toile.

La peste ravage endémiquement notre région du XIVe au XVIIe siècle[14], en particulier en 1578 et 1636. Après la Vierge, les saints protecteurs les plus invoqués sont saints Roch, Eloi, Antoine et Adrien. Les pèlerinages régionaux s’en trouvent accrus : à Notre-Dame à Tongre, à Chièvres et à Oeudeghien ou à Adrien à Grammont. À Lessines, l’Hôpital reçoit une ordonnance de l’évêque en 1580, est en conflit avec le magistrat en 1582 et lève de l’argent en 1584 pour subvenir aux besoins engendrés par les pestiférés.

 

 

 

Dès avant le XVe siècle, sans que l'on puisse préciser depuis quand, derrière le choeur de l'église d'Amougies, était située une chapelle dédiée à sainte Marguerite. Le culte à cette sainte est assez développé dans le village et dans les alentours : en 1569, le Liber Memorialis de la paroisse signale un grand pèlerinage en son honneur.

 

 

Le quotidien est égrené par les fêtes patronales et les pèlerinages. A Amougies, un pèlerinage est organisé en hommage à Sainte-Marguerite. Les reliques de Saint-Servais sont approchées afin de guérir les enfants paralysés ou qui ont mal aux membres ainsi que pour la guérison des animaux domestiques. A Flobecq, il y a pèlerinage et procession à Saint Christophe. Citée dès le XIVe siècle, la chapelle Notre-Dame de Wilbourg accueille un pèlerinage ; il est mentionné en 1550. A Houtaing, les reliques de saint Quirin auraient la vertu de guérir de la cécité et de maladies de la peau. Notre-Dame de Noyon est priée à Lessines par les femmes souhaitant une heureuse délivrance. A Montroeul, une statue miraculeuse accueille les pèlerins le lundi de Pentecôte au moins depuis 1316. A Moustier, une confrérie Notre-Dame procession le 2 juillet à la chapelle. À Ogy, saint Blaise guérirait de maladies des yeux. La procession de Saint-Hermès de Renaix, le Fiertel, passe en janvier dans les villages d’Ellezelles, Saint-Sauveur, Wattripont et Russiegnies.

 

De tous les saints, la Vierge Marie est la plus invoquée. Les chapelles placées sous son vocable sont légions. Dans une description adressée à Odile, il est question de « tout un rosaire d’oratoires à la Vierge [qui] ceinture la région d’un chapelet réconfortant contre fièvres et peurs »[15]. Dans l’église de Frasnes, la chapelle Notre-Dame remonte au XIIIe siècle ; en 1575, son bénéfice revient à l’écolâtre du village. A Hacquegnies, Notre-Dame de Wilbourg serait la survivance christianisée d’un culte celtique. À la garenne de La Hamaide, Notre-Dame des Anges veille sur les poulains. En 1634, Jacques Desfarvacques fonde la chapelle de la Consolation sur le « champ de la Justice » à Lessines. À Bronchenne (de Lessines vers Ollignies), une chapelle est érigée en l’honneur de la Vierge miraculeuse qui au XVIe siècle a sauvé Jean Lemaire des Barbaresques d’Alger. Toujours à Lessines, il faut citer Notre Dame de la Porte d’Ogy. A Montroeul, Notre-Dame des Joyaux et à Moustier la chapelle du cimetière avec sa statue polychrome. A Oeudeghien la chapelle Notre-Dame du Buisson[16] est bâtie par la famille d’Egmont en 1606 suite à la guérison des membres perclus du petit Louis par la vierge se trouvant les aubépines[17]. Avant 1538, la famille Deffarvacques fonde la chapelle de Scaubecq à Wannebecq. Des bénéfices de chapelles sont recensés à Forest, Frasnes, Moustier et Montroeul.

 

Entre Lessines et La Hamaide, la vue du cartographe de la fin du XVIIe siècle présente un bel alignement de lieux dédiés à Notre-Dame : les chapelles de la Consolation, de la Miséricorde, de Scaubecq et la ferme de Cambronchau.

 

 

D’autres chapelles n’en demeurent pas moins présentes. À Ellezelles, celle des Soldats contient une Piéta sous son autel, celle de Saint-Roch au Mont et celle de Paix à la Padrye. La chapelle Saint-Anne au hameau du Bois à Flobecq est citée au XIVe siècle, à l’emplacement d’un oratoire du IXe siècle ; deux ermites y vivent. Un autre ermitage existe à Lessines au hameau du Calvaire.  La chapelle des fiefs, puis des fièvres, se situe à Wodecq. Une chapelle de la Sainte-Croix est sur le territoire d’Anseroeul.

Encore à Oeudeghien, une vierge des arbres  est proche de la cense d’Orlinquant. Le culte aux arbres possédant des vertus curatives est fréquent dans les Collines. Les pratiques qui y sont attachées se situent à la limite de l’orthodoxie[18]. Des arbres, dits Saint-Pierre, sont localisés à Ostiches et à Ellezelles. Ils sont généralement situés près d’un carrefour et à proximité d’une chaussée « Brunehaut ». Arbres à clous, leurs vertus curatives sont à rapprocher de celles de l’arbre Saint-Antoine et du feu du même nom, comme à Erbaut, ou du robinier de l’Arconpuche à Stambruges[19].

 

                       

                    Le chêne Saint-Pierre d'Ostiches représenté sur une carte de 1692.

