MONOGRAPHIE HISTORIQUE

de

b la Hamaide a

par l'abbé MEUNIER

 

b PRÉFACE a

Mon cher Monsieur le Curé,

Vous m'avez demandé quelques mots de préface. J'aurais souhaité qu'une voix plus autorisée et plus habile célèbre dignement l'intérêt de votre œuvre. Je ne puis refuser de dire de mon mieux toute la reconnaissance qui vous est dûe.

On l'a souvent répété : notre éducation historique et patriotique, à nous qui étions sur les bancs du collège il y a quelque quarante ans, a été bien mal comprise et bien mal dirigée. Quelle petite place de parent pauvre notre patrie obtenait à la table de l'histoire ! Moins encore que parent : notre enseignement, et tout ce que nous pensions et sentions de notre passé, devait aboutir à l'inepte raccourci de notre chant national : après des siècles d'esclavage. Nos pères n'existaient, ne vivaient, ne pensaient, ne jouissaient que ce que voulaient bien leur laisser les dominations étrangères. Nous faisions figure d'affranchis et nous avions presque honte de notre histoire d'esclaves, foulés par les seigneurs du moyen âge, pressés et torturés par les « despotes » bourguignons et leurs successeurs !!

Il y a progrès. Des monographies comme la vôtre ne peuvent qu'y contribuer et je souhaite que votre oeuvre suscite l'intérêt qu'elle mérite. Avant tout, chez vos paroissiens : tous, grands et petits apprendront que depuis des siècles dans leur petite patrie de La Hamaide, où eux-mêmes travaillent et peinent, d'autres qui leur tiennent de près, y ont vécu comme eux, ont habité leur maison, cultivé leur sol, parcouru leurs chemins, travaillé et peiné pour eux. Ils retrouveront partout les traces d'une vie religieuse, morale, politique et sociale qu'ils ne pourront s'empêcher d'admirer et d'aimer.

Et vous aurez ainsi contribué à réveiller les traditions,  les belles et bonnes traditions de vie religieuse et morale, à renouer le lien avec le passé qui fait la force et la grandeur des patries, des petites comme des grandes.

Mais vous en avez fait plus, car votre oeuvre déborde les limites de la commune dont vous ravivez l'histoire. Vous montrez très bien la part appréciable qu'elle eut dans la vie de la Belgique. Vous rappelez comment, comme son nom l'indique, elle fut une « barrière » dès les premiers temps de la féodalité. Vous racontez les fastes des familles des de La Hamaide et d'Egmont qui ont joué un rôle si important chez nous. Vos vivantes descriptions de la vie religieuse, communale, sociale auront de l'écho ailleurs que chez vous.

Bref, par votre minutieux travail, par votre exposé qui n'a rien de l'aridité d'une oeuvre de simple érudition, vous avez bien mérité de vos paroissiens et de tous ceux qu'intéresse l'histoire de notre pays.

Puissiez-vous rencontrer le succès qui vous est dû.

Em. DERUME      

Docteur en philosophie et lettres

doyen de frasnes         

 

 

SOMMAIRE

² Première partie ²
LE VILLAGE
CHAPITRE I.
Géographie physique
1. Topographie
2. Orographie — Hydrographie
3. Étymologie
CHAPITRE II.
Groupement humain

1. Origines
2. Population à diverses époques
3. Structure économique — Folklore

 
²
Deuxième partie ²
La seigneurie
CHAPITRE III.
Habitation seigneuriale
CHAPITRE IV.
Juridictions — Cours féodales
CHAPITRE V.
Seigneurs
1. « Les Grands » de La Hamaide
        — Armoiries
        — Fiefs nommés La Hamaide
2. Les de Luxembourg
3. Les Comtes d'Egmont
4. Lamoral I d'Egmont
5. Charles II d'Egmont et son fils Louis
6. Derniers Comtes d'Egmont
CHAPITRE Vi.
Baronnie de La Hamaide


² Troisième partie ²
La commune
CHAPITRE VII. Le «  magistrat » jusque 1793
CHAPITRE VIIi.
La vie communale
1. Fiscalité sous l'Ancien Régime
2. Table des pauvres
3. Institutions scolaires
 CHAPITRE Ix.
La Hamaide à partir de 1794
 CHAPITRE x.
Faits de guerre  et autres événements


² Quatrième partie ²
La paroisse
CHAPITRE xi.
1. L'Église
        — Ancienne
        — Nouvelle
                             2. Pierres tombales
CHAPITRE xIi.
Patronat et dimes ecclésiastiques
CHAPITRE xiIi.
Chapelle castrale et autres bénéfices religieux
CHAPITRE xiv.
Le personnel paroissial
CHAPITRE xv.
Les dévotions particulières
1. Confréries


² Cinquième partie ²
aPpENDiCes

I. Le mont de Moorsiel
II. L'ermitage de Saint Ermin
III.
Le « Bois de La Hamaide »

 

 

Principales sources utilisées

I  1° Archives paroissiales et communales de La Hamaide.
   2° Archives des familles : de la Hamaide, de Luxembourg, d'Egmont.
   3° Archives : du Royaume à Bruxelles, de la ville de Tournai, départementales de Lille.
   4° Archives de l'État à Mons, fonds divers : Cours féodales de La Hamaide, de Silly, de Rebaix, de Chièvres ; États de Tournay-Tournésis ; États de Hainaut ; Conseil souverain de Hainaut ; Offices de Justice ; villes et villages ; Abbayes de St Ghislain, de Liessies, de Cambron ; Seigneuries de Wannebecq, de Mainvault, de la Hamaide.
   5° Archives de l'État à Gand : cours féodales de Gand, de Renaix, de Sottegem, d'Eename.
   6° Chapitres de Condé (Lille), de Renaix (Gand) ; du Burban et établissement de Wilhours (Ath).
II 1° Mirœus : opéra diplomatica 1723-1748.
   2° Léopold Devillers : Cartulaire des rentes du comté de Hainaut 1873.
   3° Vinchant : Vieilles annales ; M. Gachard : Analectes Belgiques ; Chanoine Broustin, curé de Mainvault au 16e siècle : Diverses notes régionales.
   4° Fourdin : La guerre des paysans dans le district d'Ath.
   5° Charles Duvivier, Recherches sur le Hainaut ancien, 1865.
   6° D'Hozier, comte du Chastel de la Howardrie, Auguste Vincent,... : œuvres étymologiques, généalogiques.
   7° Laforêt et Demarteau : Études historiques.
   8° Chanoine Vos : Les paroisses et les curés du diocèse actuel de Tournai.

 

² Première partie ²

 

LE VILLAGE

  CHAPITRE I. Géographie physique

1. Topographie

Le village de La Hamaide est situé à l'extrémité septentrionale de la province du Hainaut à 8 Kilom. N. E. de Frasnes-lez-Buissenal, à 8 Kilom. S. 0. de Lessines, à 9 Kilom. N. 0. d'Ath et à 28 Kilom. N. E. de Tournay. En vedette sur un plateau elliptique, dont le grand axe mesure plus d'une lieue, il domine la rive gauche de la Dendre.

D'une superficie de plus de 800 hectares, son sol, aux frontières de la basse et moyenne Belgique, est compris dans la zone limoneuse, favorable à la culture et à l'élevage. Il est formé d'une couche épaisse de bonne terre végétale reposant sur un fond compact d'argile (limon argilo-calcaire), que l'on rencontre généralement à une profondeur de soixante centimètres. A l'exception des parties montagneuses il est d'une richesse éprouvée

Le morcellement des terrains est aussi considérable que dans les Flandres. La surface du village, très accidentée, est coupée, en toute sa longueur, (1) par des collines aux nombreux escarpements, s'exhaussant du côté de Frasnes et d'Ellezelles en un terrain sablonneux presque entièrement boisé.

La partie méridionale, sur les rives très sinueuses du Gard et, plus à l'est, dans les anciennes prairies de Billemont et du hameau de la Warte, accuse une forte dépression. Au centre, la hauteur dépasse la moyenne.

Après avoir légèrement fléchi aux hameaux de l'Arlochoir et de la Chaussée, elle se redresse, au nord, sur toute la longue et majestueuse plaine de Ronsart. Enfin, du côté d'Escaubecq, une nouvelle étendue de terres cultivées se développe en un magnifique horizon, formant une croupe de verdure entre les communes de Wodecq et d'Œudeghien.

 

2. Orographie — Hydrographie

Orographie. — L'antique « bois de La Hamaide » fait partie des collines tertiaires du Brabant qui courent, depuis les environs de Louvain et de Bruxelles, jusqu'à la rencontre de l'Escaut. Il marque aussi l'arête de partage des bassins de l'Escaut et de la Dendre et détermine le caractère orographique de la région.

C'est en cet endroit que se trouve le point le plus élevé du village et de la région voisine de la Flandre. Orienté de l'est à l'ouest, la base de cette élévation, à vingt mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que le sommet atteint l'altitude moyenne de 147 mètres.

Hydrographie.De ces hauteurs boisées et du mont de Moorsiel, qui leur est contigu, surgissent les multiples sources formant les trois cours d'eau principaux : le Gard, la Blanche et le Ronsart. Ils répandent leurs eaux par tout notre territoire. Le premier, « le Gard », serpente longuement dans les prairies basses, qui nous séparent  d'Œudeghien, traverse le centre de cette commune et gagne le territoire d'Ostiches, au hameau de Gomment. Il prend alors la dénomination de « Trimpont » et va, après un tortueux parcours, se déverser dans la Dendre canalisée à Papignies.

La « Blanche » formait, jadis, le bassin de l'ermitage de Saint Ermin à la lisière de Moorsiel et subvenait aux besoins de la population agricole de la contrée. Cette source contribuait en outre à alimenter largement l'étang et les fossés qui contournaient le manoir féodal.

Le « Ronsart », du nom du lieu où il coule de premier abord, amenait, en masse, les eaux nécessaires à l'entretien des viviers et des canardières du creux de la « Roquette » et, surtout, du biez de l'important tordoir seigneurial.

Il longe, aujourd'hui encore, le territoire du village, vers l'est, et joint son courant à celui de la « Blanche » au centre de Wodecq, pour former l'« Angre » et s'acheminer vers Lessines.

Ces cours d'eau intarissables, avec leurs multiples ramifications, viennent en aide aux régionaux, principalement durant les périodes de sécheresse, quand les réserves des citernes et des puits font défaut.

 

3. Étymologie

Le nom de la localité revêt, dans les archives, de nombreuses et singulières variantes. Insérées simplement par ordre chronologique, l'occasion nous sera fournie, au cours de cette monographie, de les rencontrer aux sources mêmes d'où elles émanent.

hamedia, en 1094 et 1129 — vicus a le hamede, en 1120 — li hamaide, en 1124 — le hamaide, en 1127 — hamedium, en 1161 — hamaide, en 1161 et 1186 — le hamede, en 1228.

Plus tard, à l'apparition des majuscules et du y ou double i : Hameidla Hamede — La hamaideLametLamède, La Hamayde, Lahamaide, La Hamaide.

Bien des recensements, au sujet de l'orthographe officielle des noms de nos communes, ont eu lieu depuis un siècle. Celui suivi en 1930 indiquait « La Hamaide », en deux mots et deux majuscules. Cette année on écrit de nouveau « Lahamaide » : en un mot. Et sur quoi se base-t-on ? « Ce dernier mode serait plus pratique plus facile à écrire... !! » Admettons le, mais y a-t-il une raison suffisante pour reproduire « fautivement » l'antique orthographe de notre commune ?

