Références en bas de page.

b HISTOIRE DE HAYBES-SUR-MEUSE a

par

Louis de la Hamaide

 


 

in memoriam

Louis de La Hamaide

Haybes 1865          Bruxelles 1943

Officier de la Légion d'Honneur
Officier de l'Ordre de Léopold
Officier de l'Ordre de la Couronne

Ancien Président de l'Union Française
Groupement des Français en Belgique

 

 

 

b EN GUISE DE PRÉFACE a

« Quand on aime son pays, on désire en connaître l'histoire ». C'est en ces termes que commence l'avant-propos d'un manuscrit sur l' « Histoire de Haybes » composé par Monsieur Louis de la HAMAIDE quelques années avant sa mort. Des circonstances ont voulu que ce travail tombât entre les mains d'un prêtre intéressé par l'histoire locale. C'est ce document qu'il est heureux de vous faire connaître.

Il est le fruit de longues et savantes recherches à travers de nombreuses bibliothèques, et présente, de ce fait, un intérêt historique évident.

Le lecteur sera heureux de parcourir ces différents chapitres qui lui feront revivre un passé qu'il ignore. Ces pages, pourtant, ne voudraient être qu'une ébauche. Il faut souhaiter qu'un érudit se servant de ces simples notes écrive une monographie plus complète et donc plus vivante.

Tel qu'il se présente, le public fera bon accueil à cet opuscule qui lui rappellera, en outre, le souvenir d'un homme de bien à qui Haybes rend un hommage unanime.

Abbé André Despas

 

 

 

 CHAPITRE I Généralités

I. — Topographie

De toutes les localités de la vallée de la Meuse, dans sa partie française entre Mézières-Charleville et Givet, Haybes est certainement l'une des plus agréables car elle est moins encaissée que les autres. A part la montagne à pic située vers le nord ; vers l'Est, le Sud et l'Ouest, son sol s'inclinant légèrement, dégage son horizon, donne plus d'air et de lumière. La Meuse vers l'Est, semble un grand lac.

Haybes fait partie du département des Ardennes ; il est situé à 35 kilomètres de Mézières, son chef lieu. Il fait partie de l'arrondissement de Rocroi, distant de 20 kilomètres et du canton de Fumay distant de 2 kilomètres.

Le village est situé sur la rive droite de la Meuse ; il est borné au Nord par la Commune de Fépin, à l'Est par celle d'Hargnies, au Sud par celle de Revin, à l'Ouest par celle de Fumay. Il touche à la Belgique vers l'Ouest par la commune de Oignies, localité de la Province et du diocèse de Namur.

 

II. Son origine

Haybes est un des villages les plus anciens de la région, car il était d'un accès plus abordable et c'était un passage facile grâce au gué qui existait près du vivier.

Dans le but de garder ce gué et aussi pour percevoir le droit de winage sur les marchandises transportées par eau, seul moyen de communication, on avait construit, au Moyen-Âge, sur l'île en face du vivier, un château fort très important. Ce château, dont nous reparlerons, fut détruit en juin 1554 par les troupes de Henri II marchant contre celle de Charles Quint.

Son origine est assez difficile à définir ; ce que nous savons, c'est que la région faisait autrefois partie du comté de Namur qui, sous César appartenait à la Gaule-Belgique.

Après 406 ce comté dépendait de la Germanie ;

Après 707 du royaume d'Austrasie ;

Après 843 de la province de Lorraine ;

En 1477 il fut annexé au duché de Bourgogne, puis à l'Autriche.

Sous Philippe II, il était réuni à la Couronne d'Espagne.

Haybes qui durant de longs siècles avait dépendu de la principauté et du diocèse de Liège, fut en 1565, par une bulle du Pape Pie IV, soumis à la juridiction du diocèse du Doyenné de Pondrome.

En 1680, la France s'appuyant sur une décision de la Chambre dite de Réunion, établie à Metz, s'empara de Haybes et des villages environnants. Le pays fut restitué aux Pays Bas espagnols par le traité de Ryswick signé le 20 septembre 1697.

En 1699 à la suite du traité de Lille, Haybes fut, en même temps que les deux Givet, Rancennes, Vireux-Wallerand et Hargnies, réuni définitivement à la France, mais restait attaché aux lois, us et coutumes du diocèse de Namur. Ce ne fut qu'après la Révolution de 1789 que Haybes fut rattaché à l'arrondissement judiciaire de Rocroi. La paroisse fut détachée de l'Évêché de Namur par décret impérial du 30 septembre 1807, pour être attaché au doyenné de Fumay et à l'Évêché de Metz qui comprenait les départements de la Moselle, des Ardennes et des Forêts en exécution du concordat de 1802 (art. 59, loi du 29 germinal, an X). Une ordonnance royale du 19 octobre 1821 ayant rétabli le diocèse de Reims, Haybes, comme le département des Ardennes, fut détaché du diocèse de Metz et attaché au diocèse de Reims.

D'après le chanoine Roland, de Namur (Histoire et notes sur les Seigneurs de Haybes, parues dans la Revue Historique des Ardennes, tome I, page 49) on verrait apparaître le nom de Haybes vers le Xe siècle dans une charte donnée le 9 juin 919 par Saint Gérard, fondateur de l'Abbaye de Brogne au pays de Namur. Nous y lisons, dit le chanoine Roland, que ce bienheureux donna à l'église de Brogne l'alleu de Manise en Ardenne, situé entre Revin, Haybes et Fumay.

« Dono etiam in pago ardennensi situm Manisoe allodium quo est inter Revinum et HAIBAS et Fumacum »

(Revue bénédictine de Maredsous, année 1892, p. 168).

L'abbé Hosteau qui fut curé de Haybes, de 1832 à 1848, dit que sa paroisse se serait appelée antérieurement Manise « Mayinesius Pagus » suivant une description du Comté de Lomme par le père de Marne.

Des membres d'une société savante de Namur feraient remonter l'origine de Haybes au temps de Saint Lambert, c'est-à-dire au VIIe siècle.

Mais Haybes devait avoir une origine plus ancienne car, lors de la canalisation de la Meuse, en 1876, on a trouvé au gué, près du Vivier, des monnaies romaines et des ferrures de bateaux très anciennes.

Son origine est donc fort difficile à définir d'après les archives de la commune, parce qu'il n'y reste rien des documents qui auraient pu nous aider. Haybes ayant eu, au cours des siècles, beaucoup à souffrir des guerres et des invasions, le village fut souvent entièrement détruit ; il l'avait été en 1554, en même temps que le Château fort. Le Village reconstruit après cette date, eut encore beaucoup à souffrir, notamment de 1595 à 1598, trois années pendant lesquelles dit le père Lequeux, prieur de Haybes en 1594, il n'y eut ni mariage, ni baptême, ni enterrement. La Haute Cour de Justice de Haybes avait dû être transférée à Givet.

 

 

 

 

 

 Au début du siècle passé 

 

C'est le village reconstruit après cette époque que nous avons connu et dont il n'est rien resté après l'invasion allemande, en 1914.

Le Haybes moderne fut reconstruit de 1919 à 1926.

 

III. Orthographe de Haybes

Au cours des siècles Haybes fut orthographié de différentes manières ; on l'écrivit : HEIBES, HEBBIS, HEBBES, HEBBEZ, HEBES, HAIBBES et même HEPPE, car c'est ainsi qu'il était orthographié sur la grosse cloche de l'Église fondue cependant en 1827 par Antoine Loiseaux.

 

IV. Contenance de son territoire

Le territoire de Haybes contient 2.805 hectares 49 ares ; il est divisé en deux parties.

La première propriété communale, subdivisée en 666 hectares de bois, en 25 hectares de terres arables et en 158 hectares de landes ou haies, comme on dit dans le pays, ceux-ci ne produisent guère que des bruyères ; ils servaient de pacage au temps, pas très lointain, où Haybes possédait un énorme troupeau de vaches.

 

V. Revenus de la commune

Je croirais manquer à mon devoir d'historien si je ne puisais dans les notes de l'abbé Hosteau et pour comparaison les renseignements suivants remontant à 1845. Les revenus imposables de Haybes, perçus à cette époque par l'État, s'élevaient à 8.554 Frs.

L'abbé Hosteau ajoute :

Les 490 kgs d'écorce de chêne qu'on exploite tous les ans sur 75 hectares de bois, ont une valeur de 50.000 Frs.

Les bois réduits en charbon, très recherché par les maîtres de forges qui les classent de première qualité à cause de la nature du bois que le sol ardoisier rend fort dur, présentent un effectif de 37.500 Frs. Les récoltes en seigle qu'on moissonne sur 75 hectares essartes (1) offrent une valeur de 12.500 Francs.

Les prairies et terres arables ont en location une valeur de 64.000 francs. La commune de Haybes loue (les frais compris) 4.000 francs 25 hectares de terres. Le chiffre de la population (1.325 habitants en 1845) et l'exiguïté du terrain explique le prix élevé des locations.

Les vingt millions d'ardoises qu'on fabrique en 12 mois de temps, donnent un produit de 26.000 francs.

La pêche offre un revenu effectif de 900 francs.

Ces différents produits perçus annuellement, présentent un total de 424.900 francs.

(1) Le seigle des essarts avait une qualité ordinaire. On essartait de deux manières : l'essartage à feu courant qui consistait à mettre le feu aux branches répandues sur le sol afin de brûler la superficie, ou l'essartage à feu couvert quand on enlevait le gazon, qu'on le mettait en tas pour le brûler, la cendre répandue sur le sol était la seule préparation nécessaire, mais cette dernière ma­nière d'essarter était nuisible à la forêt, elle anéantissait le sol végétal ; cette cendre était considérée comme un poison pour le hois, les souches les plus vigoureuses qui en recevaient étaient destinées à périr l'année même (note de l'abbé Hosteau).

 

VI. La population

Son langage - Ses habitudes 

La population de Haybes s'élevait au recensement de 1926 à 2.267 habitants ; on y comptait environ 400 étrangers venus en si grand nombre attirés par les salaires élevés et le manque de main-d'œuvre pour la reconstruction du village ; certains remplacèrent dans les ardoisières les hommes du pays morts pendant les dures années de l'occupation allemande ou morts en combattant pour la France. Beaucoup de ces étrangers travaillant aussi aux carrières et dans les usines de Fumay et Revin.