 

Durant la première moitié du XVIe siècle, le Pays des Collines n’a pas eu trop à se soucier des guerres hispano-françaises.  Quelques bandes de vagabonds sont passées chez nous durant les années 1530-1540. Douze arrestations sont opérées à Frasnes pour des vols commis à Chapelles-à-Wattines, à Saint-Sauveur et à Frasnes. Une nouvelle vague de brigandages sévira entre 1554 et 1574. Dans ce contexte, en 1569, Philippe II octroie la fondation d’une compagnie d’archers sous l’invocation de Saint-Sébastien à Flobecq contre les déprédations et exactions de bandes réfugiées dans les bois de Flobecq et d’Ellezelles.

Plus tard seulement, la secousse de la Réforme fera parler d’elle. En 1517, Martin Luther publie 95 thèses sur les abus régnant au sein de l’Eglise catholique. En 1521, la Diète de Worms le condamne pour hérésie et l’excommunie. C’est le début d’un mouvement réformateur qui traverse toute l’Europe et qui causera nombre de guerres de religion. Parmi ses émules, Jean Calvin prêche à Paris en 1532 et rédige son ouvrage, l’Institution de la religion chrétienne, en 1534. En 1541, il est à Genève où il instaure un gouvernement rigoureux et confessionnel. Les idées calvinistes se diffusent dans les Pays-Bas espagnols par le biais des Huguenots français et des relations des marchands (du textile principalement).

Entre 1522 et 1550, Charles Quint édicte dans ses États des placards destinés à étouffer la foi nouvelle, sans pouvoir l’enrailler. En 1566, la révolte gronde. La lettre de Ségovie ne parvient pas à les tempérer. L’indignation qu’elle provoque est exploitée par les hérétiques.  D’un autre côté, la haute noblesse des Pays-Bas est en conflit avec les positions intransigeantes du roi Philippe II. L’ascendant du Cardinal de Granvelle sur la gouvernante Marguerite de Parme, la réforme des évêchés imposée par le souverain, la réception des décrets du Concile de Trente, etc, poussent une partie de la noblesse belge, menée par le Prince d’Orange et les comtes d’Egmont et d’Hornes, à signer le Compromis des Nobles en avril 1566. Sous l’impulsion des prêches protestants de Gand, la Nouvelle Genève, une révolte populaire d’inspiration calviniste va ravager les Pays-Bas. Durant un an à partir d’août 1566 des furies iconoclastes traverseront les provinces espagnoles. Ce sera l’Année des Merveilles. Le Pays des Collines se sera pas épargné.

 

                            

                                  Charles Quint par Titien.                                             

 

En 1551, le châtelain d’Ath doit accorder une attention particulière à la surveillance de plusieurs lieux du quartier de Renaix, plus spécialement au village de Saint-Sauveur où « l’infection d’hérésie est grande ». Durant les troubles religieux, le Prieuré de Morsiele à Oeudeghien est abandonné ; il sera reconstruit au début du XVIIe siècle. L’église de Montroeul-au-bois est incendiée par les Gueux en 1560.  Deux Tournaisiens sont arrêtés en 1565 à Hacquegnies pour saccage de la chapelle du cimetière et destruction d’images ; ils seront pendus.  L’année suivante, Jehan Leclercq et des complices sont arrêtés à Frasnes pour l’assassinat du chapelin d’Escanaffle.

Bien que la gouvernante générale ait pu faire revenir le calme, Philippe II envoie le Duc d’Albe pour la remplacer, il est accompagné d’une armée de soldats espagnols. En 1567, il instaure le Conseil des Troubles ; une répression à contre temps peut commencer.

 

Protestant et baron de Leuze, Floris de Montmorency est étranglé dans sa prison d’Espagne en 1569. Originaire de Louvignies, Nicolas de Landas est un proche de Lamoral d’Egmont ; il est signataire du Compromis et ses biens seront confisqués. Des notables lessinois sont également convaincus d’hérésie et partent pour l’exil dans des villes comme Anvers, Audenarde, Gand[20]. Leurs biens sont confisqués et mis en location.

Le cas qui a le plus marqué La Hamaide est l’arrestation de Lamoral d’Egmont. Militaire et membre de la haute noblesse des Pays-Bas, il est un des chefs de file du mouvement d’opposition aux mesures intransigeantes de Philippe II. Après un procès de huit mois, d’octobre 1567 à mai 1568, il est exécuté avec le comte d’Hornes sur la place de Bruxelles le 5 juin 1568.

En 1576, six propriétaires de Saint-Sauveur voient leurs biens confisqués. En 1580, il est procédé à un état des lieux de cinq maisons et héritages confisqués durant les troubles.

Une paix relative suit l’Année des Merveilles jusqu’en 1572 où le port de Brielle sera pris par les Gueux des Mers. La guerre civile commence dans les Dix-sept Provinces. En 1576, les États Généraux se réunissent pour apaiser le conflit[21] et concluent la Pacification de Gand. En 1579, la Paix d’Arras réunit les provinces fidèles à l’Espagne et l’Union d’Utrecht celles qui y sont opposées. Alexandre Farnèse est nommé gouverneur général et entame une reconquête dans l’espoir de restaurer l’unité. Son œuvre s’arrêtera en 1585 après la prise d’Anvers.  Ici aussi, la guerre civile touche la région des Collines.