Des célébrités historiques du siècle dernier, telles Laforêt et Demarteau, ont donné en conclusion de leurs recherches sur ce point « La Hamaide » comme l'orthographe « vraiment historique et la plus rationnelle ». C'est au même résultat qu'en arrivent tous ceux qui ont bien voulu s'occuper sérieusement de la chose. Aussi, la structure de « La Hamaide » en deux mots, et deux majuscules, reste la plus usuelle.

Qu'on veuille bien le remarquer, la question du sens de « hamaide » n'est pas une question d'avis, d'opinion personnelle, comme d'aucuns, s'imaginent : ce mot est employé « comme nom commun » dans maints textes du moyen âge et, après tout, n'a-t-il pas été appliqué, autrefois, non seulement à un simple village, mais à une région du Hainaut ?

Chotin, l'étymologiste tournaisien, se basant sur la prononciation négligente de certaines gens de l'endroit,  est  porté à croire que « hamaide » serait le mot primitif « Lama » écrit-il, dans ses « Etudes étymologiques du Hainaut », signifie en latin, fondrière, une flaque d'eau dans les marécages et « lamina » son diminutif, indique, en bas latin, un lieu où croissent les roseaux, qu'on disait en roman « lames ». De « lama » serait donc venu le collectif « lamentum » et de « lames » lamaide.

On voit, ajoute-t-il encore, que « hamedium » est une forme vicieuse de « lametum », et « la hamaide », « Lahamaide » une forme vicieuse de Lamaide, mot autrefois en usage avec la signification de cannaïe,  roselière.

Ainsi raisonne Chotin ; mais il est impassible d'admettre ses explications étant donné que notre village n'est nullement blotti dans les roseaux et les marécages ; il domine, au contraire, par son altitude élevée, toute la région. Son nom lui serait-il venu, par hasard, des quelques prairies basses qui le séparent des autres localités ? Personne ne l'admettra.

Contrairement à ces longues données qui aboutiraient à écrire Lahamaide en un mot, comme dérivant de lamaide : fondrière, il nous est offert bien des sources où nous pouvons puiser la véritable étymologie de ce nominal :

En 1er lieu, le « Dictionnaire historique de l'ancien langage françois » ; (2) puis, celui de « l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle » (3). Là nous lisons hamede, hamaide, hamède avec la signification de : barre, barrière, obstacle.

L'« Annuaire de la noblesse de Belgique » parle dans le même sens : « Ce mot provient du Bas-Allemand de hamey ou hameyde qui signifie : barre, traverse, barrière. (4) En voici un témoignage : 1292, 31 oct... La commune de Lille quitte l'abbaye de la Marquette de cancie et de hamedes et de tout leur harmes qui par le ditte ville de lille passera soient kar ou karête u aultre voiture que le kele soit « ne doibvent jamais a nul riens demander a le ditte abele de caucie et de hamede ». (5)    

Ou pourrait apporter d'autres citations, mais celle-ci suffit pour prouver qu'une barrière et tout autre genre d'entrave mis à la libre  circulation d'un passage, ou de l'accès d'un lieu, était qualifiée « hamaide »,

D'après P. Lespinoy : (6) « Le hamede ou la hamede est une espèce de closture champêtre de laquelle on se sert pour fermer l'entrée des vergers, des hameaux etc... Il y a une très antique et noble famille de ce nom au païs de haynault... portant comme terme de blason : d'or à trois hamaides de gueulles ». (7)

On peut donc tout naturellement conjecturer que La Hamaide doit son nom à sa situation : celle-ci n'éveille, tout d'abord, qu'un détail purement local mais s'amplifiant bientôt de l'idée d'un poste guerrier. L'histoire confirme pleinement, nous allons le voir, cette assertion.

Dès 883, ce lieu escarpé, limitrophe de la forêt (8) charbonnière, est le théâtre des luttes acharnées contre les normands envahisseurs de notre pays. Laissons venir les longues périodes troublées entre la Flandre et notre province et, vers le milieu du treizième siècle, les désaccords et les nouveaux combats quasi, interminables avec les Dampierre. Eh bien alors, durant deux siècles, précisément à cause de cette position stratégique, les châtelains de La Hamaide assument, par ordre du comte de Hainaut (9) en ce point de jonction avec la Flandre, le rôle de défenseurs des frontières du comté !

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(1) Territoire très allongé et étroit, suivant une direction générale O.E.
(2)   Tome VII, Niort-Paris,  1880, p. 13. (La curne de Sainte Palaye).
(3)  Tome  IV, Paris, 1885p. 407. (Godefroy).
(4)  Detilleul : Douai   et  Lille, 1850,  p. 138.
(5)  Fonds de l'abbaye de la Marquette, Arch. dép. du Nord à Lille (année 1284).
(6) « Recherches des antiquitez et noblesse de Flandre : 1631. »
(7) Chap. V : Armoiries.
(8) Chap. III, IV et X.
(9) Voir les décisions prises à Mons à ce sujet, lors des plaids de 1432 à S
te Waudru : Chap. III.

 

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Lieux-dits : Bien des noms topographiques restent encore énigmatiques. Retrouver les formes anciennes des dénominations de coutures, champs, cours d'eau, routes etc... leur signification originaire empruntée à des circonstances typiques, propres à chacun d'eux, serait œuvre de linguiste plus que d'historien. Ces appellations sont, d'ailleurs, souvent mal interprétées. Les voici telles que nous les avons retrouvées avec la signification qui s'applique à la localité.

Primitivement le village était découpé en « coustures », portions de terrains cultivés, subdivisées elles-mêmes en un nombre considérable de fiefs, champs, vinages, courtils... On peut le constater dans les cartulaires de la dîme, dans les anciens chirographes du greffe scabinal et, surtout, dans les plans du village aux 18e et 19e siècles.

De 1370 à 1600, La Hamaide comprenait une douzaine de grandes coutures : du Bois, de la Folie, de Ronsart, de Frimbuis, de Cambron, de la Roquette, de Commont, de l'Estrée, du Baudrion, de l'Enhour, d'Escaubecq, de Rome.

Elles prirent, dans la suite, le nom de « champ » et d'aucunes, celui de « hameau » appellation plus moderne qui désigne une partie du village, souvent éloignée du centre.

Les fiefs étaient des « héritages » que le châtelain concédait à ses vassaux à charge de foi et hommage. Les nobles seuls, tout d'abord, étaient vassaux ; ils recelaient les fiefs d'un grand Seigneur ou d'un Roi. C'était le cas pour nos châtelains qui, à leur, tour, gratifièrent de la sorte certains de leurs sujets.

D'après les patientes recherches (1) de notre vieil ami Ernest Matthieu, La Hamaide comprenait quatre vingt trois fiefs situés dans la seigneurie et en dehors.

On retrouve dans la commune les noms d'anciens fiefs : le fief de la Cambre 1473, au champ, de Commont, le fïef de Goumanpont sur les terrires de La Hamaide et d'Ostiches, le fief Ladrière à Ronsart, le fief sar au champ de Rome, le fief Balot, au champ d'Escaubecq, le fief François Notté au champ de Ronsart, le fief Baudrenghien (2) au champ de l'Estrée, (Ancien fief de le Cambre).

Viennent alors aussi ; après le moyen âge jusqu'au 18e siècle, « les champs du Coulbier, du Gard, des Hugeniaux, des Sarts, des Quesniaux, a leplancq a le ramée, de Nespelier, de Haudrimont, du Platsoir, de Maigne, du Cornet, de l'Alouette, de Joncquière, des Arbrechaux, de l'Enhour, pretz à baillons, pretz des moines, pretz des Battis, pasture de Braine, bas pretz, pasture grand'mère, champ du Sacrement (Warte), champ de la tannerie (Rome), aulnois Chons, champ de l'Abbé, champ de l'Escailterie, champ de la garenne etc...

 Commont. — On désignait, primitivement, sous le nom de « commons » ou « kémons » les pâturages (pascuae), appartenant au seigneur du lieu et dont les « manants » (c. à d. les hommes libres, attachés à la terre qu'ils devaient cultiver) avaient l'usage moyennant une certaine redevance en nature et, plus tard, en argent, (3) proportionnée à la superficie etc... (Chaque année, au printemps, devant la mairie, le greffier de la baronnie, en présence du mayeur, réglait publiquement les clauses de la location et chacun des intéressés pouvait y conduire son bétail. Cette coutume dura jusqu'à la fin de l'ancien régime.

D'après le plan parcellaire de 1740, ces prairies se trouvaient situées au bas du mont de Moorsiel, vers les hameaux de Ronsart et de Rome. Une autre partie occupait les bas-fonds de Billemont et s'avançait jusqu'au Trimpont sur le territoire du village d'Ostiches. On appelle et on orthographie aujourd'hui « Commont » le hameau surélevé bordant, au midi, ces dernières vastes prairies.

 Courtil. — Dans le principe, au dire de Tacite, les Celtes vivaient isolément, mais l'accroissement de la population rapprocha les habitants d'une même région et donna naissance aux premiers groupes de cabanes, chacune entourée d'un enclos qu'ils appelaient cors, cohors, cortil, d'où est venu le nom de « courtil » : une habitation avec jardin ou une petite ferme. Ce terme « courtil » ou « closure » était autrefois fort répandu dans nos campagnes ;

—  Aulnois : lieu planté d'aulnes. Aulnois Windar, Chon, de Commont etc... parce qu'autrefois ces endroits étaient couverts d'aulnes.

—  Berceaux. — Bon nombre de localités avaient leur société (4) de « tirs à l'arc », également dénommés « tirs aux berceaux ». Ces divertissements étaient fort en honneur déjà au moyen-âge. L'endroit, où ils se faisaient, portait aussi le nom de « berceaux ». À La Hamaide « les berceaux » étaient situés auprès du parc, au pied du pavillon de chasse seigneurial. sur le point le plus élevé du centre du village.

—  Garenne, Gard. Garenna, warenna, en bas latin signifie le lieu où l'on garde, comme réserve,  toutes espèces de gibier. Cet enclos, où les châtelains élevaient et conservaient le gibier, se trouvait dans le parc à l'extrémité du chemin appelé, aujourd'hui encore « de la garenne ».

—  Ramée : rameïa, en raison des nombreuses pousses d'arbres qui parsemaient cet endroit. Il y avait la basse et la haute ramée, sur le versant nord-est du mont de Moorsiel.

—  Rome (hameau de) au flanc méridional de la colline, où un général romain avait, à 200 mètres de la chaussée, établi son camp.

—  Roquette : endroit pierreux.

—  Coulbier : (champs et cense du) colombier.

—  L'Estrée : Stralum = route : hameau traversé par une grand'route.

 Moorsiel (mont de) voir : appendice I.

 Quesniaux : kenia, kéniau, quéniau en roman signifient petits chênes ou chênes nains. C'est donc un groupe de petits chênes isolés dans la plaine ou bordant un chemin.

 Sarts (champs des) : Sartare en bas latin signifie défricher. Sartum : le lieu dont on a arraché les broussailles
pour le mettre en culture.

 Warte (hameau de la) : warda, en tudesque waerd, d'où notre roman : warde = garde ; l'endroit où habite un garde.

—  Cornet (hameau du) = où se trouvait une sentinelle qui avertissait d'un coup de « cornet » : de trompe, l'arrivée d'un équipage au château.

—  Maigne : diminutif de Madeleine. (Ch. II, 3).

—  Pucemaigne : Puits de la Madeleine, (ibid.).

Puteus magnus : la ferme de Pucemaigne : où se trouvait le grand puits.

—  Ronsart : lieu déboisé en rond, au pied du mont.

—  Frimbuis ou « frimbois » : bois de frênes.