Il y a un siècle la population de Haybes était de 1.325 habitants. D'après un manuscrit du baron d'Arscamp, elle était de 330 habitants à la fin du XVIe siècle. — Elle tomba à 240 habitants à la suite d'une épidémie dont fut victime Messire de Marquette qui avait acheté la Seigneurie de Haybes pour 261.000 florins, en 1638. — D'après une note de M. Grandjean, curé de Haybes en 1771, la paroisse réduite à une grande misère, n'avait que 318 habitants.

Elle s'éleva de 570 à 590 habitants de 1772 à 1779, puis passa à 608 habitants en 1780 pour atteindre 693 habitants quand on établit les actes d'état civil en 1792.

Son langage est le Wallon, tel qu'on le parle à Namur, Charleroi, Liège ; cela s'explique par les rapports que les populations riveraines de la Meuse avaient avec la batellerie seul moyen de transport avant la création des routes et du chemin de fer.

Ce Wallon comporte une infinité d'expressions lorraines, picardes, allemandes et espagnoles. Il y avait quelques variantes qui provenaient de l'isolement dans lequel vivait alors chaque localité. C'est ainsi que dans les cantons de Fumay, trois mots différents y désignaient une chaise à Fumay et Haybes, une selle à Revin, eune cheyère à Hargnies.

Ce patois ou dialecte n'a ni syntaxe ni orthographe fixe, quand on essaye de l'écrire, on emploie au petit bonheur une orthographe phonétique d'une lecture assez difficile.

 

Son industrie - Les ardoisières

Son industrie principale fut de tous temps l'exploitation du schiste ardoisier. Les ardoisières étaient un revenu important pour la commune.

Nous n'entrerons pas ici dans la description et l'exploitation du schiste ardoisier qui furent l'objet d'études de savants géologues MM. Sauvage, Buvignier, Nivoit ; nous conseillerons à nos lecteurs le livre de M. N. Watrin, contrôleur principal des Mines, publié en 1897 à Charleville, chez Édouard Jolly, libraire éditeur.

Cette industrie qui a subi des transformations importantes au siècle dernier, grâce aux progrès de la mécanique, de la vapeur et de l'électricité était excessivement pénible et dure aux ardoisiers dans les siècles antérieurs.

Dans une de ses notes, l'abbé Hosteau, curé de Haybes en 1845, dit qu'à cette époque les ouvriers mineurs gagnaient 11 et 12 francs par semaine, du lundi à 8 heures 1/2 du matin au samedi 4 heures. Le travail avait lieu chaque jour intermédiaire de 6 heures du matin à 5 heures du soir. Ils remontaient à 11 heures et redescendaient à 1 heure. Le travail effectif était de neuf heures.

L'entrepreneur avait un chef ardoisier qui dirigeait les travaux en son absence. Il recevait un franc de plus par semaine. Les mineurs ne remontaient pas la pierre, si ce n'est quelques petits morceaux à la fin de la journée.

Les ouvriers de baraque recevaient environ moitié de ce que celui-ci touchait par mille fabriqué. Ils allaient chercher la pierre au fond des ouvrages ; ils la portaient sur leur dos à l'aide d'un bas, dénommé « bassa ».

À cette époque la vie des ardoisiers (ouvriers) ne dépassait pas, d'ordinaire, quarante cinq ans. Elle était même plus courte pour les ouvriers mineurs. Ils mouraient d'une maladie spéciale aux ardoisiers, sorte d'affection pulmonaire due à l'introduction de poussières dans les poumons.

Salaires des Ardoisiers

Comme nous le disons plus haut, les travaux se faisaient à l'entreprise en 1845.

L'entrepreneur recevait des propriétaires :

1°) 10 Frs par mille St-Louis dont la dimension est de 0,30 x 0,19,

2°) 14 Frs par mille Angers dont la dimension est de 0,32 x 0,24,

3°) 7 Frs par mille flamande dont la dimension est de 0,27 x 0,16,

4°) 4 Frs par mille commune dont la dimension est de 0,27 x 0,11.

En 1935, l'ouvrier du fond gagnait 32 Frs pour 8 heures par jour descente et remonte comprise et pour 4 heures le lundi.

 

VII. Religions et aspects de Haybes

La population est profondément catholique ; les offices religieux sont très suivis. Elle conserve encore certaines traditions anciennes qui avaient tant de charme ; elles tendent malheureusement à disparaître.

La propreté des habitations est caractéristique ; elle se ressent de la Belgique, des pays environnants : Charleroi, Namur et Liège.

Haybes était très aggloméré il y a encore 50 ans, mais depuis le village s'est fortement développé ; on peut dire qu'il s'étend de Moraypré, presque en face de Fépin, jusque Fumay.

 

VIII. Les Écarts

Ce que j'appelle « écarts » fait partie du village depuis son extension, c'est-à-dire depuis un demi-siècle. Ce sont Moraypré, Malavisé, le moulin Labotte, la Providence, l' Éspérance et la cité Bottari (1) Liemery, Belle-Rose.

Tous ces écarts ne sont pas à plus d'un quart d'heure du centre actuel du pays, la mairie et l'église.

(1) Dans un certain nombre d'années on se demandera d'où provenait ce nom de Bottari. Je crois donc utile de dire que c'est le nom d'un ingénieur de Polytechnique qui, en 1919, vint construire à cet endroit des baraquements semi provisoires au nombre de 52 pour loger les habitants en attendant la reconstruction du village. Ce provisoire menaça selon la règle de durer longtemps.

 

IX. Les sites - Les promenades

Le besoin de villégiature qui n'a fait que grandir depuis quarante ans, a créé une industrie du tourisme en Belgique et non seulement sur les bords de la mer du Nord où se sont créées des stations balnéaires très importantes, mais dans les vallées de la Meuse, de la Semois, de la Molignée, etc. et dans différents coins des Ardennes belges. C'est une industrie qui, pendant les mois d'été, rapporte assez aux habitants de ces stations de villégiature, pour leur permettre de vivre assez largement le reste de l'année.

Aujourd'hui on passe devant Haybes, en auto, sans s'y arrêter.

Et cependant Haybes n'a rien à envier à ces endroits si fréquentés ; les promenades sont nombreuses et variées ; les sites sont d'une beauté féerique ; ils ne demandent qu'à être connus pour séduire et y attirer l'étranger.

Il y a d'abord les bords de la Meuse, tant du côté en amont, vers Van Alcoor, qu'en aval vers Fépin où le paysage est grandiose et helvétique, puis les promenades dans les bois soit qu'on monte près du plateau Catoir ou de Moraypré aux points de vue d'où on découvre la Meuse jusque Vireux et au-delà d'où on domine la montagne de la rive gauche et on voit la Belgique, les villages du Mesnil et Oignies et même par temps clair jusque Philippeville.

Une belle promenade est celle qui va par la droite du Moulin Labotte vers le fond d'Oury et vers le fond de Moron, lieu calme et paisible ; on n'entend que le murmure du ruisseau qui coule dans la vallée.

Si on prend à gauche du Moulin Labotte, on monte par une route où les sillons des roues des chariots sont creusés dans le roc par une usure de siècles nombreux, vers la pierre Saint Martin.

Cette pierre originale, sur laquelle la légende veut qu'un Saint Martin se soit agenouillé pendant de nombreuses années pour pleurer la mort de sa femme et de ses enfants victimes d'un accident terrible, son chariot ayant dégringolé dans le ravin, on voit sur cette roche la trace de ses genoux et de ses coudes et la cavité qu'y ont creusée ses larmes.

On peut aller à travers champ vers le chamois (ou chaurnay comme on dit en wallon) vers le point de vue de Fumay.

Au Caillounet ou Juvray, en quittant la route à la platalle Jérôme aux Verres jaunes, on fait quelques pas dans le bois et on découvre un panorama de la ville de Fumay, panorama si merveilleux qu'il surprend le spectateur, le laisse émerveillé et muet.

Quand on reprend la route qui s'éloigne du village par une vallée fraîche et sauvage, on arrive à la roche de Madame de Cormont. Ce rocher qui se dresse sur le côté gauche de la route est couronné d'une roche qui, sans artifice humain, représente le profil d'un buste de femme que les habitants ont surnommé la roche de Madame de Cormont.

Cette dame a existé. Elle est décédée le 29 mars 1725. Elle vivait à Haybes à la Cense ; elle fut enterrée dans la vieille église de Haybes ; sa pierre tombale fut transportée en 1854 dans l'église reconstruite. Elle a témoigné tant de bonté envers les habitants pendant les années de disette, que par gratitude ils ont dénommé cette roche « Madame de Cormont ». Que de monuments taillés dans le marbre, ou coulés en bronze à la mémoire d'hommes plus ou moins célèbres, ne subsisteront pas comme celui-ci pendant des siècles.

La route qui conduit à Madame de Cormont est carrossable. Elle fut commencée au 19e siècle, au moment d'une grève à l'ardoisière de Liemery. On l'a abandonné et durant de très nombreuses années ; elle fut continuée en 1932 pour occuper les ouvriers que la crise des ardoisières avait réduits au chômage ; elle permet de se rendre facilement en voiture aux Hautes Buttés, lieu de pèlerinage très fréquenté.

 

X. Ce qu'était Haybes dans les siècles antérieurs

Dans la première partie du XIXe siècle, Haybes était encore un village très aggloméré ; c'était une vaste cour qui commençait à la halle ou rue de la Cense pour finir au bout d'Haybes (lieu ainsi désigné) dénommé par la suite Place de la Charité, puis Place du Maréchal Pétain ; vers la Cense, la halle obstruait  les deux tiers du passage. Les chariots ne pouvaient y avoir accès que par la halle et au bout d'Haybes il y avait deux coudes à angles droits qui laissaient juste la place pour passer une seule voiture. Dans la grande rue, il y avait quelques ruelles étroites et couvertes pour donner accès à un petit nombre de maisons construites derrière les autres.

La rue de la Cense n'existait pas ; c'était un ruisseau bordé de rans à porcs ; elle fut créée en 1840 lors de la construction du pont suspendu de Fumay. La cense avait été une grande et vaste ferme, où habita notamment Madame de Cormont. En 1774, il n'y avait que deux maisons à la Cense.

La chapelle construite, en 1719, par Madame de Cormont, fut vendue à la révolution de 1792 et devint une habitation. Elle était en face de l'entrée de la Cense, face au village.