L’église de Buissenal est reconstruite en 1575-1577. En 1580, le village de Frasnes est envahit par une garnison d’Audenarde, le village est pillé, l’église et des maisons sont incendiées. En 1581, l’abbaye de Ghislenghien est mise à feu. En 1582, des déserteurs originaire de Frasnes et La Hamaide sont arrêtés et pendus. En 1580 à Oeudeghien, le namurois Pierre Clément est condamné à six ans de prison pour avoir été soupçonné d’espionnage en faveur de l’ennemi. En 1583, Jean Bru est pendu pour des méfaits commis à Saint-Sauveur, Houtaing, Mainvault et Frasnes. La même année, le père de Jacques Desfarvacques participe à la campagne du Duc d’Alençon sur la Belgique. En 1584, à Oeudeghien également, Jean Du Tordoir est arrêté pour meurtre d’un soldat, vols avec violence et soupçon de piromanie.

En 1578, Lessines est prise par les Gueux ; la ville est mise à sac et pillée. Cinq ans plus tard, en 1583, la garde bourgeoise dirigée par Sébastien de Tramasure fait face aux troupes anglo-bataves. La Vierge lui inspire une audacieuse sortie offensive. Victorieux, les Lessinois décident de commémorer l’événement par une procession annuelle en l’honneur de Notre-Dame de Noyon à la Porte d’Ogy.

L’atmosphère ambiant de la fin du XVIe siècle dans ce coin du Hainaut est propice à faire ressurgir des tréfonds de l’inconscient collection une autre hérésie : la sorcellerie. Selon le professeur Irsigler, cinq conditions doivent être réunies pour déclencher une chasse aux sorcières. À savoir : une grave crise sociale, une propension de la base à la persécution, une tolérance des autorités pour les procès de sorcellerie, une connaissance de la doctrine démonologique et une disposition des juges à orchestrer les procédures à leurs fins en vue l’exercice du pouvoir.

Le climat de guerres civiles et religieuses, la délation, le soupçon, la volonté politique du souverain[22] (Philippe II puis les Archiducs) à vouloir rétablir l’ordre et l’unité politique et religieuse, etc sont autant de facteurs qui entrent dans les critères de ces conditions.

Ainsi en 1595, des procès pour faits de sorcellerie sont intentés à Hellebecq, Bassily et Bois-de-Lessines[23]. De mars 1610 à mars 1612, le bailli de Lessines – Flobecq est confronté également à des cas de sorcellerie[24]. Agnesse Deleplache, Martine Delevigne, Catherine Delevoye, Quintine Deleclisserie et Madelaine Lestarquy ont été interrogées puis suppliciées par le feu pour avoir perpétré quelques maléfices.

De la refonte des évêchés dans les Pays-Bas des Habsbourgs d’Espagne en 1559 à la trêve de douze ans conclue entre les Archiducs et les nouvelles Provinces Unies en 1609, le Pays des Collines figure comme un bel exemple de ce que nos contrées ont pu vivre comme événements au cours du XVIe siècle.  L’omniprésence des cadres institutionnels ecclésiastiques (paroisses, doyennés, communautés religieuses), les pratiques liées au culte (offices, processions, pèlerinages, dévotions particulières), les guerres politico-religieuses, le brigandage, les épidémies et les hérésies étaient le lot quasi quotidien de la population des villages des Collines...

 

 

Wannebecq, retable de Saint-Leger.

 

 

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[1] Petites Fugues dans le Pays des Collines, M. Fischer et B. Urbain, M. Fischer Editions, 1999, p. 58.
[2] Ce sont un peu plus des deux tiers des localités formant l’actuel Pays des Collines, à savoir : Anseroeul, Anvaing, Arc, Ainières, Buissenal, Cordes, Dergneau, Ellignies-lez-Frasnes, Forest, Frasnes-lez-Buissenal, Hacquegnies, Herquegies, Houtaing, Montroeul-au-bois, Moustier, Orroir, Saint-Sauveur et Wattripont
[3] Il s’agit d’Ellezelles, Flobecq, La Hamaide, Mainvault, Oeudeghien et Ostiches.
[4] Arc, Frasnes, Montroeul et Moustier.
[5] Pour Nicolas, Hacquegnies, Oeudeghien et Wattripont.  Pour Pierre, Ostiches, Mainvault et Ellezelles.
[6] Anvaing et Russeignies..
[7] Parmi ces 14 saints, il n’est dénombré que deux saintes : Anne à Herquegies et Marie Madeleine à La Hamaide.
[8] Pour en avoir un bel aperçu, il suffit de se rapporter aux ouvrages de Willy Delhaye par exemple : Histoires deFrasnes-lez-Buissenal, Anvaing, Ellignies-lez-Frasnes, Hacquegnies, Moustier, Buissenal, Oeudeghien, Saint-Sauveur, Dergneau et Wattripont parues dans les Annales du Cercle royal d’histoire et d’archéologie d’Ath, t. LIII (1993), LVII (2000) et LIX (2004).
[9] Le territoire de Mainvault est particulièrement morcelé : il y est relevé sept fiefs et seigneuries ecclésiastiques qui dépendent des chapitres de Tournai, de Nivelles et de Leuze et des abbayes de Saint-Ghislain, Ghislenghien, Tournai, Ath (Notre-Dame du Refuge).
[10] F. De Cacamp et J. Lemercier, Une vieille famille athoise. Six siècles d’histoire de la famille Lemercier (autrefois le Merchier dit le Bosquillon), 1370-1970, dans Annales du Cercle royal d’histoire d’Ath, t. XLIII, 1970, p. 217-229.
[11] En 1232, le monastère du Val des Vierges (ou de Notre-Dame du Refuge) migre vers Maghdendaele, il conservera néanmoins la ferme de Labiaubeke.  Le monastère des Guillelmites (ou Mont Notre-Dame) existe depuis 1283 ; en 1650 il est en ruine.
[12] Incendié en 1550, il est confirmé en 1603.
[13] L’Hôpital Notre-Dame à la Rose est réformé en 1530 et doté de nouveaux statuts en 1567.
[14] J. Dugnoille, La peste à Ath et en Hainaut du XIVe au XVIIe siècle, dans Epidémies et endémies à Ath et en Hainaut du Moyen Age au XIXe siècle, Ath, 1998, p. 89-126.
[15] Petites fugues, op. cit., p. 59
[16] Il y est attaché une charge de cantuariste.  Deux cantuaires sont repérés à Ellezelles et à Wattripont.
[17] Le pèlerinage qui s’en suit nécessite un agrandissement dès 1610-1611.
[18] Plus près de Dieu. Les arbres dans la croyance populaire, dans Arbres remarquables de Belgique. 100 arbres, leurs petites et grandes histoires, Y. De Beule et P. Geerts, Lannoo, 2005, p. 146-163.  B. Stassen, La mémoire des arbres, t. I : Le temps, la foi, la loi, Bruxelles, éd. Racine, 2003, p. 90-191.
[19] Stassen, op. cit., p. 115-118, 162 et 182.
[20] L. Jous, Lessines à la fin du XVIe siècle : quelques suspects d’hérésie, dans Bulletin du Cercle d’histoire d’Ath, n° 42, novembre 1974, p. 384-385.
[21] Le conflit avait alors repris vigueur suite aux saccages perpétrés par les soldats espagnols mutinés et sans solde.
[22] Il faut se rappeler ici l’ordonnance de Philippe II en 1592 contre la sorcellerie.
[23] M. Deltenre, Une épidémie de sorcellerie à Hellebecq, Bassily et Bois-de-Lessines au crépuscule du XVIe siècle, dans Annales du Cercle royal d’histoire d’Ath, t. LVIII, 2002, p. 195-278.
[24] J. Vandewattyne, A Ellezelles, on brûle encore les sorcières !, dans Hainaut Tourisme, n° 159, juillet 1973, p. 115-118