Chemin royal. — Carrière signifiait chemin de charroi, plus large que les sentiers, mais plus petit que la voie et que les chemins royaux. On croit que ce chemin royal du hameau de Cambron est qualifié de la sorte parce que Charles Quint y passait régulièrement en allant d'Audenarde au château des Mottes à Frasnes et à Tournay.

Vivier de Ronsart. — Outre l'étang poissonneux voisin du château, il existait aussi le vivier de Ronsart, maintes fois mentionné dans les archives, et situé entre les hameaux de la Roquette et de Ronsart. Il étendait sa nappe d'eau sur une superficie de plus de trois journels, jusqu'à l'écluse du tordoir. Aujourd'hui, après d'énormes travaux accomplis (5) par la province, la route d'Ellezelles à Ath coupe par le milieu ce lac d'autan et il ne reste plus, au centre des prairies actuelles, que le cours du Ronsart.

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(1) La pairie de Silly par E. Matthieu. — Chap. IV.
(2)   Chap. VI.
(3)  Les censiers : qui payaient le cens.
(4)  Chap. XV. 1.
(5)  Chap. II. 3.

 

CHAPITRE II. Groupement humain

1. Origines

Longtemps avant l'ère chrétienne des populations ont habité notre territoire. D'où venaient-elles ? À quelles races appartenaient elles ? Aucun livre n'en parle ; aucune chronique n'a conservé leur souvenir ; pendant de longs siècles on ne s'est même pas douté de leur existence.

Mais, aujourd'hui, des preuves multiples nous montrent La Hamaide peuplé bien avant que son nom figurât dans les documents d'archives. Le bois et ses tenants abondent en souvenirs tant toponymiques que matériels de la pré-histoire.

À notre connaissance, les premières découvertes archéologiques, en ces lieux, (1) datent de 1804. Dans le long ravin qui relia le bois de Martimont à celui de La Hamaide, un groupe d'archéologues (2) montois découvrit un dépôt d'objets précieux, remontant à la période celtique et composé d'une cinquantaine de monnaies d'or gauloises et de deux magnifiques colliers également en or d'un chef  gaulois.

Les connaisseurs font remonter ces trouvailles à l'an 80 avant Jésus-Christ, preuve que l'emplacement de notre village était habité à l'âge du fer, il y a plus de deux mille ans.

En 1865, quelques archéologues, conduits par G. Foilliez de Mons, mirent au jour, sur les flancs alors boisés du mont de Moorsiel, des pièces de billon enfermées dans une petite « olla » de terre grise et des médailles de Domitien, Trajan etc.. en grand et moyen bronze. Durant l'été suivant ils découvrirent encore, en cet endroit, six plateaux de terre rouge belgo-romains. Deux portent le nom du potier Calus. (3)

Lors d'une accalmie durant la grande guerre (juillet 1917), au cours d'une exploration sur les remblais sablonneux du chemin escarpé reliant la route provinciale de Frasnes au centre de Moorsiel, nous avons trouvé à moins de cent mètres d'intervalle, deux haches gauloises, parfaitement intactes. D'autre part, le secrétaire communal possède une pièce semblable bien conservée et plusieurs autres fort détruites, le tout provenant de œ même endroit. Une surtout, en marbre, est très intéressante pour l'archéologie. Nouvelle preuve du séjour des gaulois.

Mais les fouilles patientes et méthodiques entreprises sous la direction de A. Boterdaele et dont nous allons parler, permettent de constater pleinement la richesse de La Hamaide, au point de vue de l'archéologie et de l'histoire de notre contrée.

Ce savant gantois avait, durant plusieurs étés, déjà, exploré, avec succès, la crête des monts boisés qui s'allonge de Grammont par Renaix, St Sauveur, Flobecq, Ellezelles, Frasnes (4) et Buissenal jusqu'au point terminus de La Hamaide.

« Nous nous étions maintes fois demandé, écrit le distingué archéologue, si cette colline de La Hamaide, devant se trouver dans d'excellentes conditions d'habitat, n'aurait pas été occupée, elle aussi, par certaines peuplades primitives, qui auraient pu y abandonner des témoins de leur passage. Ce d'autant plus, que ses sommets n'ont guère été remués depuis des siècles. »

En 1910, aux abords du chemin tortueux, montant du « Rossignol » vers St. Sauveur, à 0,20 sous le sol, en une couche marneuse, on a déterré (5) une partie d'un tronc d'arbre fossile, long de 0,70 cm. et d'un diamètre de. 0,20 complètement perforé par des milliers de tarets qui s'y trouvaient agatifiés.

Dans ces mêmes parages, sur un champ en contrebas, se firent, de nouveau, d'importantes découvertes d'éclats de silex pyromaque noir (6) introuvable dans le pays et que les premiers occupante ont du se procurer par échanges ; puis des racloirs, des perçoirs, des pointes de flèches, des coutres bien travaillés... enfin de nombreux débris de fabrication, signes d'un important atelier et d'où l'on peut conclure que l'habitant s'adonnait à la chasse, à l'élevage, à la culture du sol.

Ces mêmes intrépides chercheurs gantois exhumèrent, vers le sud-est, de cette côte, une espèce de hache-manteau en corne de cerf dont la forme reproduit un type caractéristique de la période, néolithique. Et la rencontre de cet instrument dans une même couche de tourbe, dont l'âge géologique n'est pas douteux, ne laissa subsister, aucun doute sur l'âge préhistorique de cette « station ».

Au congrès archéologique de Malines, tenu au mois de mai 1915 M. M. Vincent ont présenté une intéressante étude au sujet des ravinements artificiels, antérieurs à l'époque romaine et signalé l'existence en Belgique de toute une classe de travaux de terre anciens, inconnus des archéologues. Ils croient qu'ils remontent, en général, à l'époque préromaine et qu'ils sont bien le résultat du travail humain.

Au sud-est du bois de La Hamaide, près de la sablière, se trouve une espèce de fortin circulaire qui décèle, à n'en pas douter, un antique ouvrage d'homme de ce genre (7). Il ne pousse guère à cet endroit que quelques bruyères et des arbustes rabougris.  C'est autour de ce  monticule que  l'on  a rencontré les premières urnes funéraires d'un important cimetière. Elles étaient simplement déposées en terre sans chambre sépulcrale.

Ces vases appartiennent, sûrement, à une époque très reculée. Ils furent faits à la main en terre plastique et durcis aux rayons du. soleil. Tous ces nombreux tessons étaient mous en sortant du sol, mais, exposés à l'air pendant une chaude journée l'été, ils acquirent une dureté telle qu'ils rendaient un son au contact d'un corps solide. Ce qui n'arriverait pas s'ils avaient subi une cuisson.

« Il est très probable, écrit (8) A. Boterdaele, ce genre de sépulture étant absolument inconnu jusqu'ici (1913), que nous nous trouvons en présence de sépultures préhistoriques. Il y aurait un intérêt capital à élucider cette question, qui peut jeter du jour sur une partie de l'archéologie encore nébuleuse, sinon totalement ignorée. »

Faut-il voir sur cette cime, la plus élevée de la contrée, au milieu de forêts séculaires, un lieu sacré de l'époque druidique, conservé plus tard durant l'invasion romaine et utilisé comme terrain sépultural ? Il y aurait eu alors, sur ce sommet arrondi, le sanctuaire avec le bûcher où se pratiquaient les dernières cérémonies funéraires avant l'enterrement des cendres des habitants de la colonie, très dense en cet endroit.

On peut aisément s'en convaincre, non seulement par les nombreux « tumuli » répandus sur un large espace, mais aussi, sur l'autre versant, comme nous l'avons décrit plus haut, par les copieuses trouvailles en silex des préhistoriques.

Les divers vestiges des peuplades de cet endroit aux périodes Celto-Germanique et Gallo-Romain, sont très précieux pour tes origines de notre agglomération.

Ce n'est pas tout : À un kilomètre et demi environ, de là, vers le nord, notre groupe Boterdaele mit au jour un vase de terre rouge et, tout à côté, un autre également intact, mais qui se brisa sous les efforts faits pour l'extraire. Il était rempli de sable et de cendres, le tout imprégné d'oxyde de fer. À l'encontre de ceux trouvés de l'autre côté du bois, ces vases trahissent un certain caractère artistique : ils furent travaillés au tour et la pâte diffère notablement de celles des autres. D'autre part, les poteries rouges à relief apparaissant seulement à la fin du premier siècle de notre ère, on peut conclure que ces deux antiques cimetières, remontent à des époques éloignées l'une de l'autre. (9)

Toujours dans ce même bois, en se rapprochant du mont de Moorsiel, entre Buissenal et Œudeghien, nous avons extrait, à fleur de terre, de nombreux débris de poteries de l'époque francque, ce qui nous autorise, une fois de plus, étant donné l'étymologie de Moorsiel, à reconnaître l'existence d'urne colonie de Francs en notre village, du sixième au neuvième siècle.

Après de semblables découvertes (10) il est tout naturel de rencontrer en ces mêmes lieux, certains restes d'habitations des temps primitifs. Elles consistaient, tout d'abord, en de simples excavations pratiquées dans le sol et couvertes de branchages. Plus tard, l'argile que renferme le sous-sol de la colline et qui fut si largement exploitée pour la fabrication des vases domestiques, des urnes funéraires et pour la confection des tuiles, mêlée au limon et sable, servit à remplir les interstices des clayonnages, le revêtement de la partie supérieure des huttes, des cabanes et, dans la suite, des murs des habitations de plus grande importance.

Des couches de terre cuite, des cendres, des charbons de bois, des débris calcinés ou vitrifiés, déterrés par les bûcherons et les campagnards témoignent que tout a été anéanti par le feu.

Il faut le redire avec le courageux archéologue de nos parages : La Hamaide fut, depuis les temps préhistoriques, une « Station » où des peuplades successives ont passé, où les divers modes de sépultures : margelles, tumuli etc... ont été découverte et ou, enfin, les différente âges ont laissé une quantité extraordinaire de précieux vestiges.

On pourrait ajouter que ces couvertes au sein de notre territoire, en peu d'années, sont déjà considérables, quelle a donc dû être la quantité mise au jour et anéantie par les défrichements et terrassements de toutes espèces, opérés depuis les époques les plus reculées ? Tout ceci montre de nouveau que ces cimes boisées ont été témoins d'importants événements, en un temps fort ancien au sujet duquel, nous manquons, évidemment, de renseignements précis.

Notre massif forestier est donc, et il est aisé de s'en convaincre, des plus intéressants. Hélas ! la guerre mondiale, déchaînée en 1914, est venue interrompre brusquement les explorations scientifiques.

Après cette triste période, le vieil et toujours infatigable A. Boterdaele avait repris ses travaux sur le territoire d'Œudeghien, aux côtés de Moorsiel et y avait repéré un nouveau cimetière gallo-romain à tombes multiples. Il se disposait à visiter le camp romain sur les flancs du mont de Mainvault et les bois du Cannois et de St. Martin à Moustier, également reconnus comme très importants au point de vue antique, lorsqu'il finit subitement ses jours à Gand (11) en 1926.

Ces curieux objets de l'âge préhistorique et de l'époque gallo-romaine, recueillis en si grande abondance dans le sous-sol de La Hamaide occuperont, formons en l'espoir, une place d'honneur en nos musées archéologiques.

 

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Le territoire de notre contrée, habité dès les époques préhistoriques et durant les périodes successives des Romains et des Francs, comme viennent de le prouver de nombreuses découvertes archéologiques incontestables, fut peuplé définitivement par ces derniers à la veille de la féodalité. Leurs tribus d'arrêtèrent à partir de 891 dans le « Vieux-Burban » (12) dont faisait partie La Hamaide et se dispersèrent par fractions. Chaque groupe choisit son chef, se groupa autour de sa teinte et jeta les premières traces d'une agglomération. Nul doute que, parmi ces Saxons exilés, certains vinrent immigrer chez nous.