 

 

CHAPITRE II Au temps des seigneurs

(du Moyen-Âge à la Révolution et de la Révolution à nos jours)

Aucun document ne nous a conservé la trace de l'établissement des seigneurs à Haybes au VIIe siècle. On sait toutefois qu'au temps de Saint-Lambert, Haybes faisait partie du comté de Lhomme. Ce comté comprenait Haybes, Revin, Saint-Hubert, et d'autres localités. Dans un temps plus rapproché du nôtre, une partie du comté de Lhomme fut rattachée au comté de Namur. Haybes et Revin furent compris dans ce démembrement.

La terre de Haybes se composait primitivement de 2.800 hectares environ. La majeure partie était en bois. Le baron d'Arscamp, qui écrivait en 1584, dit que cette terre était d'une grande valeur surtout à cause des bois.

Les premiers seigneurs de Haybes n'apparaissent que plus tard, vers le VIIIe siècle, après la fondation de Molhain, où ils avaient leur sépulture.

Au Xe siècle, ils construisirent une forteresse sur l'île située en face du village. C'était un beau et vaste château flanqué de plusieurs tours très élevées. Il fut détruit de fond en comble, en 1554, par les troupes du comte de Nevers, au nom du Roi de France, Henri II.

Ce n'est qu'à dater de 1252 qu'on trouve quelques renseignements relatifs aux seigneurs de Haybes. A cette époque, la terre de Haybes était la propriété de Egidius Allard. La charte qu'il donna aux chanoines de Molhain porte la date de 1252. Par cet acte, il conféra aux chanoines le droit de chasse et de pêche sur ses propriétés sises à Molhain. On présume qu'il est enterré dans l'église du lieu où les seigneurs de Haybes, nous l'avons dit, avaient choisi pour leur sépulture la chapelle dédiée à Saint-Pierre. Plusieurs dalles immenses recouvrent leurs tombes ; elles sont distinguées des autres pierres tumulaires par les gravures qui en font l'ornement. Elles représentent des guerriers d'une stature colossale, couverts de boucliers, d'armures et de croix, signes distinctifs de leur valeur militaire. Les chaussures et les éperons qui sont représentés ont une forme très ancienne. On regrette avec raison que les caractères gothiques, que ces dalles portaient en relief, soient mutilés ou usés.

Allard de Chimay, sire de Haybes, époux de Sébille, succéda à  Egidius Allard son père. Il exerça les mêmes droits en sa qualité de seigneur de Haybes. Par sa charte de 1289, il confirma celle que son père avait accordée. Il fit don clos bois de Notre Dame, ou « Bois de Jamottine », au  Chapitre de Molhain.

On dit qu'à chaque changement de seigneur avait lieu une cérémonie qui commençait au château de Poilvache, à quelques kilomètres en aval de Dinant. Là, le nouveau seigneur prouvait son identité et ses droits. Acte en était dressé. Le seigneur revenait à Haybes, se rendait à la halle, se présentait aux mayeurs, échevins et bourgeois qui l'y attendaient. Puis il allait à l'église prier et demander la bénédiction de Dieu, et par quelques coups de cloche annoncer au peuple son changement de maître.

Enfin, il allait s'installer en son château sur l'île.

Gilles, chevalier, sire de Haybes, est devenu seigneur de cette commune, vers 1295, par la mort de Allard de Chimay ; on présume que Ymaine, femme de Gilles, était la fille légitime de Allard de Chimay. Ce seigneur portait le titre de Patron de l'église de Molhain.

La charte de 1311. Quelques turbulents l'inquiétèrent fortement ; après s'être adjoint une grande partie de la population, ils attaquèrent judiciairement ce seigneur au tribunal séant à Poilvache, d'où relevait la Seigneurie de Haybes. Il y comparut en personne ; les gens de Haybes furent déboutés de leur cause et condamnés aux frais du procès qu'ils avaient intenté. C'est après qu'il exposa sa charte de 1311. Il rappela ses droits confirmés par la sentence de Poilvache, puis il céda, de la manière la plus loyale, aux habitants, 849 hectares de bois que la commune possède encore aujourd'hui.

Gilles, chevalier, donna sa charte comme garantie d'un don émané de sa libéralité. Il indiqua la délimitation de la propriété cédée, spécifiant l'emploi qu'on devait en faire et les motifs qui le guidaient dans cet acte généreux.

Il accorda d'ailleurs aux habitants le droit de faucher sur les haies de Pôle et sur les terres au-dessous de ses prairies, celui de pacage dans tous ses bois dès l'âge de sept ans de croissance ; toutefois, il se réserva certains privilèges que les habitants acceptèrent dès leur entrée en jouissance.

Ceux-ci devaient payer aux seigneurs :

1°) deux deniers par chaque voiture de foin provenant des haies de Pôle ;

2°) rendre la 12e gerbe de seigle provenant de l'essartage, qu'ils étaient autorisés à pratiquer dans tous les bois cédés ;

3°) un cartel d'avoine (soit environ deux décalitres) et une géline (une poule) ; chaque habitant devait payer cette redevance tous les ans. La Charte portait défense d'aliéner les bois cédés sans autorisation spéciale du seigneur; en cas où elle serait accordée, le donateur et ses successeurs conservaient un droit sur le 12e denier du revenu.

La charte de 1337. La paix entre le seigneur et les habitants, que la charte avait rétablie, ne fut pas de longue durée ; de nouveaux démêlés s'élevèrent à l'occasion de la pêche. Par sa charte de 1337, Gilles, fils du précédent, exposa le désir qu'il avait de vivre en paix avec les habitants, que, pour ce motif, il était disposé à sacrifier une autre partie de ses droits en leur faveur; il leur confirma les droits d'usage dans les haies qui forment les 849 hectares de landes que la commune possède encore aujourd'hui et dont elle tirait un grand profit à cause des bestiaux.

Indépendamment de cette faveur, il accorda aux habitants des droits sur la pêche; toutefois ces droits avaient leurs limites ; la charte spécifiait qu'ils ne pécheraient qu'à la petite trulle (filet avec lequel on prend le moins de poissons). La pêche, en barque, à la nasse (instrument en osier que nous connaissons tous) aux grands filets, à la ligne traînante (ligne avec plomb comme celle encore employée) restait prohibée.

La chasse fut permise, mais à certaines conditions : elle ne pouvait avoir lieu qu'en présence du seigneur, qui, seul, avait le droit de conduire la troupe. L'épaule gauche de chaque espèce de gros gibier, était, spécialement, réservée au seigneur.

À titre d'indemnité, chaque habitant était tenu à servir une rente annuelle de quatre deniers. Cette rente était payable au premier janvier. Le receveur des fermes devait les percevoir comme un droit légitimement acquis.

Les habitants devaient en outre différentes corvées :

1°) l'obligation de rétablir les haies qui entouraient les propriétés seigneurales, les quatre temps de Noël, de Pâques, et de la Pentecôte étaient les trois époques fixées pour s'acquitter de cette obligation ;

2°) de moissonner et de rentrer les récoltes qui appartenaient au seigneur. Ces obligations n'étaient pas purement gratuites, on donnait un pain et un denier par jour de travail. La nourriture qu'on donnait consistait en pain et fromage. Les mayeurs et échevins étaient exempts de ces corvées.

Gilles se montra aussi fort généreux envers les chanoines de Molhain en confirmant les privilèges qu'ils tenaient de ses prédécesseurs.

Voici une indication sur les droits féodaux qui étaient en vigueur à Haybes.

Chaque famille, tous les ans, devait fournir au seigneur 4 patards et 3 deniers ou 1 liard-roy, 1 cartel d'avoine le 2 janvier, la 12e gerbe des grains recueillis dans les bois, 2 deniers pour chaque charretée de foin. On ne pouvait rien vendre sans le consentement du seigneur qui restait maître indivis du douzième des biens vendus.

 

Valeur des droits féodaux

1) Le cens qui valait 91 chapons, 30 poules, 2 gigots (43 florins).

2) Le terrage ou la 12e gerbe valait, en 1774, 8 à 900 florins.

3) Le relief, ou droit de succession, 4 %.

4) La mouture : le 20e sur les grains moulus ; le moulin était affermé en 1679, 250 florins.

5) La pêche : droit exercé par le seigneur depuis le ruisseau de Fumay jusqu'à Fétrogne.

6) Le winage : droit sur les marchandises passant en bateau.

7) La chasse dans toute la seigneurie.

8) L'apploitage consistant en écorces, charbons, bois, donnait, en 1679, 49 florins.

9) Les afforages ou maltôtes, contributions indirectes, un pot sur la tonne, affermé au prix annuel de 10 florins.

10) Les amendes, peines pécuniaires.

11) Le droit du sang, pouvoir de plaider au criminel.

12) Le droit d'épave, qui autorisait le seigneur à s'approprier les choses ou animaux égarés.

13) Le panage : droit payé pour la pâture des porcs dans les forêts seigneuriales (7 florins).

 

Autres revenus du domaine

1) La cense, petite ferme composée de 26 pièces de terre.

2) Les prairies, treize pièces de terre (revenu 345 florins).

3) Les ardoisières : le 13e millier sur les ardoises fabriquées dans son domaine, le 12e sur les redevances accordées à la commune (revenu 1.500 à 2.000 florins).

4) Forêts : 1.600 hectares de bois, 20 coupes chaque année (produit en 1679 : 10.397 florins).

À la mort de Gilles, la seigneurie de Haybes passa à la famille de Resves, originaire du Brabant. Celle-ci posséda cette terre pendant environ 174 ans.

Les titres qui ont conservé les noms des seigneurs de cette maison sont assez rares. On ne cite guère que Evrard de Resves, mort à Haybes le 28 avril 1404. Il existe à l'église de Molhain une pierre tumulaire portant ces mots :

    Ci-gist Evrard de Reyves, chevalier, seigneur de Haybes, et de Bourguelles, (etc) qui trépassa l'an de grâce M.CCCC et IIII du mois d'avril de XXVIII jour. Priez Dieu pour son âme.

On cite encore Guillaume de Fontaine, époux de Marie de Resves, qui vivait en 1490. Une charte de ce Guillaume de Fontaine, datée de 1490, se trouve dans les Archives de Vireux-Molhain (3).

La famille de Rubemprez posséda la terre de Haybes après celle de Resves, par dame Marie, de la maison de Resves, épouse d'Adrien de Rubemprez d'Elderem. Elle y exerçait ses droits en 1545.

À cette époque, des différends s'élevèrent entre les habitants de Haybes et M. de Brougne, abbé du Monastère de Saint Gérard de Fumay, de l'ordre de Saint-Benoît. Cet abbé dirigea des poursuites judiciaires contre les habitants de la ville de Haybes. Il prétendait qu'ils n'avaient pas le droit de conduire leurs porcs au canton dit « des Porchys », qui faisait partie de la forêt des Manises, que possédait alors son abbaye. Les habitants se défendirent avec un acharnement digne de remarque. L'affaire fut portée au grand conseil de Malines.