 

               


Adrien Dupont
 

 

 

 

 

 

L'enseignement au XVIe siècle

Maître Etienne Broustin

par André Cotton

 

 

Sous l’ancien régime, l’enseignement dans les villages se résumait, bien souvent à des leçons de catéchisme, parfois à un peu de lecture et d’écriture. Il visait le plus souvent à orienter les plus doués des enfants, vers l’état ecclésiastique. [25]

Primitivement, un marguillier était sacristain et chantre. Il devait en outre, tenir école sous la surveillance et la direction du curé.

Ces fonctions ne tardèrent pas à se dédoubler et un « magister » fut spécialement chargé de l’instruction religieuse et de l’éducation des enfants.

Ce premier maître d’école proprement dit, ici à La Hamaide, était un chapelain, religieux, puis un laïc et aussi parfois, un ermite de Moorsiel. Sa nomination appartenait à l’abbaye de Liessies. Cette maison religieuse fournissait, chaque hiver, trois monts de bos et ung cens de fagots à li magister.

En 1565 seulement, on rencontre le nom de « Sire Jehan Croiseau, pasteur de la hamayde comme bénéficier de li escollatrye d’icelle ville ».[26]

Dans l’obituaire formé dans l’église d’Oeudeghien en 1651, il apparaît plusieurs obits chargés d’une distribution en argent ou en pain blanc à faire aux enfants d’eschole. C’était le cas notamment pour l’obit à chanter au mois de janvier, pour Sire Olivier Huart, curé mort en 1562.[27]

La matricule de l’université de Louvain mentionne des étudiants de La Hamaide bien plus tôt que pour les villages voisins. On y trouve

-         de 1457 à 1475, Jean de Lahamaide, Hector de Lahamaide, Arnold Fils de seigneur Arnold de Lahamaide, Egide Rijckaert, Jean de Bilenwis, Jean fils d’Etienne de Lahamaide ;

-         entre 1514 et 1527, Jacques de Luissignies, Maître Jean de Baudrenghien, Otto Bassy, Jean fils d’Ysbrand Pierre ;

-         entre 1529 et 1562, Nicolas de Gant, Pierre Hourri, Pierre fils de Jean My, Etienne Broschin ;

-         entre 1622 et 1643, Raphaël Le Plat, Jean Borghel, Philippe Bondroit ;

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Lahamaide fournit à Louvain beaucoup d’étudiants au XVe siècle, très peu au XVIIe.[28]

Comme le dit l’abbé Albert Delcourt, le village de La Hamaide était privilégié. Nous avions l’église sainte Marie-Madeleine, la chapelle castrale dédiée à saint Valentin et l’ermitage de Morsiel. On pouvait donc espérer disposer, plus tôt qu’ailleurs, d’un personnel religieux de meilleure formation et plus abondant. Il ne faut pas oublier que bon nombre de curés de village pouvaient à peine lire. C’était là une des critiques que soulevaient les « réformés » et à laquelle l’Eglise a répondu en créant les séminaires dans les évêchés.

Selon les prescriptions du concile métropolitain de Cambrai de 1586, les parents étaient obligés d’envoyer leurs enfants à l’école sous peine d’être déférés aux magistrats communaux.[29]

Parmi les enfants de La Hamaide, il y avait, dans la première moitié du XVIe siècle, le petit Etienne.

Comme les autres enfants du village, il suivait les indications du maître ou écolâtre. Celui-ci avait comme matériel pédagogique le livre et la verge. Les élèves écrivaient sur leurs genoux, assis sur un banc.[30]

Nous ignorons sa date de naissance, mais nous pouvons affirmer qu’il était très doué. Etienne Broschin ou Broustin[31] étudiait à l’université de Louvain entre 1529 et 1562.