D'ailleurs encore, les preuves que nous avons pour Lessines, (13) Wannebecq, Ellezelles, Frasnes... pourquoi n'existeraient-elles pas pour notre localité, assise au milieu d'elles ?

Mais parmi les plus anciens habitants dont le souvenir authentique nous est transmis dans les archives, (14) il ne faut pas perdre de vue les religieux de la grande abbaye bénédictine de St. Ghislain, accompagnés de colons et de serfs plus où moins nombreux. Dès la fin de l'époque carolingienne, Ils occupaient déjà notre pays d'une manière permanente.

Telles sont les origines de La Hamaide.

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(1) Déjà en 1837 et 1843 affirment d'aucuns.
(2) Annales du
cercle archéologique de Mons, tome VIIe.
(3) Musée archéologique de Mons.
(4) Tous ces monts furent depuis les temps les plus préhistoriques des stations où des peuplades successives ont passé. L'Âge de la pierre, du bronze,  du fer, l'époque romaine et francque y ont laissé de nombreux et intéressants objets. Voir les belles collections du notaire Sturbaut à Renaix et de Boterdaele à Gand.
(5) L'archéologue Boterdaele conserve cette très curieuse trouvaille.
(6) Silex de Spiennes.
(7) il y a aussi en ce lieu des chemins creux en groupes bien anté-romains. Certains archéologues pensent même pouvoir les faire remonter  à  l'époque, néolithique. (de la pierre polie.)
(8) Annales du Touring-club. Gand 1911.
(9) Au bois Rabbis, prolongement de celui de La Hamaide, se trouvent également des vestiges récemment découverts, d'un cimetière Gallo-Romain. (Voir plus loin.)
(10) À l'exception des gisements classiques tels que Spiennes et, Mesvin... il n'existe, nulle part en Belgique, une contrée aussi riche en instruments de l'âge néolithique que notre région élevée comprise entre Renaix, Flobecq, La Hamaide et Frasnes.
(11) Lors du décès, son habitation était remplie de trouvailles faites sur les sommets des montagnes de Grammont à La Hamaide. Que sont-elles devenues ?
(12) Annales du Hainaut par Vinchant. Tome II.
(13) Histoires de ces communes.

(14) Annales de l'abbaye de saint Ghislain.
 

2. Population à diverses époques

La Hamaide, relativement fort peuplé, renfermait, en 1482, d'après une matricule de cette époque 147 feux, (1) En comptant comme autrefois, six personnes par foyer, la population atteignait approximativement un millier d'habitants. Selon T. Bernier, elle s'accrut encore, au commencement du Siècle suivant. Le dénombrement des feux et cheminées dans les « États du haynaut » (2) en 1519, donne 187 chefs de familles. D'après la liste officielle présentée au « Conseil souverain du haynaut » en 1707, la commune comprenait alors 176 feux. (3) Avant la tourmente française de la fin du 18e siècle, La Hamaide comptait 1310 habitants. L'arrêté de la députation permanente, fixant la part contributive à porter aux budgets communaux de 1883, pour la formation du fonds commun, table sur une population de 1245.

Elle était de 1280 habitants au seuil du XXe siècle et d'un millier environ au début de 19l4. Depuis, le chiffre continue à baisser.

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(1) Dubuisson : Mémoire sur 1e Hainaut.
(2) États du hainaut : Archives de Mons.
(3) Liste des feux et cheminées en 1707 jointe au procès 36368, conseil souverain du Hainaut Mons.

 

3. Structure économique — Folklore

Le village de La Hamaide fut fondé principalement, comme nous venons de le voir, par les colons que les moines, civilisateurs de notre contrée, avaient formés. Leur besogne journalière était le défrichement des terres, et cela, jusqu'au jour où elles constituèrent l'élément principal. Dès lors, ni le châtelain, ni même les abbayes ne les cultivèrent plus par eux-mêmes. Elles furent concédées aux habitants moyennant une redevance appelée « cens » en nature et, plus tard, en argent, proportionnée à la superficie.

Toutefois, à côté des travaux champêtres se développa également le tissage des draps et des toiles.

En 1527, le commerce des draps était fort en vogue dans notre région. Frasnes, Moustier, St. Sauveur, Buissenal, La Hamaide jouissaient du monopole (1) de ce commerce établi dans la châtellenie d'Ath depuis trois quarts de siècle. Maïs par suite des mêmes privilèges accordés à la « terre des débats » par ordre de la gouvernante Marguerite d'Autriche, la fabrication et le trafic du drap devinrent moins importants (2) à partir de 1540.

Le travail du lin, implanté à La Hamaide, dès les premiers jours de son développement agricole, progressa rapidement.

On ne se contenta plus de fabriquer les toiles pour ses propres besoins : le négoce établi vers le milieu du 15e siècle, surtout avec les nombreux marchands d'Ath, (3) s'accentua considérablement, nous le redirons plus loin.

De même que pour les draps, cette ville s'était arrogé le monopole dus toiles dans le Hainaut, « n'admettant à l'étaple » que les tissus irréprochables, les scellant de ses armes nonobstant l'estampille des lieux de provenance. (4).

Après la fin tragique du comte Lamoral d'Egmont, les tristes événements, qui marquèrent cette période troublée, vinrent également mutiler la seigneurie et appauvrir ses habitante. Ce n'est qu'à partir de 1583, lorsque Philippe II d'Espagne accorda à Frasnes un franc marché pour le blé et autres denrées, que l'on se remit à cultiver plus de céréales.

Vint le règne d'Albert et d'Isabelle, placé entre la révolution et les guerres de Louis XIV et durant lequel s'ouvrit une ère très favorable pour notre pays. La Hamaide prend alors un développement agricole très accentué : les chemins se frayent, les cultures gagnent de plus en plus de terrain sur les bais et les bruyères ; les « courtilleries » et les censes se multiplient par tout son territoire.

Les vieux registres, servant à asseoir les contributions, et ceux de la matrice cadastrale de la fin du 18e siècle, tenus par les échevins féodaux, nous indiquent les familles Loiseleur, De Buillemont, Lemosnier, Leplat, Baccart, Hanicq, Leurquin, Romane, Leleux, Désénépart, Delviesmaison, Ducellier, Gervois, Fontaine, Sénéchal, Descamp, Brockart, Anrys, Cotton, Pitrorus, Delprée, Quequin, Delcroix... comme étant, au cours du 17e et 18e siècles, les principaux cultivateurs du village.

Cette nomenclature nous fait voir que la propriété foncière était déjà morcelée sous l'ancien régime et qu'une bonne partie des terres cultivées n'étaient plus des « mainfermes » c'est-à-dire tenues par le châtelain ou les abbayes, auxquels se payait le loyer annuel, mais de véritables « alleux » affranchis du cens.

Jusque vers 1842, il se faisait un trafic, important déjà, de denrées agricoles et aussi de produits de ferme tels que beurre, œufs, volailles, bestiaux etc. qui servaient à alimenter les marchés d'Ath et de Lessines.

Survinrent les époques mémorables de disette et de calamités publiques : la récolte des grains, surtout en 1846, et celle des pommes de terre durant les années 1845 et 1852, voir même au delà, firent presque totalement défaut. Le phytophtora, maladie chronique des pommes de terre (5) diminue sensiblement, dit le rapport communal de 1848, mais, ceux qui suivent, indiquent une nouvelle recrudescence du fléau, malgré les remèdes employés pour l'enrayer.

Aux temps jadis, on s'occupait aussi de la distillation du genièvre. Sous le régime seigneurial une distillerie s'était établie à cause des franchises. En 1712, elle était en pleine activité, travaillant à une chaudière. Pendant l'époque française, elle ne put supporter la concurrence avec les nouvelles distilleries plus à portée des communications et, en 1820, les droits élevés l'anéantirent. Elle avait son siège dans l'antique ferme de Pucemaigne aujourd'hui toute modernisée.

C'était à ce même emplacement que, depuis le 16e siècle, fonctionnait la brasserie seigneuriale. (6) Devenue libre, elle, s'installa au chemin de l'Arlochoir ; on la vit fonctionner jusque 1848.

Le seigneur avait délaissé la brasserie, mais il demeura possesseur du moulin à vent et du tordoir. Ces deux derniers assuraient l'alimentation et l'éclairage du château en même temps que des habitants obligés par le châtelain à l'usage exclusif de ses moulins. (7) Nos ancêtres y faisaient donc, forcément, moudre leurs céréales et les graines de hêtre, de lin et de colza.

Une redevance était établie. Pour le froment, cette redevance appelée mouture, uniforme pour tout le Hainaut, s'élevait au vingtième de la quantité présentée.

La nourriture était peu recherchée ; les productions locales en formaient la base. Elle consistait en pain de seigle (8) généralement jusqu'au 16e siècle et en haricots. La pomme de terre ne fut importée chez noms qu'au milieu du 18e siècle (9) et, après le nouvel an, réapparaissaient sur la table les grosses fèves des premiers temps. Il y avait également le laitage, les œufs, le miel (10) et les fruits. Le dimanche et les jours de fête apparaissait la viande de volaille, de porc, puis de bœuf. L'eau claire, la bière, l'hydromel et le thé étaient les boissons habituelles. Le café, actuellement si répandu, était à peu près inconnu dans nos villages et la chicorée ne fut cultivée qu'en ces derniers temps.

Nos gens d'autrefois ne soignaient guère leurs maladies qu'à l'aide de plantes dont ils connaissaient les vertus et qu'ils cultivaient ou allaient cueillir dans les prés ou les bois. La plupart du temps ces plantes constituaient pour ainsi dire, leur seule médication. C'est seulement quand les découvertes et les combinaisons chimiques eurent créé des produits plus stabilisés et d'effet plus rapide que les tisanes tombèrent plus ou moins en désuétude. Certaines, cependant jouissent encore dans nos campagnes, et avec raison, d'une vogue populaire qui n'est pas près de s'éteindre.

Quant aux vêtements, le lin et le chanvre cultivés et travaillés sur place fournissaient une toile solide et la laine des moutons, tissée et tricotée, se transformait en bas et gilets, ou en étoffes résistantes. Les habits ne subissaient pas les variations de la mode et se distinguaient par leur commodité et leur solidité.

Les moyens d'éclairage étaient le « crasset » et la lampe à l'huile, provenant du tordoir de Ronsart.

On fabriquait encore, au début de notre indépendance nationale, beaucoup de toiles dans le village : la plupart des familles, même pauvres, semaient et récoltaient le lin. En hiver, la maisonnée s'occupait de la mise en œuvre. Le lin était teille et filé ; on le tissait ensuite sur des métiers dressés dans chaque demeure. Ce qui n'était pas fabriqué sur place était porté aux marchés d'Ath, de Renaix, de Grammont. À beaucoup l'industrie linière procurait une aisance relative ; elle avait le grand avantage de permettre aux gens de rester au foyer et d'utiliser les longues soirées d'hiver. Les progrès de la mécanique sont venus détruire cette douce quiétude : les tissus se font, aujourd'hui, entièrement dans les fabriques. Il est loin le temps où le villageois avait semé et vu grandir le lin dont il avait confectionné sa blouse bleue du dimanche ! Un redoutable ennemi lui était survenu de l'étranger : le coton. D'autre part, les terrains épuisés ne donnèrent plus ces récoltes linières si recherchées dans nos parages par les marchands flamands. A partir de 1870, cet antique et fructueux négoce, peu à peu, prit fin.