Le grand Conseil, au nom de Charles Auguste, roi de Castille, considérant le long usage dont les habitants jouis­saient et les droits qu'ils tenaient de la charte de 1311, mit ceux-ci hors cause et condamna l'abbé de Saint-Gérard aux frais du procès.

Haybes avait pris un développement considérable ; les traces de l'incendie qu'on avait eu à déplorer en 1471 avaient entièrement disparu.

Par décret du 3 juillet 1550, Charles Quint avait établi à Haybes, deux foires de trois jours, l'une à la Saint-Mathias, l'autre à la Saint-Jean-Baptiste.

L'incendie de 1554. Charles Quint provoqua cependant, en 1554, la ruine du château et de Haybes. Après avoir assiégé Metz sans pouvoir s'en emparer, il se rendit à Thérouan (Pas-de-Calais), qu'il détruisit ; Henri II, usant de représailles, alla ravager les Pays-Bas. En s'y rendant, les troupes de ce roi assiégèrent le château fort dans lequel une grande partie des habitants s'était réfugiée, tant pour prêter main-forte à la garnison que pour mettre leur vie en sûreté. Les troupes de Henri II s'emparèrent du château; tout fut mis à feu et à sang ; la ville de Haybes eut le même sort ; aucun édifice ne resta debout. Ceux qui survécurent à cet affreux désastre, durent leur salut à leur fuite.

Ce fut vraisemblablement après la bataille de Renti, c'est-à-dire après la trêve conclue entre Charles Quint et Henri II, que les habitants de Haybes, qui avaient échappé au massacre, campèrent quelques habitations sur les ruines de leur ancienne ville.

La charte de 1570. Pendant les événements relatés ci-dessus, Adrien de Rubemprez, vicomte de Montenaque, baron de Resves, seigneur de Bièvre et de Feluy, avait succédé à son père en qualité de Seigneur de Haybes. Il se montra généreux envers les habitants et chercha par ses largesses à rendre leur situation moins pénible. Il ratifia, en 1570, la charte de 1311. Les bois concédés par Gilles, sire et bienfaiteur de Haybes, ne pouvaient être aliénés ; il exceptait deux cas à une aliénation possible, savoir : les tailles du Roi et la construction d'une église, et ce, afin que les habitants n'aient pas la pensée de vendre le bien communal pour couvrir les frais de leurs nouvelles constructions et leur rappeler que l'exemption des redevances qu'ils avaient à servir ne les délivrait pas de leurs dettes envers lui.

Haybes commençait à se relever ; la paroisse se composait de 330 habitants. Il n'y avait que 24 ans que les désastres de 1554 avaient pesé sur la localité, quand de nouveaux malheurs vinrent l'éprouver.

La Ligue : Henri IV, après avoir désarmé la Ligue, tourna ses armes contre l'Espagne. Ce royaume attisait depuis longtemps la guerre civile. A cette occasion, Haybes fut de nouveau ravagé. L'abbé Lequeux, curé de Haybes, écrit dans les actes de l'état civil de Haybes : « Depuis le 12 mars 1595, jusqu'en 1598, l'exercice du culte fut supprimé, en sorte qu'il n'y a eu ni baptême, ni mariage, ni sépulture dans la paroisse ». A l'arrivée de l'ennemi, les habitants s'étaient enfuis, se retirant partie dans les bois, partie dans d'autres contrées. La Haute Cour de Justice s'était transportée à Givet.

Le greffier de la Cour de Haybes, confirme ainsi la chose : « Lors en effet il nous fallut tous sortir et abandonner nos maisons et quitter le village jusqu'après la publication de la paix ».

Puis un grand nombre fut victime d'une maladie épidémique que la guerre traînait avec elle.

Après le traité de Vervins, ceux qui avaient survécu à ces affreux désastres reparurent dans la localité. Ils campèrent dans quelques masures que la guerre avait épargnées. Ils profitèrent des premiers moments de tranquillité pour établir de nouvelles constructions sur les ruines des deux incendies antérieurs.

C'est alors que Marie de Resves de Rubemprez succéda à son père le vicomte de Rubemprez. Elle s'était unie par le mariage à messire René de Renesse, comte de Warfusée, Gaesbeek, Ledem, Mattigny, Resves, Seneffe, seigneur de Feluy, Escaussines, Bièvre, Heze, chef des domaines de Sa Majesté, maître de camp, etc...

René de Renesse eut une vie mouvementée, il était peu recommandable. II abusa des situations qui lui étaient données ; il utilisa pour ses besoins personnels les fonds qui lui étaient confiés.

Les sommes considérables qu'il employa à embellir sa terre de Gaesbeek (ce château, très bien conservé, est à 12 kilomètres de Bruxelles) achetée en 1615, achevèrent sa ruine. La seigneurie de Haybes fut grevée de rentes considérables.

Pour sortir des difficultés sans nombre accumulées autour de lui, il conspira contre l'Espagne, sous les auspices de Richelieu ; dénoncé au Grand Conseil de Malines, convaincu du crime de lèse-majesté, il fut pendu en effigie le 22 avril 1633.

Pour se faire pardonner le passé, il conçut à Liège où il s'était réfugié, un plan qui devait anéantir le parti anti-espagnol dont cette ville était le foyer. Il noua des relations avec le bourgmestre La Ruelle, chef du parti français, feignit pour lui une grande amitié. Trompé par ses dehors perfides, La Ruelle lui accorda toute sa confiance et accepta d'assister à un banquet auquel il le convia le 16 avril 1637. Au cours de ce banquet, La Ruelle fut traîtreusement assassiné. Renesse paya de sa vie cet assassinat. (Extrait de l'histoire de la seigneurie de Haybes par le chanoine Roland).

Différend entre les habitants de Haybes et leur seigneur.

Les dissensions s'élevèrent entre ce seigneur et les habitants, d'abord pour la chasse et la pêche, puis pour l'extraction de l'ardoise et le droit de pacage. Les débats que soulevèrent ces différentes questions augmentèrent la position malheureuse des habitants.

En 1600, le comte de Warfusée avait fait ouvrir l'ardoisière de Lièmery sur la propriété concédée à la commune. Les habitants prétendirent qu'il n'en avait pas le droit, en invoquant la charte de 1311. Le seigneur prétendait qu'il fallait distinguer la superficie du tréfonds, dont les habitants ne pouvaient se prévaloir. Les esprits étaient aigris de part et d'autre. La querelle dura 24 ans et ne se calma qu'à la suite d'une transaction passée à Bruxelles en 1624.

Par cette transaction, les habitants de Haybes s'obligeaient à céder au Seigneur les 140 boniers de bois à prendre sur la partie concédée par Gilles. De son côté, le comte de Warfusée s'engageait à diverses faveurs auxquelles les habitants attachaient une grande importance car leur bien-être en dépendait : c'était le droit de pacage dans tous les bois du Seigneur dès l'âge de sept ans de croissance, droit qu'ils tenaient de la Charte de 1311, et qui leur avait été enlevé par divers édits : de Charles Quint 4 février 1537, de Philippe II du 22 septembre 1559, d'Albert, fils de Philippe II, du 20 septembre 1600.

Cette transaction à laquelle on attachait tant de prix ne fut exécutée de part ni d'autre ; le comte de Warfusée se trouva à découvert pour des sommes considérables ; il fut attaqué judiciairement par messire Jean de Romesez, Seigneur de Fruypont, traduit devant le Conseil de Sa Majesté l'Empereur et Roi. Il fut condamné pour dettes le 24 juin 1636. Ce seigneur se laissa exproprier ; la terre de Haybes fut mise en vente en exécution d'un décret rendu en 1638 par Sa Majesté le Roi d'Espagne. L'article 5 de ce décret spécifiait les droits du Seigneur de Haybes sauf quelques légers changements introduits en faveur des habitants.

Ce fut messire Jean Resseler, chevalier, seigneur de Marquette, conseiller et commis des finances de Sa Majesté l'Empereur et Roi, qui se rendit adjudicataire de la terre de Haybes et des droits qui y étaient attachés. Le prix de cette adjudication fut de 261.000 florins. Haybes avait alors 240 habitants.

C'était alors, jusqu'à la paix de Nimègues en 1679, une période de guerre, dont Haybes eut à souffrir toutes les conséquences ; passage de troupes, pillage, dévastation, réquisition en nature, en argent, agitations, terreurs incessantes, mauvais traitements, etc...

Une maladie épidémique y exerçait alors ses ravages. Messire de Marquette en fut victime. Son épouse, qui lui survécut, exerça à Haybes les droits qui lui étaient dévolus par disposition testamentaire de feu son mari.

Madame de Marquette se distingua par ses bienfaits. Sa charité s'étendit surtout sur les pauvres et sur les malheureux que l'épidémie avait laissés dans la plus triste situation. Les veuves et les orphelins avaient une grande part de ses largesses. Madame de Marquette mourut à un âge fort avancé ; ses bienfaits et ses vertus lui ont mérité de justes regrets.

Par sa mort, la seigneurie de Haybes fut dévolue à Messire de Guillet. A cette époque, il faisait exploiter l'ardoisière de Folemprise, ou Folle Entreprise. Cette fosse fut abandonnée; une autre fut ouverte à 50 mètres au deçà, sur la partie supérieure de la même montagne où se trouverait le trou des 17. C'est une ancienne fosse ardoisière. Une tradition locale atteste que 17 ardoisiers y furent enfermés. La galerie par laquelle on descendait au fond des ouvrages fut tout à coup fermée par des éboulements ; la prison, où des malheureux ardoisiers furent enfermés, devint leur tombeau. Leurs cris plaintifs, qu'on entendit plusieurs jours après l'accident, ont laissé présumer qu'ils sont morts de faim. La difficulté de rétablir la galerie fut considérée à cette époque comme impossible ; on se contenta seulement de mettre le 25 mars au nombre des jours néfastes et de pleurer la perte de ces infortunées victimes.

À la mort de messire de Guillet, sa fille Marie Agnès de Guillet, devint propriétaire de la seigneurie de Haybes. Elle avait épousé M. de Cormont, officier supérieur dans les armées de Sa Majesté Très Chrétienne. Cet homme disparut à la suite d'un acte criminel dont il s'était rendu coupable envers sa femme. Ils habitaient la Censé, et, en rentrant à cheval, il tenta de lui briser la tête contre une des portes qui gardaient l'entrée de la propriété. Croyant l'avoir tuée, il disparut pour se soustraire aux recherches de la justice et ne fit plus jamais acte d'apparition dans la commune.