L’abbé Meunier le décrit comme écrivain ecclésiastique. Il fit ses études de philosophie et de théologie. Ayant pris ses grades académiques, il se livra à la prédication avant de devenir curé de Cateau-Cambrésis et doyen de ce district. En 1573, il fut le premier curé chanoine de l’église saint Géry à Valenciennes. Ses nombreux ouvrages, écrit en latin, ont paru à Douai et à Louvain en 1593, 1598 et 1608. Dès 1586 il obtient la cure de Mainvault où il s’éteint en 1606.[32]

 

  1577 à 1588. – Durant la période troublée, tant au point de vue politique que religieux, vers la fin du XVIe siècle, les calvinistes iconoclastes exercèrent avec une audace inouïe leurs méfaits dans nos campagnes. La région comprise entre Ath, Frasnes et Lessines en devint le théâtre. A la Hamaide, non contents de prêcher leurs doctrines, ils s’attaquent à l’église, abattant toutes les statues et empêchant les fidèles d’accomplir leurs devoirs religieux … Il n’est pas qu’aux modestes chapelles échelonnées le long des chemins, qui ne devinrent victimes de leurs dépréciations sacrilèges.

Les habitants exaspérés leur résistaient avec force et, maintes fois, de véritables batailles s’engagèrent, à la suite desquelles les réformés avaient dû fuir, mais ils revenaient sans cesse à la charge. Enfin, un dur combat livré aux portes de Lessines, en août 1563, les mit définitivement en complète déroute, après plus de cinq années de cruels ennuis.

(Notes de Maître Broustin, curé et Histoire de Lessines)

 

Ce dernier texte est révélateur de la personnalité d’Etienne qui s’inscrit dans la ligne de la contre-réforme. Ses publications à l’université de Douai le sont tout autant.

En effet, créée, en 1560, par Philippe II, à l’instigation de Granvelle, elle restera fidèle au Saint-Siège sous la houlette de la Compagnie de Jésus qui en constituait l’élément majeur.[33]

Son histoire est aussi révélatrice du rôle de l’Église sous l’ancien régime. Elle permettait à des enfants de modeste origine d’accéder à des postes importants à condition de rester en son giron. Elle disposait ainsi de personnes compétentes, reconnaissantes donc, souvent, dociles. Comme ces personnes ne pouvaient léguer leurs bénéfices qu’à l’Église l’ordre établi n’en était pas troublé.

 

 

Une leçon, Ovide moralisé (vers 1320).

 

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[25] Willy Delhaye, Histoire de Frasnes-lez-Anvaing – III dans Annales du Cercle Royal d’histoire et d’archéologie d’Ath et de sa région, tome LIX. p. 485.
[26 Abbé L. Meunier, Monographie historique de La Hamaide, Renaix 1933. p. 107.
[27] Willy Delhaye o.c. p. 485.
[28] Albert Delcourt, Mélanges Albert Delcourt dans Etudes et documents du Cercle Royal d’histoire et d’archéologie d’Ath et de la région tome VIII, 1989, p. 180.
[29] Albert Delcourt, o.c. p. 174..
[30] Idem..
[31] Etienne Broschin dans la matricule de l’université et Etienne Broustin dans la monographie de l’abbé L. Meunier.
[32] Abbé L.Meunier, o.c. pp. 142-143.
[33] Gilbert Dehon dans Annales du Cercle Royal d’histoire et d’archéologie d’Ath et de sa région tome XLVI, 1976-1977, p. 207

 

 

André Cotton


 

 

 

Les Baillis de La Hamaide au XVIe siècle

 par Philippe Debaudrenghien

 

 

C'est dans la lignée des « Missi Dominici » de Charlemagne que le comte de Flandre, Philippe d'Alsace créa au XIIe siècle « les baillis », appellation venant du latin « bajulus », signifiant : porteur ; portefaix ; messager.

L'avènement du régime féodal fit du village de La Hamaide un fief lige relevant de la pairie de Silly. Avec Wannebecq et Mainvault, il formait une seigneurie consistant en un château, en villes, maisons, usines, terres labourables, bois et pâturages sur lesquels le châtelain avait les droits de magistrature et de toutes justices. Les baillis détenaient le pouvoir judiciaire et les peines encourues pour les délits les plus graves, relevant de la haute justice, étaient le gibet ou le pilori. Dans ce second cas, le condamné était alors exposé aux yeux de tous, les jours de fête et de marché, avant d'être reconduit dans un cachot jusqu'à la fin de sa peine. Les fautes de moindre importance, traités en moyenne ou basse justice étaient respectivement sanctionnées d'emprisonnement et d'amendes.

Comme dans toutes les communes disposant d'un échevinat libre, c'est-à-dire indépendant du clergé, le bailli, était directement nommé par le seigneur du village, qui le recrutait au sein de la petite noblesse instruite de son entourage. Cet officier d'armes aux pouvoirs étendus dirigeait en son nom l'exploitation de la baronnie et veillait à la bonne exécution de ses ordres sur ses terres. Il avait pour ce faire, le droit de ban et donc le pouvoir de commander, de contraindre et de déléguer des prérogatives normalement réservés au seigneur. Pour l'aider dans sa tâche, le châtelain plaçait sous son autorité une cour féodale spéciale composée d'hommes de fiefs, de sergents et d'un greffier.

La proximité de terrain du bailli et de ses hommes, sur une seigneurie très étendue, permettait au châtelain de gérer plus efficacement son bien, d'être informé de ce qui se passait sur ses terres et d'y faire régner l'ordre. En somme, d'asseoir son autorité.