Alors ainsi, il y eut une première affluence des grains provenant des régions neuves, jusqu'alors incultes ; en même temps la navigation, grâce à la baisse des frets fit de grands progrès. Il n'en fallut pas davantage pour créer à nos campagnes une concurrence désastreuse et écraser le marché belge. L'agriculture ne nourrissait plus son homme, force lui fut de s'adapter aux exigences du temps.

Que de terres arables transformées en prairies ! Quelle prodigieuse augmentation du cheptel bovin dès 1890 ! Et, jusqu'après l'occupation allemande l'élevage du bétail atteignit un taux de prospérité très grand. Le trafic des céréales s'élargit après les années de guerre mondiale jusqu'au jour où les premiers développements d'une crise économique générale provoqua la mévente des produits, mévente qui s'est étendue progressivement à toutes les activités de la ferme et des champs.

Il n'est pas jusqu'à nos plantations de tabac qui ne viennent jeter les nombreux intéressés dans le désarroi. Rappelons l'origine de cette importante culture : introduite, il y a cinquante ans, en notre village et dans toute la région qui nous relie à la Flandre, comme un des moyens de surmonter les difficultés agricoles d'alors, (11) elle s'était rapidement développée. Les relevés officiels, au début de la guerre de 1914, accusent deux millions de plants sur le sol de La Hamaide. Son excellent arôme, sa douceur et sa facile combustibilité le classe aux premiers rangs des tabacs indigènes ; aussi sa renommée a-t-elle franchi, en peu de temps, les centres populeux du pays de Mons, de Charleroi et l'agglomération bruxelloise.

 

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Notre organisation économique avait aussi, autrefois, son côté religieux et social. C'est, en effet, durant les siècles de l'ère chrétienne, sous la puissante et douce influence de l'église que se développèrent les mutualités appelées corps de métier, fraternités, puis corporations, unions professionnelles...

On comptait à La Hamaide au 16e siècle plusieurs de ces associations : le métier des drapiers, des tisserands, la corporation de St. Éloi pour les cultivateurs et les maréchaux et celle de St. Joseph pour les hommes travaillant le bois, les « confraternités » du St. Rosaire (12) et de Ste Marie-Madeleine.

Longtemps nos ancêtres éprouvèrent cette bienfaisante influence, où l'union de la vie laborieuse avec la religion donnait aux associés un lien d'honneur et, au travail, une sorte de consécration. Ce dernier cessait entièrement le dimanche et aux jours de fêtes, autrefois très multipliés ; ce qui permettait à l'ouvrier des champs comme aussi, à l'artisan de jouir largement de la vie de famille et de retremper son âme aux pieds des autels.

De plus c'était l'occasion de se donner quelques honnêtes distractions. Ce plaisir trouvait sa place au sein même de la corporation où de la confrérie : les membres étaient conviés aux baptêmes, aux mariages, qui avaient lieu dans la société et la fête patronale se terminait, le plus souvent, par un repas de corps où se donnait libre cours la gaieté de nos pères.

Hélas ! l'affaiblissement de l'esprit chrétien, l'action des légistes et surtout des législateurs de 1791 vinrent abolir partout ces antiques corporations sans rien mettre à leur place pour abriter les générations futures.

La première association économique constituée sous notre nouveau régime, dans le but de favoriser uniquement les intérêts agricoles, date de 85 ans. Le 19 juillet 1848 se fonda au village, sous la présidence du commissaire de l'arrondissement d'Ath et d'un délégué de toutes les communes des deux cantons,de Frasnes et de Flobecq, un comice agricole, sous la dénomination de « Comice du sixième district du Hainaut ».

Les unions de ce genre instituées par arrêté royal du 20 janvier 1848 avaient spécialement pour objet de propager toutes les améliorations agricoles sanctionnées par l'expérience.

Vers 1891 surtout, notre village prit une large part au développement de la mutualité et du syndicalisme : caisse d'épargne et de retraite — société de secours mutuels : la prévoyance, pour les ouvriers malades ou blessés. — Plus tard dès 1906 : Association légale et fédérée des « aoûteux » se rendant annuellement en France pour les travaux champêtres — assurance contre la mortalité du bétail — syndicat des cultivateurs du village pour l'achat des engrais, des semences, la vente des betteraves sucrières et du tabac, concours annuel avec primes d'élevage et d'amélioration de la race bovine etc., se sont épanouis et ont produit surtout jusque 1914, de multiples et bienfaisants résultats.

Il ne faut pas passer sous silence le merveilleux élan, donné dans tout le pays, par le gouvernement catholique, durant 30 ans, pour l'extention du réseau des communications : nous en avons largement profité : outre l'antique chaussée romaine, les belles routes pavées, avec accotements cyclables de Renaix à Ath et de Lessines à Tournai sillonnent la commune.

Depuis 1906, le tram vicinal, traverse de part en part notre territoire. Il le met en communication directe avec les gares de chemins de fer Flobecq-Ath et donne à nos cultivateurs toutes les commodités pour le transport de leurs produits.

Avec les fêtes du centenaire national se multiplièrent les « autobus » qui passent et repassent, maintenant, plusieurs fois chaque jour et nous emmènent aisément sur tous les points du pays et au loin.

Enfin, le développement du téléphone et de la poste. Aux temps jadis, on devait se rendre à Ath pour tout ce qui avait trait aux affaires postules. Le courrier spécial du château se chargeait toutefois, gracieusement, de l'une ou l'autre rare correspondance adressée à la communie. À partir du 18e siècle les malles-postes, venant de Renaix et de Tournay et vice et versa servaient de courriers postaux.

Au début du 19e siècle, sous le régime hollandais, un premier postier venant d'Ath, faisait, de temps en temps, tous les huit jours ordinairement, une apparition à La Hamaide. Sous notre gouvernement belge la poste nous arrivait de Rebaix, tout d'abord deux fois la semaine, puis journellement, jusqu'en 1882. A cette époque, avec l'érection du chemin de fer Renaix-Lessines, nous fûmes reliés au nouveau bureau postal Flobecq-Wodecq jusqu'en 1907, année où l'on créa le dépôt-relais de La Hamaide, auquel succéda en 1913 la sous-perception.

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(1) Hist. de Lessines par Lesneucq. — Frasnes était à cette époque le siège d'une corporation importante de drapiers qui subsista jusqu'au 18e siècle.
(2) 24e registre, des chartes, dép. du nord. Lille. fol. 33.
(3) Hist. d'Ath par Bertrand.
(4) Idem.
(5) Maladie due à un champignon que les botanistes appellent « botrytis. »

(6) La brasserie se trouvait à l'origine dans l'enclos même du château. Il y eut aussi une seconde brasserie à la ferme de Billemont jusque vers 1640.
(7) Le châtelain de La Hamaide possédait encore des moulins à Wannebecq — Rebaix — St. Sauveur — Mainvault — Anvaing, etc...
(8) On cultivait beaucoup de seigle dont la paille était nécessaire aux toitures des maisons et des bâtiments de fermes.
(9) Chap. X. : an. 1738.
(10) La volaille était rare par manque de nourriture ; par contre on entretenait des colonies de mouches à miel, dans la plupart des jardins.
(11) À côté de la culture du tabac avaient pris naissance celle de la chicorée et de diverses plantes médicinales. Cette dernière a presque disparu.
(12) Chap. XV 1.

 

 

² Deuxième partie ²

 

La seigneurie

  CHAPITRE III. Habitation seigneuriale

La peuplade franque, appartenant à un corps régulièrement constitué et qui avait combattu longtemps dans son pays d'origine sous des officiers habiles, reconnut, peu après son arrêt sur notre territoire, la nécessité d'affermir l'autorité et la puissance de son chef. Elle lui éleva une demeure avant songer à elle-même.

Nous voyons, en effet, à cette époque (fin du IXe siècle) surgir sur le versant méridional de la haute plaine, que domine le mont de Moorsiel, une primitive construction seigneuriale. C'est l'antique berceau des de La Hamaide.

Conformément aux usages du temps, ce domaine, du nom de « Villa », était une sorte de ferme ou d'habitation rurale a laquelle étaient attachées certaines terres déterminées (in-domicatus) appartenant au Maître. Malis tes hordes normandes saccagèrent la longue et patiente œuvre des moines laboureurs, renversèrent le manoir (1) et anéantirent les vestiges d'une civilisation naissante.

C'est seulement après le passage des pillards que les seigneurs, instruits par l'expérience, songèrent à assurer davantage leur sécurité. Les villas en ruines se transformèrent en châteaux-forts, tels : La Hamaide, Flobecq, Ath, Bois d'Acren, Bois de Lessines...

D'autre part, les religieux s'efforcèrent de rétablir leurs propriétés foncières et de ramener, à la longue, une nouvelle ère de paix et de prospérité.

 

 

               Plan du domaine seigneurial en 1603

 

À la veille des croisades le premier château-fort proprement dit de La Hamaide était dans toute sa puissance et sa splendeur. (2) Comme tous ceux bâtis aux 10e et 11e siècles, époque où s'établissent les seigneurs, il avait deux parties bien distinctes : une basse-cour et une seconde enceinte fortifiées.

Les haies avaient fait place à de larges et profonds fossés remplis d'eau, qui entouraient tout le domaine seigneurial et rendaient l'escalade, la brèche, l'incendie plus difficiles. À l'un des angles ; celui du nord-est, s'élevait la haute tour cannée du guet dont les dessous servaient de prison. Des souterrains traversaient le parc, dans la direction du nord au sud, comme on peut-le constater par les vestiges actuels, et allaient déboucher au pied du promontoir, alors boisé, se rattachant aux prairies basses dans la direction d'Œudeghien.

Cette puissante demeure seigneuriale apporta au village son épanouissement : toutes les cabanes groupées autour d'elle s'étant améliorées, agrandies et multipliées, grâce au travail et à l'industrie des serfs, elles se dégagèrent pour se constituer en commune.

La position topographique et stratégique de La Hamaide était, au début du 15e siècle, considérée comme tellement importante, que son château-fort, inspecté par le comté du Hainaut, devait être soigneusement entretenu. Aux plaids ténus dans la chapelle St. Etienne, en l'église de Ste  Waudru à Mons, le 30 septembre 1432 une déclaration de la cour est faite, portant que le « maistre machon » assermenté du Duc est chargé avec d'autres de « aler aviser et prisier les deffanses de retenue qui estoient a le castiel et forteriesse (3) de le Hamayde...

Cette construction fut ravagée durant les guerres postérieures et réédifiée, tout au moins en 1516, par Jacques de Luxembourg, devenu châtelain de La Hamaide. Toutefois le sceau des échevins reproduisit jusque 1534 une vue du donjon de l'ancienne forteresse, malgré les modifications introduites, c'est-à-dire, la façade nord-est, flanquée de deux tours rondes en surplomb.

 

     Château réédifié de 1600 à 1603 (dessiné par Madou en 1825)

 

Vers la fin de ce même siècle, les soldats espagnols, à leur tour, détruisirent considérablement cet historique manoir. Charles II d'Egmont le fit restaurer au cours des années 1600 à 1603. (4)

L'entrée du domaine seigneurial se trouvait au chemin dénommé le « cornet » (5) à peu de distance de la chaussée romaine. Une drève (6) s'avançait au milieu de la futaie du parc, longeait l'étang prenant naissance à la voie actuelle du tram vicinal et abordait à la ceinture des fossés et au pont-levis. Celui-ci, dressé et barré d'une herse de fer aux pointes acérées, en interdisant l'accès. Quand la sentinelle autorisait le passage, il fallait franchir un second fossé coupant l'enclos pour atteindre la cour d'honneur, à ciel ouvert, entre les deux ailes du château.