Marie-Agnès de Guillet de Cormont fut un modèle de résignation. La hauteur de son caractère répondit à celle de sa naissance ; elle avait choisi le Père Jacques Lion, prieur des Jéronimites, pour directeur. Placée par son rang dans une position de fortune fort honorable, elle se distingua constamment par ses largesses. Sa charité avait surtout deux objets ; elle se plaisait à appeler à elle les petits enfants, elle leur apprenait elle-même les premières vérités de la religion. Ses générosités pour les pauvres étaient sagement réglées. En 1709, on la vit se priver elle-même de ce dont elle avait besoin pour secourir les pauvres honteux qui étaient alors en grand nombre dans la commune. À cette époque, Haybes, comme les autres localités, avait à souffrir des suites d'un hiver affreux. Les gelées qui avaient commencé le 1er octobre 1708 s'étaient prolongées jusqu'en mars 1709. Elles n'avaient laissé aucune espérance de récolte ; on vendit alors l'épautre 50 florins le muid, et le seigle 14 florins le rez, prix énorme surtout à cause de la valeur monétaire de cette époque. Il était impossible qu'en ce moment les habitants de Haybes fussent secourus, pas plus par les populations voisines, qui étaient toutes dans le même cas que par la générosité de leur bienfaitrice. Elle même était dans un état voisin du besoin. La plaie de l'indigence était devenue générale; les habitants furent réduits à manger l'herbe des champs et à découvrir la surface du sol pour se procurer des racines amères. Ils n'avaient pas d'autres moyens d'existence.

La tradition locale atteste que Madame de Cormont se retirait souvent dans le désert du fond de Moron, qu'elle y avait fait construire un oratoire au pied d'un rocher d'environ 50 mètres d'élévation, dont la cime représente un buste de femme assez bien dessiné, et qui porte encore le nom de Madame de Cormont. C'est une merveille du pays.

Cette noble dame mourut en odeur de sainteté après avoir reçu les sacrements. Son corps reposait dans l'église de Haybes, celle d'avant 1855, à côté de celui de son noble père. Le 25 mars 1725 fut un deuil général pour Haybes.

Sa pierre tombale, restée intacte, porte :

    Ycy gist La noble dame Marie Agnès de Guillet de Cormont fundatrice du prioré des RR.PP Jéronomites à Haybes décédée le 29 Mars 1725 âgée de 75 ans.

    Priez Dieu pour son âme.

Par la mort de Madame de Cormont, la seigneurie de Haybes fut dévolue au Prince de Salm-Kirbourg. Elle fut divisée dans la suite, quant aux produits, entre son fils qui lui succéda et sa fille qui avait épousé le comte de Maldeghem. Le comte de Maldeghem mourut à Bruxelles le 14 décembre 1747 à l'âge de 94 ans. Son fils le comte de Maldeghem lui succéda. Il mourut le 1er novembre 1783, âgé de 61 ans. Monseigneur Joseph Alexandre comte de Maldeghem de Vaeckem, baron de Mortagne, Seigneur de Haybes, capitaine des grenadiers au régiment de Sa Majesté l'Empereur et Roi, était, en succédant à son père, pour moitié dans les droits et produits de la Seigneurie de Haybes. Le 20 juillet 1784, Frédéric, prince régnant de Salm-Kirbourg, vend à Éloi Louis Leleux, écuyer de Paris, pour 350.000 livres, sa moitié indivise de la Seigneurie de Haybes.

Le 1er avril 1785, Éloi Louis Leleux revend cette moitié à Joseph Alexandre de Maldeghem pour la somme de 340.000 livres. Par cet achat Joseph Alexandre de Maldeghem redevient entièrement propriétaire de la seigneurie de Haybes.

Inondation en 1784. — Cette année Haybes avait eu à souffrir d'une inondation subite. Les 29 et 30 décembre, il y avait eu des gelées extraordinaires, funestes à plusieurs habitants. Les 5, 6 et 8 février, une chute de neige atteignit un mètre de hauteur, le 27 du même mois la fonte rapide des neiges et des glaces fit déborder subitement la Meuse qui sortit de son lit et recouvrit toute la partie basse du village ; l'église fut submergée.

Une pierre d'ardoise placée à trois mètres de hauteur sur le mur du presbytère porte ces mots : « HUC DILUVIUM HUJUSCE ANNI ».

Autre différend entre les habitants de Haybes et leur seigneur. En 1787, la chasse et la pêche furent encore l'objet d'un différend. La charte de 1337, suivant ses termes et son esprit, accordait aux habitants le droit de pêche sur la Meuse. Ils pouvaient s'y livrer, mais de la manière la moins étendue pour eux et la moins préjudiciable à la conservation du poisson. La petite trulle qui est l'instrument avec lequel on prend le moins de poisson leur avait été accordée ; ils s'en tenaient à cet instrument mais s'en servaient d'une manière abusive en temps de glaces.

Le droit de chasse était comme celui de pêche incontestable, mais l'usage des cordes, des lacets et des bricoles n'était pas autorisé.

La Justice séant à Haybes refusant de se prononcer sur ces différents délits, l'affaire fut portée par le Prévôt au Conseil de Douai. Par arrêté du 9 novembre 1787, il donna raison au Seigneur. Les habitants furent forcés de se tenir dans les limites des droits qu'ils tenaient de la charte de 1337.

La Révolution. C'était le comte de Maldeghem qui était seigneur de Haybes, au moment de la Révolution, et la population continua à lui payer les droits seigneuriaux. On ne l'appelait pas : « citoyen », mais « M. le Comte ». Il dut cependant émigrer et il se retira à Munster où il vécut presque dans la misère. Ses biens, déclarés propriété nationale, avaient été mis sous séquestre. Malgré cela son receveur, Jean Lambert Grès, continua à louer les empouilles et récoltes. Le 2 juillet 1792, il faillit payer de son sang cet excès de dévouement. Il dut s'enfuir pour échapper au danger qui le menaçait. Grâce à lui et au curé-maire, M. Gauthier, les biens furent rendus au comte, qui mourut en 1809.

À Haybes, nul ne fut victime de la Révolution, à part quelques faits de peu d'importance à signaler, tels que les incursions chez les plus fortunés : on vida la bière et le vin qu'ils avaient dans leurs caves, les denrées qu'ils avaient dans la maison, mais on ne brisa rien.

Comme on massacrait les prêtres à Paris, les habitants, pour sauver la vie de leur curé, l'élurent maire, par 44 voix sur 49 votants.

Le 1er Frimaire an II de la République, un commissaire de la Société Révolutionnaire de Givet vint prendre les vases sacrés, et le 4 Frimaire les cloches furent enlevées et portées à Fumay. On vendit les ornements sacrés, mais ils furent achetés par un habitant qui les laissa à la disposition du curé. Celui-ci remplissait clandestinement ses fonctions, et la messe était annoncée par quelques airs de violon. Après la chute de Robespierre, le 9 Thermidor, les offices furent célébrés dans l'église.

Haybes fut occupé militairement en 1814, et les désastres de Waterloo ramenèrent de nouveau les Russes en 1815, dont le camp était établi à Surice devant le siège de Charlemont. Cette occupation fut très onéreuse pour la commune ; les réquisitions en nature épuisèrent la population et les ressources communales.

Quand le comte de Maldeghem mourut, ce fut son fils Charles Théodore Louis qui lui succéda. Il était officier sorti de l'École militaire de la Flèche, fut page à la Cour de Napoléon, et était établi dans le royaume de Wurtemberg. Il fut fidèle à l'Empereur jusqu'à sa chute ; il avait accompagné Marie-Louise jusqu'à Blois.

Rentré dans la vie civile, il épousa la comtesse de Waldebourg, dont il eut 13 enfants. Peu reconnaissant aux habitants de Haybes, il voulut les priver des droits dont ils avaient toujours joui. En 1835, il plaida contre la commune qui, mal défendue, perdit son procès qui lui avait coûté 100.000 francs.

Après 1870, le comte de Maldeghem n'osa plus revenir à Haybes et vendit sa propriété à M. Hector Catoir (officier du duc de Brabant, le futur Léopold II) qui mourut à Haybes le 10 août 1888. A sa mort ses biens furent partagés entre ses 4 enfants.

Nous ne terminerons pas ce chapitre consacré à l'ancien régime, sans parler de deux institutions intéressantes de cette période.

L'administration communale, d'abord. Elle était composée de 8 hommes que le seigneur prenait parmi les bourgeois et que l'on appelait « élus jurés », ou simplement « élus ». Leur président était le mayeur qui cumulait les fonctions de chef de la communauté et de président de la cour judiciaire.

Leurs fonctions étaient d'administrer les biens communaux et de répartir les tailles. Ces élus n'étaient pas sans doute des hommes instruits ; la plupart d'entre eux ne savaient même pas signer. On aurait tort d'en conclure qu'ils fussent infidèles à leur mandat. Ils étaient contrôlés par les échevins et par le peuple, et sévèrement surveillés par l'Intendant du Hainaut ou par son délégué résidant à Givet, dont le consentement leur était nécessaire toutes les fois qu'ils avaient à prendre une grave résolution. Un d'entre eux, nommé « collecteur » ou « bourgmestre », était chargé de recueillir les deniers communaux et de rendre les comptes dans la halle, en présence du peuple assemblé.

Des documents authentiques prouvent que ces administrateurs ignorants, nommés par le seigneur, et, en apparence du moins, ses dévoués serviteurs, eurent pourtant le courage de plaider à plusieurs reprises contre lui. Nous l'avons vu dans ce chapitre.

La Justice seigneuriale. Durant de longs siècles, il y eut à Haybes une Haute-Cour de Justice ; dans son ressort, elle comprenait Haybes, Montéguy, Vireux-Molhain, Vireux-Wallerand, Dourb-le-Long, près de Couvin.

Elle se composait de 8 membres révocables : le mayeur ou président, 5 échevins jugeant avec lui, un prévôt, sorte de procureur tenant lieu du seigneur, un gresffier. Il y avait haute, moyenne et basse justice.

La Cour de Justice de Haybes ne jugeait pas en dernier ressort ; on pouvait en appeler au Conseil de Namur, et de ce dernier au Grand Conseil de Malines. Les jugements étaient rendus d'après la coutume de Namur, le droit féodal et le droit romain.