Le bailli avait en outre des tâches administratives. Il signait en qualité de témoin les actes officiels, nommait aux différents emplois de la baronnie et recevait entre ses mains les prestations de serment des intervenants. Quand un cens (impôt) sur l'exploitation des fiefs relevant de La Hamaide fut d'application dès 1479, c'est encore au bailli que revint la tâche de le percevoir en plus de la dîme (dixième des récoltes) et des redevances diverses, qui rapportaient déjà plus de 2200 livres tournois. Il pouvait recourir, si besoin en était à la répression et même à la force. Il avait le droit d'accusation, de prise de corps, d'emprisonnement et de prélèvement d'amendes sur lesquelles il était rémunéré.

Étant à la fois juge et partie, l'ascendant que le bailli pouvait avoir sur les villageois ne devait pas le rendre très populaire aux yeux de la population, mais gageons que pour sa propre crédibilité, il devait faire montre d'une grande probité.

Bien que le fonction ne soit pas héréditaire, à La Hamaide elle sera durant les deux premières tiers du XVIe s. par trois générations d'une même famille : les Baudrenghien.

 

Établis en Hainaut depuis des temps immémoriaux, ils portaient sur leur blason les armes du village, brisées de besants et possédaient à Flobecq le hameau qui porte, encore aujourd'hui, leur nom : Boudenghien, demeure ou manoir de Bauduin, propriété rurale de ces seigneurs, étendue à l'époque sur au moins quatre-vingt bonniers.

En 1485, au décès de Michel de La Hamaide, mort sans descendance, sa cousine Marie de Berlaymont (1529), douairière de Fiennes en Artois et dame de Ville (Pommeroeul), hérita de la seigneurie. Vers 1502 elle nomma comme bailli de ses terres, l'écuyer Jacques de Baudrenghien, alors âgé d'une quarantaine d'années, et déjà en charge des baillages de Lessines et Flobecq, depuis 1495. Il tenait de son père, Arnould, les fiefs d'Ansermont et de Ghomanpont. Certains généalogistes avancent que c'est lui qui, au tout début du XVIe siècle, aurait repris les armes de sa mère Flandrine de La Hamaide.

 

Blason de la famille de Baudrenghien.

                                                             

Jacques avait épousé quelques années auparavant, Antoinette de Luxembourg, fille illégitime de Jacques de Luxembourg (1442-1517), et de N. de Reyghersvliet. Il occupa sa fonction jusqu'à la Saint-Jean 1523, et s'éteint le 17 mai de la même année, âgé d'environ 63 ans. Il fut inhumé en l'église de Lessines, dont il fut un temps le mayeur, fonction qui lui avait permis, entre autres de présider la cour féodale.

En 1530, au décès de Jacques de Luxembourg, troisième du nom, la seigneurie revint à sa soeur, Françoise (1495-1557), veuve du comte Jean d'Egmont (1490-1528) et mère de trois enfants prénommés Charles, Lamoral et Marguerite. A cette époque, Ernould de Baudrenghien, qui avait en charge le baillage de La Hamaide et de ses appartenances, cumulait lui aussi un mayorat à Grammont. On peut imaginer le nombre de déplacements à cheval et de kilomètres parcourus que lui imposèrent ces tâches. Après une vie bien remplie, Ernould fut inhumé en l'église de La Hamaide, sous le tableau de pierre le représentant en armes : « Chy devant gist sires Ernould de Baudrenghien, escuyer, fils de Jacques, en son temps Mayeur héritable de Grammont, Bailly de la Hamaÿde et appartenances, lequel trépassa le 4 septembre 1546 ».

 

 

                                                                     

                                                                                    Arnould de Baudrenghien      

 

Il ne reste malheureusement aucun vestige de cette ancienne église, qui, condamnée par son délabrement fut détruite en 1787.

Le comte Lamoral d'Egmont naquit au château de La Hamaide le 18 novembre 1522. Neveu du roi d'Espagne par sa mère, il porta les titres prestigieux de Prince de Gavre et de Steenhuysen ; Baron de Fiennes, Gaesbeke et Hamaide ; Seigneur de Purmerent, Hoogwoude, Aertswoude, Beyerland, Sottenghien, Dondes, Auxy et Baer ; Capitaine général des Pays-Bas sous Charles Quint ; Chevalier de la Toison d'Or ; Chambellan de Sa Majesté Impériale et Conseiller 'État de Flandre et d'Artois sous Philippe II.

Au décès prématuré de son frère aîné, Lamoral porte seul le titre perpétuel de comte, accordé à son grand-père en 1486 par Maximilien II. A la tête de la seigneurie, il nomme Jehan de Baudrenghien comme bailli de ses terres et le loge en sa propriété de Wannebecq, au château du Blockhus, riche et vaste bâtisse avec douve et pont-levis.

En octobre 1555, Charles Quint abdique des Pays Bas en faveur de son fils Philippe, dont la politique autoritaire deviendra rapidement impopulaire, faisant sans le savoir le lit des Calvinistes. Entre 1558 et 1563, les baillis de notre région, eurent d'ailleurs fort à faire avec les iconoclastes, qui exercèrent leurs méfaits avec une audace infinie. A La Hamaide, non contents de prêcher leur doctrine, ils s'attaquèrent à l'église, abattant toutes les statues et empêchant les fidèles d'accomplir leurs devoirs religieux.