De nos jours, près de l'aqueduc remplaçant le pont monumental renversé par les sans-culottes de 1795 s'élèvent les spacieuses écuries érigées par les d'Egmont ; à côté, une construction du 16e siècle, bien conservée et encore habitée. Le pignon montre les trous où s'emboîtaient les attaches du pont-levis. À droite, un fournil de construction récente, remplace la tourelle à machicoulis défendant jadis l'entrée de la propriété seigneuriale. Elle s'ouvrait par une poterne dissimulée dans la première cour intérieure.

La présence de quelques assises régulières au pied du mur d'escarpe, qui sert maintenant de soutien à un jardinet, étalé sur les aminés de la basse-cour, est particulièrement intéressante. Cet ancien spécimen d'architecture, dont l'ensemble est devenu très incomplet, présente néanmoins un intérêt particulier pour l'histoire de la localité. Il est encore assez net pour donner une idée du plan général des constructions d'antan. Dommage qu'on ne, puisse pas entreprendre certains travaux de dégagement ! La chose en vaut d'autant qu'on ne connaît plus guère en notre pays de fortifications du haut moyen-âge.

La Hamaide a vécu la vie de sa seigneurie partageant ses vicissitudes, sa grandeur, sa décadence et la dernière pierre, se détachant des murs du fier castel, tinta le glas des fastes glorieux du village.

On voyait encore, il y a un siècle, au lendemain des secousses révolutionnaires, des pans de murailles crevassées, des colonnettes gothiques, des arcades serpentant dans les airs, veuves de leurs antiques sculptures. À présent, ces pierres ont disparu, les vieux fossés sont presque comblés par les alluvions et les regards avides du visiteur contemplent les quelques restes « du moult biau chastel » (7) qui couronnant cette colline de La Hamaide et que les empereurs et les rois, notamment Charles-Quint, Philippe II d'Espagne, Louis XIV et Louis XV de France, à la suite des preux antiques, honorèrent bien des fois de leur présence.

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(1) Le Hainaut ancien par l'annaliste Vinchant, tome II.
(2) Hist. de Flobecq par Pourcelet.
(3) Dépôt des archives de l'état à Mons : La Hamaide 15e siècle.
(4) Chap. V. 5.
(5) Chap. III
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(6) Les derniers arbres de cette drève disparurent en 1864. (compte communal).
(7) P. Lespinoy : Recherches des antiquitez et noblesse de Flandre : 1631.

 

 

CHAPITRE IV. Juridictions — Cours féodales

L'avènement du régime féodal morcela nos territoires en une multitude de juridictions seigneuriales distinctes. Nous avons vu déjà que le primitif château de La Hamaide avait été concédé au chef Franc de la colonie locale et, selon l'usage qui s'implantait, il accola à son nom celui même de son nouveau domaine. C'est le tout premier seigneur Local... L'histoire, en effet, des tribulations qui affligèrent, au onzième siècle, le Hainaut et la Flandre, témoigne d'un certain Gérard, pour lors, maître du bourgh. (l)

Notre contrée était comprise dans le vieux Burban, canton de l'ancien Brabant, assez délimité entre l'Escaut et la Dendre et ayant la ville d'Ath comme chef-lieu. Parmi les populations de cette châtellenie (2), les uns étaient sous la dénomination directe du comte de Hainaut, d'autres appartenaient à des seigneurs particuliers qui y exerçaient leurs droits de justice et de magistrature, ou loi spéciale. La Hamaide état de ces dernières.

Justices. — Le châtelain possédait comme principal attribut de la souveraineté, le droit de haute justice, c. à d. de juger les causes criminelles et les délits — le droit de moyenne et de basse justice — enfin, le droit de justice foncière, indivisément, s'étendant sur La Hamaide, Mainvault et Wannebecq sous la dépendance d'une cour féodale spéciale. (3)

Revenus. — Par delà l'enclos du manoir et des dépendances entouré d'eau, s'étalaient le parc, les terres labourables, les pâturages, les bois... Tout cela, dans les débuts de la féodalité était sous la domination directe du châtelain.

À cette puissance territoriale s'ajoutait une quantité de droits et de deniers féodaux : les amendes, les revenus fonciers, les rentes, les cens, la banalité des moulins à vent, le tordoir, la tannerie, l'afforage sur les tonneaux de bière et, plus tard (4) sur les brasseries, le droit de mortemain... revenant au seigneur.

De même encore, les eaux se trouvaient sous sa dépendance ; elles lui servaient à remplir les fossés de défense du château, à irriguer les prés, à alimenter les viviers poissonneux et à subvenir aux nécessités du tordoir de la seigneurie.

Biens. — Dès le 13e siècle, par suite de l'alliance de Thiéry de La Hamaide avec Liégarde, héritière du fief important de Rebaix, les biens de cette opulente pairie passèrent en la maison des de La Hamaide. Les de Luxembourg et les d'Egmont, devenus par alliance héritiers de la seigneurie, adjoignirent le riche domaine d'Armentières et de multiples et vastes propriétés à Schoorisse, Sottegem et en divers autres endroits.

Avant cela, déjà en 1281, par suite de contestations entre les Dampierre et les d'Avesnes, fils de Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre et de Hainaut, les terres du vieux Burban reçurent, après de nombreuses complications, une nouvelle ligne de démarcation. La partie tudesque, dénommée Burban flamand, patrimoine des Dampierre, s'adjoignit les seigneuries de Lessines et de Flobecq, avec les. villages de Ogy, Wadecq, Ellezelles. La partie sud demeura aux d'Avesnes sous le nom île Burban wallon. Elle englobait au septentrion la baronnie de La Hamaide dont le seigneur d'alors, Amould III, avait épousé Aelis, fille de Fastred II d'Avesnes.

Ce fut le premier partage de la « Terre des débats » limité par le chemin de « l'Arlochoir » comme il existe encore de nos jours et sépare La Hamaide de Wodecq et d'Ellezelles.

Une nouvelle convention, conclue en l'an 1333, stipule que Lessines, Flobecq et leurs dépendances feraient, dorénavant, partie du comté de Hainaut, tandis que Renaix demeurerait à la Flandre.

C'est en raison des difficultés, suivies d'interminables complications, que la région prit le nom de « Terre des débats ».

En 1402, Jehan IV, seigneur de La Hamaide (5) acquit les avoueries de Renaix, Ellezelles, Hoorbeke.., à Jehan de Flandre-Dampierre dit de Namur. Cet acte de translation est relaté, comme suit, dans le compte de Guillaume Hallewin, bailli d'Alost (6) du 8 Mai 1402 : (7)

« De messire Jehan dit de Namur qui a vendu au seigneur de la Hamaide, les villes de Renaix, Hoorbeke et Elleziel avec les rentes, cens., justices, hommages, segnories, emolumens et revenus appartenans à ycelles villes et terre pour la somme de 6000 écus d'or... selon l'octroy de Monseigneur donné à Arras le 27e jour d'apvril l'an 1402 cy rendu, a court le 10e denier dudict vendage 600 écus dont Monseigneur a quitté au dict messire Jehan la moitié de son droit du dict 10e denier, ce qu'il appert par un mandement donné à Arras le 29e jour d'Apvril l'an 1402 avec lettre d'assertion du dict Messire Jehan cy rendu d'avoir esté tenu quite de la dicte moitié ; reçu pour l'autre moitié 300 écus. »

Il prit solennellement possession de la baronnie de Renaix, le dimanche suivant et la cérémonie d'inauguration eut lieu sur la grand'place du marché et dans la collégiale de St Hermès où Jehan de La Hamaide prêta serment entre les malins du prévôt entouré des chanoines du chapitre de Renaix et de toutes les notabilités de la cité.

En sa qualité de seigneur et de vassal du comté, le baron de Renaix faisait partie des États de Flandre..

Outre les droits féodaux et allodiaux, on lui devait encore certains hommages et privilèges particuliers. Un très intéressant de ces derniers, consigné dans les archives renaisiennes était le « droit de louche » c'est-à-dire le droit de prélever une oies uni de chaque rasière de grains de n'importe quelle nature, vendue au marché, ou simplement introduite en ville.

Au décès de Jehan de La Hamaide, son frère Arnould lui succéda comme seigneur de Renaix, Hoorbeke, Ellezelles... En 1426, son fils Jacques, puis sa soeur Isabelle se transmirent ces domaines. À la mort de ces deux seigneurs demeurés sans postérité, la juridiction de Renaix... revint à leur neveu Arnould et, enfin, en 1473, à Michel de La Hamaide, frère de ce dernier. La terre de Renaix passa, dix ans plus tard, dans la famille des van Œttinghen-de la Hamaide, de la branche de Condé.

Des difficultés s'étant élevées au sujet du contentieux, Charles Quint, par décret du 15 décembre 1515, mit le séquestre sur cette juridiction. Il s'agissait maintenant d'établir, d'une manière précise, la ligne de démarcation de la « Terre des débats » séparant le Brabant-flamand du Brabant-wallon. L'impératrice Marie-Thérèse trancha la question : une transaction disposait que le conseil de Flandre exercerait son pouvoir sur Flobecq et Ellezelles et que le Hainaut aurait la Juridiction de Ogy, Wodecq et des autres parties de la seigneurie de Lessines.

Ainsi ce différend, au sujet de la « Terre des débats » entretint entre Wallons et Flamands une haine implacable et fit de ces contrées, soumises à un régime (8) exceptionnel, un véritable refuge de malfaiteurs. Le décret du 26 mars 1743 termina enfin les débats.

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Dès le douzième siècle, un bailli devint le représentant permanent du seigneur de La Hamaide. C'est le cas, d'ailleurs, de toute commune qui possède un échevinat libre. Ses attributions sont importantes. Investi de l'autorité judiciaire il exécute les ordonnances du châtelain, les décisions des échevins, a le droit d'accusation, de prise de corps, d'emprisonnement, se paye sur le montant des amendes et défend les droits de son maître pour faire équilibre contre les échevins avant tout protecteurs de la commune.

Outre le bailli, le seigneur de La Hamaide s'adjoignait des hommes de fiefs, un greffier et des sergents. Ils constituaient une cour féodale spéciale. Le corps administratif et judiciaire de la seigneurie se composait de cette cour et du « Magistrat ». Eux deux formaient le « collège » que présidait le bailli.

À l'origine, ce premier fonctionnaire dirige l'exploitation de la baronnie, règle les corvées dues par les colons, les serfs, perçoit les redevances auxquelles ils sont tenus et centralise les revenus. Dans la suite, ses pouvoirs plus variés et plus importants, sont fixés selon la teneur de l'acte de nomination. Celle-ci émanait du châtelain sans intervention de l'autorité centrale.

Ci-joint la copie d'une nomination faite au cours du 18e siècle (9) : « Actum au collège à l'assemblée expresse du mayeur, hommes de fiefs et eschevins de la terre et baronnie de la Hamayde, ce 9 juin 1748. Le même jour est comparu Sieur Ignace de Massener de Kovalli, écuyer, exhibant la commission muny d'un timbre de six florins dont la teneur icy suit de mot à autre : nous soussigné Guy-Félix Pignatelli comte titulaire d'Egmont... avons commis et constitué comme par cette nous commettons et instituons la personne du Sieur Ignace de Massener de Kovalh pour bailly de la terre et baronnie de la Hamayde vacquant par la mort de son père, avec toutes les prérogatives et prééminences y annexées et aux charges, devises et conditions à régler ci-après, à charge de prêter le serment conformément aux placarts de S. M. I. et R., entre les mains de ceux qu'il appartient.