En 1793, elle fut naturellement supprimée, après avoir rendu pendant plus de cinq siècles une justice expéditive, très peu dispendieuse et très équitable.

Ce fut cette Cour qui, en 1617, condamna deux sorcières qui furent brûlées à Vireux-Wallerand. Tout Haybes s'y rendit.

Révolte  contre  l'administration forestière en 1835.

En 1835, il y eut une émeute à Haybes ; les habitants réclamaient l'essartage dans le quart de réserve ; n'arrivant pas à l'obtenir, ils se soulevèrent contre l'administration forestière, se rendirent au bois Canon et abattirent en un instant tous les baliveaux. Ils furent condamnés sévèrement, mais à la suite d'une démarche faite à Paris par M. Oger, alors député des Ardennes, et l'abbé Hosteau, curé de Haybes, une ordonnance en grâce fut accordée par le Roi Louis-Philippe en faveur des condamnés.

 

 

CHAPITRE III La vie à Haybes dans les siècles passés

Les monuments publics

Nous avons connu comme monuments publics, au XIXe siècle, la Halle, le pont, la gare, la mairie et les écoles de garçons et de filles, la poste, l'église. Mais il y avait eu antérieurement, d'autres monuments, notamment un hôpital quand Haybes portait le titre de ville.

Cet hôpital, nommé aussi Hôtel-Dieu, provenait sans doute de la générosité d'un des anciens seigneurs ; les Échevins en avaient l'administration et il recevait des dons.

Anne de Soÿ, veuve de Colson de la Hamaide, qui fut maire de Haybes de 1539 à 1573, avait quitté Haybes au moment des guerres entre les rois de France et d'Espagne ; quand elle mourut à Dinant en 1597, elle avait mentionné dans son testament dressé le lundi 4 juillet 1597, et ouvert le 5 novembre 1597, qu'elle laissait entre autres choses pour l'église et les pauvres de la commune : « à l'hôpital de Haibbes, un lit avec le traversin, une paire de linseuils, une couverture et une lardière, etc. ».

Marie Robinet et Marie Agnès de Guillet de Cormont avaient aussi légué des biens et créé des rentes au profit de cet établissement.

Cet hôpital pouvait contenir 12 à 15 pauvres de l'un et l'autre sexe vivant en communauté; il disparut avec la Révolution de 1793 ; la maison et les biens furent vendus au profit de l'État. De très faibles sommes furent versées au bureau de bienfaisance fondé en 1820.

 

Le château fort

Le château fort se trouvait sur une île allant du Vivier à Malavisé ; il occupait un hectare 89 ares. Il était flanqué de grosses et hautes tours. Les comtes de Namur considéraient cette place comme une des plus importantes de leur Comté. Ils n'en confiaient le commandement qu'à des Seigneurs d'un mérite reconnu. Ils y entretenaient une forte garnison pour couvrir la frontière de ce côté-là.

N.B. Cet Hôtel-Dieu se trouvait en 1652 en face de l'église détruite en 1914, c'est-à-dire en face de la mairie actuelle. Il était en pierre de Givet et en briques, et portait la date 1652. Il y avait 4 pièces.

On ignore l'époque où ce magnifique château fort fut construit. Ce fut sans doute vers le Xe siècle.

Les murs de ce château avaient deux mètres d'épaisseurs. Au début du XIXe siècle, on démolit ce qui restait du château ; les pierres servirent à la construction de certaines maisons, notamment celle de M. Jacques Henrot.

Dans les décombres on trouva des ferrures de différentes espèces, des flèches en assez grand nombre, des épées d'une forme très ancienne, des casques et des hallebardes en fer. L'abbé Hosteau, dans une de ses notes, dit qu'il possédait quelques-unes de ces armes.

Il dit qu'en 1834, on trouva dans une des cours du presbytère des fossiles en assez grand nombre ; les matières carbonisées dont ils étaient couverts, avaient beaucoup aidé à leur conservation.

 

La gare

On peut se demander pourquoi se place le chapitre de la gare avant celui du pont. C'est tout simplement pour suivre l'ordre chronologique.

Quand, en 1860, le ch. des Ardennes (repris par la Cie de l'Est) construisit la ligne si difficile, si compliquée, de Charleville à Givet, elle dut faire de grands travaux de terrassement en face de Haybes, car la grand route N° 51 qui longeait la Meuse depuis la Fagne jusqu'en bas de la côte de Fépin dut être reculée ; il fallait entamer fortement dans la montagne.

Comme il fallait des passages pour les voitures on établit trois passages à niveau dont un, celui en face de Haybes, avait un garde barrière pour lequel on construisit une maisonnette identique à toutes celles qu'on rencontre sur toute la ligne. Le premier garde barrière se nommait Dricot et était originaire de Vireux.

Tout d'abord les trains ne s'arrêtaient pas à Haybes, mais on ne tarda pas à y faire arrêter le lundi seulement, jour du marché à Charleville, le train du matin allant à Charleville et le train du soir qui en revenait. Quand on voyageait, ce qui était rare, on devait aller prendre le train à Fumay et cela paraissait presque naturel tant on était habitué à marcher, puisque antérieurement on allait à pied de Haybes à Charleville et on en revenait dans la même journée. On trouvait donc que c'était déjà un grand avantage de n'avoir plus ce trajet à faire pédestrement.

Plus tard on établit une halte, puis après la construction du pont, on créa la gare actuelle qui prend chaque jour plus d'importance.

 

Le pont

Pendant des siècles lorsqu'on devait traverser la Meuse, il fallait soit chercher un gué, soit passer l'eau en barque pour les piétons, en bas pour les voitures. Un passage d'eau existait à Haybes en bas de la cense à peu près dans la direction du pont, mais cela n'allait pas sans complications car on ne passait pas souvent et le passeur vaquait à différentes occupations. Il fallait parfois « houper » longtemps avant de le voir venir. Cependant comme le village vivait dans un grand calme, sans bruit de voitures, de moteurs, etc. quelqu'un finissait par entendre houper et prévenait le passeur qui ne demandait que 0,05 centimes par personne pour la traversée.

Mais il y avait les grandes eaux, les crues fréquentes, les glaçons que la Meuse charriait en hiver ; tout cela rendait souvent le passage impossible et obligeaient encore les habitants de Haybes à aller faire le tour par Fumay.

Pour éviter cet inconvénient, Émile Hamaide Nanquette, maire de Haybes fit voter et fit construire, en 1869 un pont à l'emplacement du pont actuel. Cela ne se fit pas sans mal ; on n'en voyait pas la nécessité, l'utilité et ses adversaires, car on a toujours des adversaires, crièrent que si on faisait un pont que ce n'était que pour faire passer le camion « du bresseu » (M. Hamaide était brasseur.)

On peut juger maintenant de la clairvoyance de cet administrateur remarquable qui, ainsi que nous le verrons, dota Haybes, non seulement d'un pont, mais encore d'une mairie, de belles écoles de garçons situées en plein centre du village et d'un asile, seul monument qui ait été préservé du désastre de 1914. Il est devenu maintenant le foyer civil.

L'autorité militaire fit sauter ce pont le 16 août 1914 à 4 heures du soir.

Le pont actuel, exactement sur l'emplacement de l'ancien puisqu'on en a utilisé les piles, a le grand avantage d'être à double voie et facilitera le passage aux voitures. Quand le pont était à simple voie il n'était pas rare de voir deux voitures s'engager en même temps à chaque bout ; la moins avancée devait reculer et quand c'était un chariot attelé de cinq chevaux, la manœuvre était fort difficile. On perdait beaucoup de temps.

Le nouveau pont a été livré à la circulation en 1930. Le travail fut effectué en moins de six mois et grâce au déplacement de l'ancien pont, le trafic de la commune à la gare ne fut interrompu qu'une dizaine de jours.

 

     

 

Les mairies

Après la destruction de Haybes en 1554, une mairie fut construite en bois. Elle fut restaurée en 1629. En 1651, on la reconstruisit en pierres et bois.

En 1773, on en reconstruisit une nouvelle ; le rez-de-chaussée était disposé pour une halle. Il n'y avait qu'un seul étage divisé en deux parties : l'une pour les séances de la Cour de Justice et des élus jurés, l'autre pour l'école.

En 1837 on refit une nouvelle mairie ayant 13,35 m de long sur 8,90 m de large. Le rez-de-chaussée servait de halle, le premier étage d'école, le deuxième étage de mairie. Elle avait coûté 12.000 Frs.

En 1883 pour dégager l'entrée de la grand'rue, on fit une nouvelle mairie à la même place, mais cette fois dans l'alignement de la grand'rue. Le maire était alors M. Émile Hamaide. L'architecte fut M. Daumale. Cette mairie fut incendiée avec le village lors de l'invasion allemande de 1914.    

Lorsqu'on reconstruisit le village, une nouvelle et grande mairie fut reconstruite sur l'emplacement du chœur de l'église détruite aussi en 1914. Le maire était Louis Bouvart. L'Architecte fut M. Lemasson, architecte départemental. Elle fut inaugurée en 1923.

 

ARMOIRIES DE HAYBES-SUR-MEUSE

 

 « Vaillante cité sur laquelle s'est acharnée la barbarie ennemie, a bien mérité du pays par la belle tenue morale, exempte de toute défaillance de ses habitants, dont un grand nombre ont été fusillés, payant ainsi de leur vie, leur attitude digne et fière vis à vis de l'envahisseur. »

 

Ces armoiries datent de la Convention de Lille du 3 décembre 1699.

Clefs de Saint-Pierre, Patron de Haybes, surmontées d'une couronne royale.

Au-dessus, couronne de pierre, attribut qui remonte au 9e siècle où Haybes était le siège d'une Haute Cour de Justice.

On y a ajouté la Croix de Guerre 14-18 avec citation à l'ordre de l'Armée en date du 12 août 1920.

 

Les halles et les foires

Il y eut pendant des siècles une halle à Haybes. Il en est déjà question dans un acte du 2 juin 1499 (archives de Mézières). Elle servit bien longtemps de rez-de-chaussée à la mairie. Ce n'est qu'en 1878 qu'on démolit la dernière pour dégager l'entrée de la grand'rue. Sa démolition coïncide avec les constructions des écoles de garçons et de la mairie, détruites lors de l'invasion allemande en août 1914.