Suite à la démarche infructueuse du comte d'Egmont parti informer le souverain du grand ressentiment que suscitait sa politique, une délégation de gentilshommes de moyenne et de petite noblesse se rendit à Bruxelles, le 5 avril 1566 pour être reçue par la régente, Marguerite de Parme, afin de lui remettre une pétition, un « compromis », clandestinement rédigée par le baron Philippe de Marnix (1538-1598) et signé par nombre de nobles, revendiquant la défense des privilèges du pays, corrodés par les abus de l'inquisition.
Ce texte audacieux commençait en ces termes :
« Que contre le serment de Sa Majesté a fait à Dieu, et à ses fidèles sujets des Pays-Bas, il ait à toute force voulu introduire et imposer la pernicieuse Inquisition, laquelle est non seulement déraisonnable et contraire à toutes lois tant divines qu'humaines, mais aussi surpassant toutes les rigueurs et cruautés que jamais aient par ci-devant pratiqué les plus cruels tyrans infidèles et païens
»...

La soeur de Philippe II, promit d'envoyer une délégation en Espagne pour aviser son frère de la situation et en l'attente d'une décision de sa part, de modérer les édits contre les hérétiques. A quoi le comte de Berlaymont s'emporta : « Comment, Madame, Votre Altesse a-t-elle crainte de ces gueux ! » .

Le saccage des églises par les iconoclastes le 23 août, fut sans doute l'événement catalyseur qui décida le souverain à nommer comme gouverneur des Pays-Bas, le redoutable Ferdinand Alvares de Tolède, duc d'Albe, lui donnant toute autorité et les moyens nécessaires pour extirper l'hérésie, à n'importe quel prix.
Avec son arrivée commença une ère de terreur. Rapidement surnommé « le Noir » par la population, en raison de son habillement en accord avec la noirceur de d'âme. Albe instaura le « Conseil des troubles », tribunal d'exception qui prononcera entre 1566 et 1568, huit mille condamnations à mort, dont celle du malheureux comte d'Egmont. 

Dans la foulée de la confiscation des terres et des biens du comte, son bailli, fut également inquiété. Victime d'une révélation, Jehan de Baudrenghien fut accusé d'avoir participé au « Compromis » et fut emprisonné à Lessines et jugé à Mons en avril 1568 :

« Information faicte et tenue par Louys Carlier et Gilles Mouwe, commis au fait des troubles de la ville d'Enghien et au saisissement de biens de monseigneur d'Eghmont, sur la qualité, vie, conversation et renommée de Jehan de Baudrenghien, bailly de La Hamaide et aultres terres en Haynau appertenans audits seigneur d'Eghmont, suspecté d'avoir signé et consenti à la conjuration et requeste du cinqysme d'avril xv° et lxvj.

A Mons, le XVème jour d'avril XV et LXVIJ avant Pasques.»

« Bon Frasneau, commis aux confiscations, engé de xxv ans ou environ, enquiz et adjuret sur les faits ci-dessus, dict et affirme que puelt avoir demi an et plus, estant à la compaignie de Martin Ghillet, tombant le propoz sur les Gheulx et conséquamment de Jehan Baudrenghien, bailly de La Hamaide, iceluy Martin dist et déclara que, peu auparavant, il avoit accompaigniet ledit Baudrenghien avoit comptet en la meisme compaignie qu'il revenoit ou avoit plus ledit Martin que iceluy Baudrenghien debvoit avoir signé avecq les aultres. Et plus avant n'en seet. Concluant.»

(Signé) : Bon Franeau

« Martin Ghillet, sergent de la court à Mons, de xlv ans d'eage, adjuret et enquis deuement, dit et affirme que tost enssuyvant la requeste présentée à Madame per les gentilzhommes Gheux, estant en la ville d'Ath, au logis du Healme, où aussy  estoient Jacques Moreau, advocat, et le bailly de La Hamaide et plusieurs aultres, oyt ledit bailly dire et confesser qu'il avoit esté du nombre et avecq ceulx qui présentèrent ladicte requeste ; ayant encore aultre foiz oy luy réitérer la mesne chose, en la maison dudit Jacques Moreau en la ville de Mons. Se luy samble que ledit bailly surnommet Baudrenghien disoit aussy d'avoir signé et fait barbe à me dicte dame avecq les aultres, lais ne vouloit affirmer ny certifier plus avant. Concluant à tant.»

(Signé) : Martin Ghillet

« Jacques Moreau, advocat en la court de Mons, en eage de cincquante ans ou environs, enquis et adjuret comme les précédens, dict et affirme que, au quaresme de l'an xv' et soixante-cinq, estant à Bruxelles, en certaine commission pour la dame de Dechin contre le seigneur de Hoochstrate, avecq commis et clerc, telz que Jehan le Vallet, Grard Dubois et Thomas Leveau, greffier de la court de Leuze, où aussy estoit comme procureur de ladicte dame Jacques Desperies, clerc demorant audit Mons, estant certain jour sur bailles, véit les gentilzhommes venir et aller la seconde fois vers Madame, pour présenter quelques escript ; ayant recognu lors Jehan de Baudrenghien, bailly de La Hamaide, auquel il demanda s'il estoit de leur trouppe, qui respondit que oy. A quoi luy avoit répliqué s'il avoit bien penset, et que luy et aultres s'en repentiroient plus tost qu'ilz ne pensoient et estoyent fort abusetz. Dont ledit Baudrenghien ne feist que rire, disant que ce quaresme estoient le dernier. N'ayant par luy deposant entendu d'iccluy qu'il eult signet avecq les aultres. Concluant.»