En foi de quoi nous avons signé ceste et y fait apposer 1e cachet ordinaire de nos armes ; donné à la Hamayde ce 9 juin 1748.

(Signé) Guy-Félix PIGNATELLI.

Ainsi fait et passé à la semonce et connoissance des hommes de fiefs et du magistrat. (10)

Le bailli, en sa qualité de représentant de l'autorité seigneuriale, était chargé de nommer aux différents emplois de la baronnie et les titulaires, avant d'entrer en fonctions, prêtaient, entre ses mains, le serment requis par l'usage.

Quand, vers la fin du 15e siècle, le châtelain se mit à lever des impôts sur les sujets de ses domaines, c'est encore au bailli qu'incombait de présider la confection des comptes, et de les présenter au contrôle de l'administration de la province.

Le 1er compte officiel de la seigneurie de La Hamaide date de cette époque. Il est rédigé « par Antoine Callebert, greffier, touchant les biens, cens, rentes et revenus des terres et seigneuries de la Hamayde pour un an échu le 15 octobre 1479. »

Les archives de l'État à Mons et celles du département du Nord à Lille détiennent la très intéressante série de ces comptes annuels, de la baronnie de 1479 à 1795.

Mais le rôle principal du bailli était judiciaire (11).

Jehan Froissart fait mention, en ses chroniques (12), de certaines bandes de laboureurs chassés du Brabant et de la Flandre et qui, rassemblés dans la région boisée entre Renaix et Frasnes, allaient, pour se venger des insultes des Bourguignons, attaquer et détruire les châteaux de la région. Il ajoute à ce sujet « qu'en l'an 1390 avoït une manier de gens routiers eus ès bos de le hamayde et avoïent en li diet bos fortifié une maison, tellement que on ne les pouvoit prendre ni avoir. Li chastelain de le hamayde qui estait pour li tems Jehan, chevalier-bourgeois de Tournay, fist par moult fois des aguets sur eulz, mais ne les pouvoit avoir ni attraper car savoïent trop de refuges ; et les ressoignoiton tant que nul osoit aler en li dict bos ni eus ou païs. »

Des faits de ce genre se renouvellent en 1477 sous le règne de Marie de Bourgogne (13).

Sauf en ces cas exceptionnels où le châtelain, à l'origine, intervenait directement, c'était au bailli qu'incombait la direction de la police pour tout le ressort de la seigneurie.

Avant les armées permanentes les hommes et surtout les jeunes gens, eu âge de service militaire, étaient dressés et avaient l'obligation de garantir la sécurité locale. Des listes de patrouilles divisaient, les citoyens désignés en escouades et assignaient, à chacune de celles-ci, leurs moments de service. Au premier signalement des malfaiteurs, le bailli, en vertu de ses fonctions et aidé des divers sergents d'office requérait d'urgence ses hommes d'armes et leur donnait la mission de défendre les lieux en danger de traquer les bois, de visiter les maisons et les endroits suspects.

En 1722, quelques individus ayant, près du bois de Moorsiel, attaqué et dévalisé un marchand de drap « demorant à Fresne » les délinquants soutinrent que le bailli de La Hamaide n'avait pas à connaître de leur cause mais bien « la loy de Mons ». On s'adressa au prévôt et, à son intervention, les coupables, détenus dans les cachots du château, furent admis à composition et acquittèrent une amende dont le montant passa entre les mains du prévôt et du bailli (14).

On peut le voir par ce fait : le comte de Hainaut avait enlevé aux seigneuries une part de leur autorité, comme il avait déjà repris le jugement des causes qui entamaient la peine de mort.

Jusqu'en 1759 cependant, l'exécution de la sentence leur était encore réservée et le condamné allait à la potence dressée en permanence près du château.

Pour les autres délits de moindre importance, le pouvoir judiciaire du seigneur était généralement conservé. La prison, l'exposition au pilori, les amendes restaient les signes de cette autorité. Le pilori se trouvait à côté de la potence, entre le château et la place publique. Il se composait d'un pilier pentagonal en granit d'environ trois mètres de haut, sa base reposait sur plusieurs marches concentriques lobées en pierres de taille. Un chapiteau aux armes de la baronnie le surmontait. Au tiers de la hauteur le fut portait, en bas-relief, sur l'une de ses faces, une lange tête de lion, dans la gueule duquel était scellé un anneau. C'est là que l'on attachait les coupables pour les fustiger et les « mettre à la honte » selon l'expression locale. Un second pilori dit de la « Franchise », mais portant également les armoires des sires de La Hamaide s'élevait sur un monticule aux abord du « Grand chemin » très fréquenté autrefois, allant de Renaix par St. Sauveur, Frasnes, La Hamaide, Ostiches, Mainvault, Ath. Cet endroit (15) nommé, de nos jours encore, « le pilori », bien qu'il n'en reste plus aucun vestige, se trouve aux confins du territoire de Mainvault, faisant partie, sous l'ancien régime, de la terre de La Hamaide.

Les seigneurs hauts justiciers, avaient seuls le droit d'élever des piloris. C'étaient les insignes et instruments de leur pouvoir cœrcitif. L'exposition des condamnés au pilori était, ordinairement, de deux heures, par un, deux ou trois jours de fête ou de marché, selon la gravité du délit. Après chaque exhibition, le délinquant était reconduit dans les cachots jusqu'à plein acquittement de sa dette envers la justice.

La peine du pilori prit fin en 1794. Quant aux deux antiques piloris, ils tombèrent quelques années plus tard sous le marteau révolutionnaire du citoyen Ferraris (16).

— La demeure des baillis était le plus souvent La Hamaide ; plusieurs cependant habitèrent le « Blockaus », à Wannebecq. Le dernier occupant, dans la seconde moitié du 16e siècle, fut Jehan de Baudrenghien écuyer, seigneur de Ansermont à Ogy et de Goumanpont à Ostiches. Dès 1645, ce fief de Wannebecq n'appartenait plus à nos seigneurs.

Charles-Louis Désénépart, nommé bailli en 1782 s'établit dans une des ailes du vaste château de La Hamaide alors inhabité. Son décès clôtura la longue série des baillis de la baronnie.

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(1) Chap. V. — Chronique de l'abbaye de St. Ghislain. Mons : 11e et 12e siècles.
(2) Le « Bracbantum » est déjà cité dans une charte de Pépin le Bref de 750. Il fut annexé au Hainaut par Bauduin IV en 1136.
(3) Chap. VII.
(4) Chap. V. 5.
(5) Chap. IV,11e Seigneur.
(6) Le pays de Renaix avait été ajouté au comté d'Alost le 1er mai 1367.
(7) Manuscrit de la bible de La Haye, p. 29. Archives de Lille. — Chambre des comptes.
(8) Hist. d'Ellezelles, p. 18 et 19. — La seigneurie de Renaix par O. Delghust, p. 80 et suiv.
(9) Archives de l'État à Mons : comptes de la seigneurie de La Hamaide 1748.
(
10) Archives de l'État à Mons. Comptes : liasse de 1748 à 1755.
(11) Chap. VII.
(12) Chroniques de J. Froissart, tome XVIe.
(13) Chroniques de J. Froissart. tome XVIe.
(l4) Mons. Cour féodale du Hainaut : Procès. Juges fol. III, n° 30406.
(15) Cet antique chemin était autrefois connu de tous les voyageurs. Les malles-postes, les charrettes des marchands et les piétons allant d'Ath vers Renaix et vice-versa, n'empruntaient pas d'autre voie.
— Un autre chemin revêtant les mêmes caractères anciens est celui de « l'Arlochoir », séparant la terre de La Hamaide de celle des « débats », comme il le délimite actuellement encore des territoires de Wodecq et d'Ellezelles.
Il y avait autrefois à l'endroit nommé « Quat fédaches » à l'intersection du chemin dont nous venons de parler avec la chaussée romaine, un calvaire, indiqué ainsi que celui de Scaubecq sur la carte chorographique de Ferraris de 1777. Le Christ, de proportions anormales avait remplacé longtemps après le départ des romains, une « borne milliaire » c. à d. indicatrice des distances.
Était aussi établi à cette même place un « relais » d'origine romaine, disposé le long des routes milliaires, avec écurie et remise pour les voyageurs.
— Un autre vieux calvaire, celui de Scaubecq, entouré d'ifs, avait été remplacé à l'aurore du 19e siècle par une chapelle, aujourd'hui également disparue.
(16) Les débris du pilori seigneurial survivaient encore, il y a une trentaine d'années. Que sont-ils devenus ? Maintes personnes encore en vie, se rappèlent très bien les avoir vus.
Une des pierres carrées qui lui servait de marche et au milieu de laquelle était enchâssée la colonne a été retirée en 1926 d'un des pieds du « moulin Tintin ». Elle sert actuellement de dessus de citerne.


 

CHAPITRE V. Seigneurs

1. « Les Grands » de La Hamaide  

Refaire la généalogie de cette antique lignée est une tâche malaisée, par suite de la pénurie des documents de ces temps très anciens, de leur laconisme et de l'incertitude : qui découle parfois de la similitude des noms dans les diverses branches de ces familles au cours des âges. Inutile, d'autre part, d'entrer en d'amples détails concernant certains sires de La Hamaide : un volume ne suffirait pas. Nos efforts tendront simplement à rappeler ici, brièvement, les différents personnages qui ont été, successivement, « seigneurs du lieu » et qui sont cités dans les traités historiques, les chroniques du notre pays et de France, les cartulaires, annales des diverses maisons religieuses anciennes et tout spécialement dans les études sur les de la Hamaide et les de Luxembourg, par les distingués généalogistes d'Hozier et le comte P. A. du Chastel de la Howardrie.

À partir du onzième siècle commence la filiation, directe comme suit :

I Gérard de La Hamaide, seigneur du lieu laissa deux fils : 1°) Arnould, qui suivra. 2°) Julien mentionné en 1129 et 1154 et encore en 1165 ainsi que son frère (1) et d'autres seigneurs.

II Arnould, chevalier, seigneur de La Hamaide..., cité avec son frère Julien en 1129 et avec Gérard de La Hamaide en 1154, est encore nommé avec eux en l'an 1160 (2).

En 1158 Arnould fut témoin à l'acte par lequel « Gilles de Blicqui » cède à l'abbaye d'Eenham une prairie située entre « Hellebecq et Silli » au profit des habitants d'Hellebecq et des serfs colons de la dite abbaye en cet endroit (3).

Au cours de l'année 1161, Arnould scella l'acte par lequel l'Abbé et les moines de l'abbaye du St sépulcre de Cambrai cédèrent au comte du Hainaut, Baudouin IV, le moulin de Villereau (4). En 1164, Arnould est cité avec son fils Gérard (5).

III Gérard II de La Hamaide, chevalier, seigneur du dit lieu etc., est mentionné dans les chartes des années 1154, 1160 et 1164, comme on l'a dit plus haut, avec son père et son oncle d'abord, puis avec son père seul ; mais dès 1180, il est l'unique représentant de la famille (6). En 1182 il figure comme pair du château de Mons, lorsque Jacques seigneur d'Avesnes, de Leuze et de Condet vint prêter au comte Bauduin V de Hainaut le serment de fidélité qu'il reniait 40 jours plus tard (7). En 1185, Gérard vendit à l'abbaye d'Eenham six bonniers de terres et de bois et prit les armes, avec les autres seigneurs du Pays du Hainaut, pour aider le comte Bauduin V à défendre ses états envahis par le duc de Brabant (8). L'année suivante, il devînt l'un des juges du duel judiciaire qui devait avoir lieu entre Gérard de St Aubert et Robert de Beaurains et où le dernier n'osa paraître (9). Lorsque le jeune Bauduin, héritier de Hainaut, alla à Worms en 1191, pour y rencontrer l'empereur Henri VI, Gérard de La Hamaide fit partie des cavaliers qui l'accompagnèrent (10). Il figura aussi parmi les seigneurs du Hainaut qui assistèrent au serment d'exécution du traité conclu, l'an 1194, entre leur comte souverain et le duc de Brabant (11).