Charles Quint créa deux foires à Haybes ; elles avaient lieu à la St Mathias (24 février) et à la St-Jean (24 juin). Elles duraient trois jours et furent abolies vers 1680 ; époque où Haybes, retiré aux Pays-Bas, fut relié à la France.

 

Les monuments publics (suite)

Le chemin de fer. — Le chemin de fer de Charleville fut construit en 1860. Avant la construction du pont, les trains ne s'arrêtaient pas tous à Haybes. Il fut même un temps où le lundi seulement le train du matin allant sur Charleville et le train du soir en revenant s'arrêtaient à la halte de Haybes desservie par un garde barrière nommé Dricot. En temps ordinaire il fallait aller à Fumay.

La mairie

Ces écoles furent construites en 1878 ; la halle disparut, la mairie fut transportée dans une maison particulière en attendant que la mairie fut construite presque à l'emplacement de l'ancienne hall, mais dans l'alignement de la grand rue et de la cense ; elle fut inaugurée en août 1883. Il y eut de grandes fêtes, un festival très important.

La poste

Ce fut en 1879 qu'on établit la poste.

Avant, Haybes était desservi par celle de Fumay. Le facteur allant à Montigny faisait une partie du village, l'autre partie était faite par le facteur allant à Hargnies. Leur service n'était pas aussi chargé qu'il n'est maintenant, on correspondait peu, les journaux étaient presque inconnus. Il y avait « LE COURRIER DES ARDENNES » d'un format réduit et assez insignifiant. On s'abonnait à plusieurs. Ma grand-mère Louise Henrot Jaumotte y était abonnée avec M. Thiry et Louise Duleux.

Les écoles

Jusqu'à la Révolution l'instruction était donnée aux enfants, garçons et filles, par les vicaires de la paroisse, qui touchaient à cet effet 400 livres par an.

Puis vint un instituteur qui donnait l'enseignement aux garçons et filles. C'était un enseignement rudimentaire ; les enfants assistaient au cours plus ou moins régulièrement et à partir de dix ans ils n'y allaient plus. Ils allaient travailler. Chacun venait à l'école avec un livre quelconque ; ma grand-mère maternelle Marie Louise Jaumotte, née en 1816, m'a souvent raconté qu'elle avait appris à lire dans un vieux mandement de carême.

En hiver les enfants apportaient des bûches pour chauffer la classe. Il n'y avait pas d'école proprement dite, la classe se faisait dans une maison quelconque, un rez-de-chaussée suffisait ; ce qui indique que la majorité des enfants n'allait pas à l'école.

Ce fut en 1837 qu'une nouvelle école fut installée à la halle qui venait d'être reconstruite comme mairie. En 1842 on sépara les filles des garçons. L'école des garçons resta au-dessus de la halle. En 1843 on construisit l'école des filles dans la rue à l'Est de l'ancienne église ; c'est la rue à droite en regardant l'Hôtel de ville.

L'enseignement était donné aux garçons par un instituteur, puis on lui donna un adjoint, ensuite il y en eut plusieurs. Quand on donna un adjoint à l'instituteur, l'école au-dessus de la halle ne comportant qu'une seule pièce, on avait disposé les bancs de différentes manières pour marquer la différence des classes. La classe de l'instituteur avait ses bancs tournés vers l'Ouest, c'est-à-dire vers la rue de la Cense ; la classe de l'adjoint avait ses bancs tournés vers le Nord, c'est-à-dire vers la Meuse. Elle était éclairée par le Sud ou le passage vers la grand'rue.

Pour les filles on appela d'abord, en 1842, deux religieuses de Portieux (Vosges). On les nommait Claire et Delphine ; elles eurent beaucoup de difficultés au début et durent être soutenues par l'autorité supérieure. On leur avait même défendu l'enseignement de l'Évangile, mais cette délibération fut cassée par le comité supérieur de Rocroi le 25 octobre 1844.

Ces sœurs eurent ensuite des succès qui les mirent dans les bonnes grâces de la population. Elles ne tardèrent pas cependant à être remplacées par les religieuses de Sainte-Chrétienne venues de Metz, qui restèrent à Haybes jusqu'en 1903. A cette époque il sévissait une fièvre anticléricale intense, on excitait les esprits contre les Congrégations, on les expulsa, on les expropria, la liquidation devait donner un milliard qui devait revenir au peuple. Depuis l'instruction est donnée aux filles par des institutrices laïques.

Bien avant 1903, l'école des filles étant devenue insuffisante, on avait construit un asile sur le rivage.

Cet édifice érigé par M. Émile Hamaide, alors maire de Haybes, est le seul qui fut sauvé lors de la destruction de Haybes, en 1914. Il existe encore et sert de salle de réunions publiques ; on l'a dénommé « Le Foyer Civil ».

Mais la halle, où était l'école des garçons, obstruait l'entrée de la grand'rue vers la rue de la Cense. Elle devait disparaître pour donner meilleur aspect au village.

En 1878 M. Émile Hamaide, maire de Haybes, fit construire de nouvelles écoles dans la ruelle du Renard, à l'intersection de la ruelle Traverse. C'était alors le centre du village. Les enfants de la grand'rue et de la Cense y avaient accès par la ruelle du Renard ; ceux du Vivier et de la rue Saint Louis par la ruelle Traverse.

Ces bâtiments, dont l'architecte avait été M. Daumal, furent détruits dans l'incendie de Haybes par les Allemands lors de l'invasion de 1914. Il y avait alors trois classes séparées, une pour l'instituteur, deux autres pour les adjoints.

En reconstruisant le village, on déplaça ces écoles et maintenant les écoles de garçons et de filles forment un ensemble imposant dans une nouvelle rue créée allant du haut de la Cense à la route de l'Espérance.

L'architecte fut M. Lemasson, architecte départemental. Maire M. Louis Bouvart.

Elles furent inaugurées en 1924.

Quant à l'habitation de l'instituteur qu'on avait aussi incendiée en 1914, on put la restaurer en partie. Elle sert actuellement de presbytère.

Le cimetière

Jusqu'en 1806, le cimetière était autour de l'église. Une épidémie sévit à Haybes, en 1805 et 1806 ; on l'attribua à la présence du cimetière au milieu du village, et comme il y eut de nombreuses victimes, le préfet dut prendre des mesures et fit transférer le cimetière à la Cense où il se trouve encore. — Il fut inauguré en 1808.

Depuis, il subit plusieurs agrandissements, en 1845, en 1886, en 1934.

 

Origines de certaines coutumes -  Les compagnies de mousquetaires

La fête patronale, origine de l'offrande au son du tambour

Au XVIe siècle, Haybes eut comme la Belgique, dont il faisait d'ailleurs partie, à supporter les vicissitudes que les guerres amènent avec elles ; le pays fut sillonné de gens de guerre. Ces soldats, tous mercenaires, sans patrie, étaient recrutés dans la lie de la population. — Dans ses légendes et coutumes du Pays de Namur, Félix Rousseaux dit que le 28 janvier 1640 le gouvernement ordonna d'incorporer dans le tertio du Prince de Ligne des vagabonds détenus à Namur. — « Le soldat traînait avec lui, dit-il, sa femme légitime ou sa concubine et ses enfants. Une armée en marche ressemblait à une tribu émigrant avec tous ses biens. » Des tapisseries du Musée Carnavalet montrent bien ce qu'était alors une troupe en marche.

Comme il n'y avait nul service d'intendance, que la solde était payée irrégulièrement, tout ce monde vivait surtout de rapines et comme les habitants ne pouvaient vivre alors que des denrées qu'ils avaient récoltées eux-mêmes, il ne restait rien dans un village quand une bande y avait passé. Chevaux,  bêtes  à  cornes, moutons,  porcs, chèvres étaient enlevés si on n'avait pu les garer à temps dans quelques ravins de nos forêts. C'était ensuite la disette, la misère pour la population qui, faute de moyens de communication, ne pouvait que très difficilement se ravitailler au dehors.

On eut d'abord recours à une espèce de police rurale ainsi que l'atteste la pièce ci-dessous qui se trouve aux archives départementales de Mézières — Minute de la Justice de Haybes du 25 décembre 1575 :

« La cotte et portion des manans et habitans de la terre de Heybbes de la somme de quatre mil livres du pris de XL gros pièce, monnoye de Flandres, la livre, accordez par les estats du pays et conté de Namur pour fournir un traitement du capitaine des champs et ses gens commis de la part de Sa Majesté à la requeste des Estats pour obvier aux foulles, désordres, pilleries et mengeries qui se commetoient journellement sur le plat pays tant par les soldatz des garnisons frontières vagabondes que autres, porté à la somme de dix livres dix solz demy du dit pris au premier jour du mois de jung prochain venant, et l'autre au jour St-Adrien en suivant, es mains de Hadrien Foullon précesement aux termes susdits, à paine, le jour passé, d'y estre constraint lé allement et de faict à leurs dépens suivant les lettres exécutariables de Sa Majesté. — Fait à Namur le XXVIIe de may XVe LXXV.

    Le lieutenant du Conte de Berlaymont gouverneur et souverain Bailly de Namur. »

    Signé : Mychié du Marisonz.

« Resue de Lorens Goffain la taille du pri. De Marischal portant la somme de dix florins et dix patars et demye pour chense de la terre (de) Heybes, de laquel somme me tient content, temoing mon singnery mis le XXVe de décembre 1575 stille nouvelle.

    Somme XX sols demy. »

    Signé : Adryan Foullon.

Mais comme c'était coûteux, insuffisant et que les guerres de religion qui ensanglantèrent la France de 1554 à 1598 réclamaient de plus en plus d'hommes aux armées, il fallut s'organiser autrement. On créa alors des gardes civiles armées de mousquets et de piques. Des sentinelles veillaient dans les clochers, près des gués et si une bande importante de pillards était signalée, on sonnait le tocsin ; tout le monde se réfugiait dans les églises avec ce qu'on avait de plus précieux, on organisait la défense du village. — Les clochers servaient de donjons. Les cimetières, placés alors autour des églises et entourés de murs, servaient de chemin de ronde. On pouvait voir encore avant la guerre de 1914-1918, des mousquets braqués dans le clocher de l'église de Liart.

Après le traité de Lille en 1699, quand la tourmente fut passée, que les armées furent disciplinées, les compagnies de mousquetaires subsistèrent jusqu'au commencement du XIXe siècle ; les hommes qui en faisaient partie aimaient à faire parler la poudre et en profitaient largement les jours de procession. Chaque mousquetaire s'installait sur un fumier, mettait une charge, aussi forte que possible, et au coup de feu au recul de l'arme, se laissait choir sur son fumier.