(Signé) : Jacques Moreau

« Gérard Dubois, prévost d'Eslouges, demorant en la ville de Mons, de xxxvij à xxxviij ans d'eage, examinet par serment, dit et affirme qu'il estoit en commission pour la dame de Dechin contre le seigneur de Hoochstrate, avecq le tesmoing précédent et aultres, et ce en la ville de Bruxelles, y a deux ans ou environ, certiffiant avoir veu plusieurs fois les gentilzhommes aller vers Madame, mais n'avoit veu ny reconnu en leur troupe le bailli de La Hamaide, trop bien s'estoient luy déposant et le précédent abordez d'iccluy, le trouvant à la court, avecq lequel avoient pourmenez quelques temps, mais n'avoit entendu, du moins retenu s'ilz eulrent quelques propoz ou devise touchant le requeste desdits gentilzhommes, ne s'il disoit estre de leur compaignies, ou avoir signet avcq les aultres ; ayant bien oy dire d'aucuns que ledit Baudrengyen avoir plusieurs fois dict : « Vive les Gheux !» Concluant à tant.»

(Signé) : Gérard Dubois

« Arnold de Harchies, advocat postulant résident en la ville de Mons, en eage de xxxviij ans ou environ, enquis et adjuret, par serment, dit et affirme que, puis trois sepmaines ou environ, estant à Wannebeke, (village voisin de La Hamaide et qui faisait partie de la baronnie de ce nom où les baillis de La Hamaide avaient un logis de fonction) au logis de Jehan de Baudrenghien, bailly de La Hamaide, iceluy, entre aultres devises, luy avoit dit et déclaré que, estant en la ville de Bruxelles, aux temps que la requeste avoir esté présentée à Madame, auncuns gentilzhommes luy avoient requis vouloir signer avecq eulx ladicte requeste, disans que monseigneur de Stambruges, Georges de Ligne, monseigneur de Frezin, Charles de Gavre, et aultres principaulx gentilzhommes avoient signez, et que ce estoit seulement pour garder que l'inquisition d'Espaigne ne fust establye par-dechà.
 
A quoi il s'estoit condescendu et avoir mis sa signature sur ung papier blan, où ne y avoit aultre escripture ny signature, n'estimant (comme il disoit) mésurer de tant que aultres gentilzhommes de plus grand estat qu'il n'estoient avoient semblablement signez, et n'estoit allet audit Bruxelles à telle intention et le seulement fait à la requeste et instance desdits gentilzhommes, lesquelz touteffois ne luy avoit nommet ny déclaret, qui l'avoient à cela incité, luy demandant s'il ne vouloit estre des leurs. Et démonstroit ledit Baudrenghien (cela réeitant) d'n estre fort dolent, car les larmes luy sortoient des yeulx et disoit qu'il estoit et vouloit demorer bon catholique et fidel serviteur de Sa Majesté, comme luy déposant l'estime et cognoit, affirmant que par plusieurs fois ayant esté audit Wannebeke, l'a veu hanter l'église et esté à la messe, qui est tout ce qu'il en seet. Concluant.
»

(Signé) : Arnold de Harchies

Ceste enqueste ainsy faite et achevée a esté, pour approbation plus ample de vérité, soubzsignée de nous prénommez, le xxxiiij' jour d'avril 1568.

(Signé) : L. Carlier ; G. Mouwe, 1568

 

Jehan devant abandonner sa fonction de bailli et son logement, eut malgré tout plus de chance que le pauvre comte d'Egmont, exécuté quelques semaines plus tard en place publique, laissant par la force des événements, dans le dénuement le plus complet, une épouse aimante et onze enfants.

En 1573, Luis de Requesens, plus modéré, succéda au duc d'Albe comme gouverneur des Pays-Bas. Il dissout le Conseil des Troubles et accorda une large amnistie, dont bénéficia Philippe d'Egmont, le premier fils de Lamoral et filleul de Philippe II, qui recouvra titres et biens. Il est cité en 1577 : « Messire Philippe, Comte d'Egmont, prince de Gavre et Stenhuse, baron de Baer, Sgr. De Fiennes et de la Hamaide, chevalier de la Toison d'Or, etc. en vertu d'engagement que lui a fait Madame Françoise de Luxembourg, douairière d'Egmont, etc.»

Les documents officiels, dénombrements, oeuvres de loi, comptabilité, procès, etc. mentionnaient généralement le nom de l'officier seigneurial en charge de les rédiger.

A ce sujet, une importante comptabilité de la baronnie de Lahamaide entre 1479 et 1795 est conservée aux Archives de l'État à Mons, et aux Archives Départementales du Nord à Lille. On retrouve un dénombrement du village daté de 1589, où Philippe d'Egmont est cité en noble et puissant seigneur du fief lige de le Hamaide mais le bailli n'y est malheureusement pas nommé.

Le dernier bailli du siècle fut probablement Jean Le Roy, évoqué au tout début du XVIIe siècle dans les relevés de la Pairie de Silly.

Comme pour tourner la page de ce siècle troublé, Philippe II s'éteignit avec lui, prêtant la destinée de ce qui lui restait des Pays-Bas, après la sécession orangiste, aux archiducs Albert et Isabelle qui s'efforceront d'agir en souverains nationaux.

Mais ça, c'est une autre histoire...

  

b sources a

- Devillers Léopold -- Jehan de Baudrenghien et le Compromis des Nobles
- Matthieu Ernest -- La Pairie de Silly, fiefs et arrière-fiefs
-
Meunier -- Monographie de La Hamaide
-
Recueil de pièces relatives aux troubles religieux du XVIe siècle (t. I, n° 76, aux Archives de l'État à Mons)

 

 

 Philippe Debaudrenghien