Il existait des compagnies de mousquetaires dans toutes les villes ou villages.

Dans un article paru dans le bulletin paroissial de Fumay le Docteur Georges Bourgeois, de Fumay, raconte que les mousquetaires aimaient tant leur démonstration bruyante qu'un jour le curé de Fumay s'étant opposé à faire une procession, comme le lui demandaient les ardoisiers mousquetaires de Fumay, ceux-ci s'étaient adressé au prieur du couvent des Carmélites qui, moyennant une somme modique (20 francs), s'était prêté à cette manifestation.

Les hommes choisissaient leurs officiers ; ils avaient leur drapeau et lors de l'offrande à la grand'messe, ils défilaient au pas, au son du tambour, portant comme insigne un mouchoir noué au bras gauche, une corne renfermant la poudre à canon pendant dans le dos ; ils tenaient d'une main la fourche (ou l'ovequie comme ils l'appelaient) du mousquet et de l'autre la mèche allumée qui servait à mettre le feu à la poudre.

Mais toute exagération amène fatalement une répression ; des accidents ayant eu lieu à cause des charges trop fortes, ces compagnies furent supprimées à Haybes. Le seul souvenir qui en reste à Haybes, sont les officiers de la jeunesse et l'offrande au son du tambour.

Dans mon enfance, les officiers de la jeunesse portaient encore l'habit à la française avec l'épée et étaient coiffés d'un bicorne ; cette coiffure est encore adoptée à Revin.

Les officiers de la jeunesse portant le drapeau se placent des deux côtés du dais à la procession, et à la sortie de la messe suivaient la musique avec le drapeau ; les autres jeunes gens, bras dessus bras dessous, suivaient à l'abaille.

Le jour des filles ou troisième jour de la grande fête, les officiers de jeunesse portant le drapeau se mettent au côté des braguettes ou demoiselles de fête et font avec elles le premier tour du village.

Ensuite, la musique appartient seule aux jeunes filles qui en profitent largement pour danser toute la journée en attendant l'heure d'aller au vivier où les rôles étant renversés, ce sont elles qui invitent les jeunes gens à danser.

 

Les moyens de communication jusqu'au XIXe  siècle

Avant 1840, on sortait peu du village, car il n'y avait aucune route. Les chemins étaient comme la montagne de Chopet.

Pour aller à Fumay, on traversait les champs par un sentier, on arrivait au bois du Canon, on prenait la voie beaudiale et on arrivait un peu plus haut que le pont actuel de Fumay où on passait l'eau en barque, en face de la rue des Tanneurs.

Pour aller à Hargnies, on prenait près du château Catoir, on grimpait la côte du Haut Mont et on arrivait à travers bois à Hargnies.

Il n'y avait à cette époque, entre les villages que des sentiers à travers bois et à travers champs.

Pour les marchandises il y avait des chemins au travers des côtes ; quand la descente était trop rapide, on mettait aux chariots quatre sabots, un à chaque roue, sabots creusés dans l'épaisseur d'un bouleau de la grosseur d'un moderne. Quelquefois, pour plus de sûreté, on enrayait complètement avec une chaîne en fer accrochée à une jante d'une roue de derrière du véhicule.

En dehors de ces chemins primitifs, moyenâgeux, il y avait la route nationale, royale ou impériale selon les gouvernements. C'est la route n° 51 de Givet à Orléans. Les chemins vicinaux ou départementaux étaient inconnus.

C'est en 1840, quand on fit le pont de Fumay, que fut construite la route de Haybes à Fumay par la Cense et l'Espérance.

C'est en 1852 qu'on fit la route de Haybes à Hargnies et à la même époque la route de Vireux à Charleville par Hargnies, les Vieux Moulins et Monthermé, et la route de Fumay à Rozoy-sur-Serre par Revin les Mazures, Renwez, etc.

Il y avait aussi la Meuse qui transportait les houilles de Belgique, les écorces, les minerais. La Meuse n'était pas canalisée et on ne pouvait mettre sur chaque bateau qu'une toute petite charge. Toutes ces petites charges étaient réunies à Pont-à-Bar où commençait le canal des Ardennes et là on chargeait à pleins bords pour la direction de Reims, de Paris, etc.

Pour éviter les frais de batelage, on faisait aussi de grandes flottilles, grandes de plusieurs centaines de mètres. Ces flottilles se faisaient avec des bois réunis, par des harts, des étançons et aussi quelques tonneaux vides placés en dessous. Les flotteurs campaient là-dessus, y construisaient une sorte de hutte, y faisaient leur cuisine et allaient ainsi jusqu'à Namur et la Sambre. Ces flottilles se nommaient « Givées ».

Comme il n'y avait pas de pont de Mézières à Givet, on traversait la Meuse, soit sur des pontons, soit à gué. Parmi ceux-ci, étaient celui de la tête de l'Île de Moray-Pré et celui de l'aval de l'Ile de Van-al-corps ; voitures et chevaux entraient dans l'eau non sans danger. Il y avait aussi des pontons plats comme au Ridou, au Pied-Selle, sur lesquels se plaçaient l'attelée des chevaux avec la voiture chargée de foin, d'écorces, de n'importe quoi. On atterrissait et on reprenait le chemin de halage.

Avant la création du chemin de fer, on prenait sur la route nationale la diligence. Il y avait les Messageries Van Gend qui allaient de Charleville à Namur (Victor Hugo en parle dans son voyage au Rhin). Pour être certain d'avoir une place, on retenait et payait sa place de Givet à Charleville.

Pour aller à Paris, on partait de Mézières.

Quand M. de la Hamaide partit à Paris pour passer son baccalauréat, on lui dit aux Messageries qu'on ne garantissait sa place que jusqu'à Rethel, parce que d'après le cahier des charges on devait deux places à la ville de Rethel. C'était sous l'Empire, au moment de la distribution des Aigles. On l'a déposé sur le pavé de Rethel, lui et une personne des environs de Mouzon. Ils ont loué ensemble une voiture qui devait les conduire à Reims, prendre les omnibus pour la gare d'Épernay, mais à Reims les omnibus étaient partis et ils ont reloué une voiture jusque Épernay où ils ont pris le chemin de fer.

Quand on n'avait pas de ces embargos, on enlevait la diligence à Épernay avec les voyageurs et les malles et on la posait sur un wagon plat tenu aux quatre coins par quatre boulons. A Paris, on la remettait sur quatre roues et les chevaux la conduisaient rue Notre-Dame des Victoires.

 

Vêtements et alimentation

Chacun fabriquait son linge soi-même. On semait du chanvre dans les champs, on le coupait, on le faisait tremper. Nous ne parlerons pas du rouissage ni du peignage. Le filage se faisait aux soirées d'hiver. Par économie de lumière (en ce temps car on ne connaissait que la chandelle), on se réunissait tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Les femmes apportaient leur moulin à rouet dont on a encore des échantillons. Quand c'était filé, on portait les bobines de fil chez un des tisserands. Il y en avait plusieurs à Haybes. Lorsque la pièce de toile était filée, on l'apportait sur le vivier, traversé alors par un ruisseau, on allait l'arroser avec un arrosoir, dix, vingt fois par jour. L'eau et le soleil amenaient à la longue le blanchiment de l'étoffe dont on faisait des chemises, des pantalons, des gilets, des camisoles. — C'était un gros tissu, grossier comme de la corde, mais inusable.

Comme chaussures on portait des sabots sans brides (les sabots de faudreux), les sabots à brides étaient réservés aux femmes en temps ordinaire, mais à la fête, les demoiselles allaient danser au Vivier avec des souliers fixés aux jambes et aux mollets par des rubans de soie noire, qui s'entrecroisaient.

Comme coiffure, les hommes portaient un bonnet de coton bleu (le vieux casque à mèche) confectionné dans une ou deux maisons du pays. Ce ne fut que plus tard qu'on vit apparaître les casquettes.

Les femmes portaient un petit coco d'une valeur de un ou deux sous, car les chapeaux étaient inconnus.

Comme vêtements, les hommes portaient un pantalon à pont-levis, des gilets de diverses étoffes, des paletots en drap très fort, mais surtout le sarrau bleu.

Les femmes portaient un casaquin et un jupon, souvent rouge, à raies noires, qu'on allait chercher au Mesnil.

Pour les enterrements, toutes les femmes portaient une sorte de pelisse de coton foncé, avec capuchon, qui couvrait tous les vêtements et la tête, comme en portent les religieuses.

À cette époque tout le monde cultivait. Il y avait au moins une vache dans chaque maison ; on élevait un cochon ; la viande de porc était l'aliment principal. La viande de luxe était le veau qui ne se vendait que quelques sous la livre.

Au temps des grives, on en avait une douzaine pour douze sous, parfois dix sous quand il faisait chaud.

Tout le monde faisait son beurre, mais on mangeait surtout des tartines de saindoux.

Le poisson était très abondant, beaucoup de goujons et des écrevisses. On le conservait vivant dans des bankelles annexées aux nacelles alors très nombreuses, ou dans des boîtes triangulaires percées de trous, qu'on laissaient au fond de l'eau.

On faisait des conserves de fruits, groseilles, cerises, conservées dans des bouteilles, de même que les petits pois.

Les champignons, les haricots verts, se faisaient sécher dans la cheminée.

Les pommes, les poires se faisaient sécher au-dessus d'un four. Une hottée de pommes se vendait un franc.

Le pain se faisait avec un seigle très noir récolté dans les sarts. On faisait du pain pour quinze jours, mais au bout du dizième jour, il fallait, pour le rendre mangeable, le griller au feu.

Comme boisson, chacun brassait pour son compte au mois de mars ; cette bière était excellente au mois de septembre-octobre.

 

   (merci à Bernard CARLIER)

                     Place Lambert Hamaide à Fumay

 

Maires de Haybes

                       Jacques LECLERC

1446 à 1460   Jehan TAMISON

1458                acte où il est question de Jacques LECLERC, jadis maire de Haybes

1470    1471   Lieutenant maïeur Lambert ou Lambinon de la HAMAIDE

1477 à 1490   Hubert de BOURGUELLES

1497   1498     Jehan Jaco le JOESNE

1502                GYLLAIN le PREVOT

1509 à 1512   Jehan  GOFFA dit  ROUCETTE  ou   ROUSSET

1536                COLA BIENNE Lieutenant mayeur

1539 à 1573   Colson de la HAMAIDE

1573 à 1579   François de l'HAMAIDE

1587