Dans une charte datée du 7 avril 1195, par laquelle le comte Baudouin termine les différends élevés entre l'abbaye d'Eenham et le seigneur de La Hamaide, celui-ci est qualifié die « miles illustris et probus ». (12)

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(1) Annales de l'Abbaye de St. Ghislain. p. 375.
(2)   Annales de l'Abbaye de St. Ghislain. p. 375.
(3)  Piot : cartulaire de l'Abbaye d'Eenham, p. 45.
(4)  Duvivier : Recherches sur le Hainaut ancien, p. 591 et 595.
(5)  Annales de l'Abbaye de St. Ghislain. p. 378.
(6) Piot : Cartulaire d'Eenham, p. 372.
(7) Gilbert de Mons : Chronique de Hainaut. tome XIV des mémoires.
(8) Kervyn de Lettenhove : Chronique de Froissart, tome XXI.
(9) Gilbert de Mons : Chronique du Hainaut, tome I. p. 360 et 361.
(10) Idem p. 40 et 41.
(11) Baron de Reiffenberg : Monuments pour servir à l'histoire de Luxembourg, du Hainaut etc... tome I. p. 319 et 320. — Chron. de Froissart tome XXI.
(12) E. Matthieu : La pairie de Sîlly et ses fiefs.
 

 

IV Odon de La Hamaide, chevalier, seigneur du dit lieu figure en 1201 parmi les nobles du Hainaut et des Flandres, assemblés à Valenciennes par le comte Bauduin, dans le but de prendre la croix pour aller secourir les chrétiens de la terre sainte (1). Odon de La Hamaide, prit part à cette croisade (2). À partir de 1201, il n'est plus mentionné que dans les chartes. Certains croient qu'il perdit la vie au siège de Constantinople. Il laissa..., au moins trois enfants : deux fils et une fille.

V Amould II, son fils aine, lui succéda. On trouve son nom en 1213, 1216 et 1220 (3), Le 28 février 1226, il signe un arrangement entre l'abbaye de Liessies et celle de Cambron au sujet des dîmes d'Ath, de Wannebecq et de La Hamaide (4). Il s'éteignit sans postérité avant 1235, car dès cette année, son frère « Thiéri » est qualifié de seigneur de La Hamaide.

VI Ce Thiéri, chevalier, avoué de St Sauveur, devint donc seigneur de La Hamaide après le décès de son frère. On trouve son nom mentionné pour la première fois en 1202 (5). En 1214, il combattit dans les rangs des flamands contre les français à Bouvines et fut fait prisonnier (6). En 1216 et 1220 il comparait à des actes avec son frère (7). En 1225, on le trouve seul (8) et l'an 1228 il est nommé « Theri de le hamaide, li chevalier ». (9) En septembre 1249, Pierre Évêque de Châlons et Hughes Abbé du St Sépulchre à Cambrai, commissaires du St Siège, déclarent, qu'après avoir reçu le serment des témoins produits par Jean et Bauduin d'Avesnes, au sujet de la légitimité de leur naissance, ils ont entendu le premier d'entr'eux : Thiéri de La Hamaide et consigné sa déposition par écrit. (10) Il figure ensuite dans les chartes de 1251 avec son fils Gérard, (11) alors seigneur de Rebaix et aussi dans les chartes de 1256 et 1259 avec Arnould son fils aine, (12) et, enfin, en 1257 avec ses deux fils Arnould et Gérard. (13) Le dernier acte où il est mentionné date de 1264 (14) et il était mort avant janvier 1267. (15)

Le sceau de ce Thiéry était équestre, on y voyait un cavalier courant de gauche à droite, l'épée haute et portant au bras gauche un bouclier, ou écu armorié de trois hamaides. La légende est complètement détruite. Au contre-sceau se trouve un écu chargé de deux bandes, avec cette autre légende : « Clavis Sigilli, »

En 1256, messire Thierri, sire de La Hamaide, chevalier, assiste avec son fils Arnould, aussi chevalier, et d'autres, comme « Justice-» à l'adhéritement d'un fief situé en la paroisse de Cayn. (16) En 1257, ce même Thierri, Arnould et Gérard ses fils, tous trois chevaliers, sont présents à la donation d'un héritage situé au bois de Tongres en Hainaut, faite à l'abbaye de Cambron par Jehan, sire d'Audenarde, aussi chevalier, en mars de la même année.

Une charte de mars 1258 nous apprend que partie des fonds de terre situés à Ogy et donnés par Gossuin dit « bouriaux de Ogi » pour la dotation de la chapelle par lui fondée du dit Ogy, était tenue en fief de « messire Thiéri de le hamaide ».

Avant 1217, ce Thierry avait épousé dame Liégar ou Liégarde qui pourrait avoir été l'héritière de Rebaix, fief important, l'une des douze pairies du Hainaut dont leur second fils « Gérard de le Hamayde » jouissait déjà en 1251. (17)

En mai 1235, l'épouse de Thierry était la fille de Hugues de Gages, chevalier. (18) De cette alliance naquirent au moins deux fils : Gérard, dont nous venons de parler et Arnould, fils ainé.

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(1) Miroeus et Foppens : Opéra diplomatica, tom. III. p. 73.
(2)   Baron Kervyn de Lettenhove : Chronique de Froissart tom. XXI p. 503.
(3)  J.J. De Smet : Cart. de l'abbaye de Cambron. tom. II. p. 644, 689, 816.
(4) Idem, tom. II p. 832, 833.
(5)  
Annales de l'Abbaye de St. Ghislain p. 417.
(6) Duchesne : Historia francorum scriptorum, tom. V. p. 269.
(7) Cartulaire de Cambron tom. II. p. 907. tom. I p. 1083.
(8) Annales de l'Abbaye de
St. Ghislain p. 419. — d'Hozier : an 1225.
(9) Cart. de Cambron tom. II 107 tom. I p. 322.
(10) Annales du St Sépulchre de Cambrai, année 1249.
(11)
Annales de l'Abbaye de St. Ghislain p. 446.
(12) Martène et Durand : Thésaurus anecdotorum, tom. I. p. 1083.

(13)  
Cartuaire de Cambron tom. II. p. 375 et 376.
(14) 
Annales de l'Abbaye de St. Ghislain p. 448
(15) Archives des Hospices de Tournay. Cartulaire au béguinage, 19 Janvier 1267.
— En 1235, Thiéry de La Hamaide renonce aux droits qu'il prétendait percevoir lors de la vente des terres de St. Amand à Anvaing. Il abandonne à l'abbaye de St. Amand le moulin à vent, qu'il avait fait construire à St. Sauveur et reconnait qu'il ne peut établir de moulin ni à St. Sauveur, ni à Anvaing.
Bibl. Nat. à Paris : Collection Moreau, vol. 149. p. 165.
(16) Cayn, (aujourd'hui Kain en Hainaut) était tenu en fief de l'abbaye d'Inde lez Aix-la-Chapelle par le sire d'Audenarde. Le fief cédé était l'hommage dû par Colart de le Vingne, maire de Kain.
Monuments Anciens, tom. I. p. 586.
(17) Il fut, en 1275, un des bienfaiteurs de l'hôpital de Lessines.
(18)  Léo Verriest : Le Servage dans le comté du Hainaut. p. 472.


 

VII Arnould III de La Hamaide, chevalier..., etc.., fut avoué de St Sauveur, ainsi que l'avait été son père. Du vivant de celui-ci, il se servait d'un « scel portant un écu d... à trois hamaides d... brisé d'un lambel de cinq pendants d... ». (1) Ce scel était appendu à une charte du 21 août 1268. Arnould de La Hamaide garantit l'exécution des engagements pris envers les Tournaisiens par Rasson de Florainville dit Lardinois, chanoine de Leuze et par Gilles de Waudripont, chevalier. « Ce fu faict a Leuze l'an de l'incarnation nostre Signeur Jhesu Crist MCC et LXVIII, au vint et unisme jour d'aoust, par un mardi. + S. Arnulphi de le hamaide mi..., is. ». Arnould ne paraît pas avoir changé de sceau après la mort de son père, car en 1280 et 1289, il se servait encore de celui dont il usait en 1268 (2).

Le 11 juin 1280 Arnould de La Hamaide signe, avec d'autres hommes de fiefs, l'acte par lequel Jehan, sire d'Audenarde reconnaît tenir en fief et en hommage de Jean d'Avesnes comte de Hainaut et de ses hoirs « li castiel, li ville de Flobecq et touttes li appiertenances en fortereice et defors forferisse... fors mis li dongnon de le castiel de Flobecq ». (3) À la vente, de la terre de Chièvres au comte de hainaut en 1289 « li mercredij après li fieste Sainct Nicolay » figure parmi les signataires de l'acte : « Ernoul, Sire de le Hamayde ». (4) Cet Arnould, qui vivait encore en 1290, avait pour épouse Œlis d'Avesnes, fille de Fastred II d'Avesnes, chevalier, Seigneur de Willems...

VIII Jehan I succède à son père. L'année 1278, il figure dans une charte tournaisienne (5) en compagnie de Thierri, du Roeulx, aussi chevalier. En 1284, il est encore nommé dans un acte passé à Tournay. (6) « L'an de grâce mïl deus cens quatre vins dis et wit, (21 juin 1298) li samedi devant li fieste de Nativitei Sainct Jehan-Baptiste ».

Joffrois de Gonville, député du roi d'Angleterre et Simon, député du roi de France, commis pour réparer les violences faites depuis la trêve conclue entre ces deux princes chargent Jehan, seigneur de La Hamaide, nommé à cet effet par le dit Simon, de lever et garder les profits de la prochaine fête (foire) de Renaix ; jusqu'à ce que les débats entre les comtes de Flandre et de Hainaut, au sujet de cette ville, soient terminés.

À la mort de son frère Thierry, il joignit à la seigneurie de La Hamaide, celle de Rebaix et devint paire du Hainaut. Jehan ne fut seigneur de Willems que par une partie de cette paroisse, car en 1307, Bauduin de Calonne était bailli de la Dame de St Aubin, Dame de Willems. (7) Jehan avait épousé Marguerite de Hénin-Liétard, fille du seigneur de Boussu etc... Il devint père de deux enfants.

IX Jehan II, son fils aine, lui succède. En 1333 le mardi avant le jour de la Madeleine (22 juillet) il fut présent à la vente de la terre de Baudour faite par Gérard de Jauche au comte Guillaume I de Hainaut. (8)

Jehan se trouve parmi les chevaliers hennuyers qui, en 1339, aidèrent le roi d'Angleterre, Edouard III, à faire le siège de Cambrai. Nous le revoyons au siège de Tournay en 1340 et au sac de St Amand-lez-Eaux par le comte de Hainaut, qui fut un des épisodes de ce siège.

À l'acte, du serment prêté par Marguerite, à son avènement à la souveraineté du comté du Hainaut, le 14 mars 1356... « auquel sairement faire furent présens... (9) Messire Jehan de le Hamayde... ». Louis comte de Flandre et Marguerite, comtesse de Hainaut, conviennent de nommer chacun, trois arbitres pour reconnaître quelles parties de terres de Flobecq et de Lessines dépendent des comtés de Flandre et d'Alost et quelles parties sont du comté du Hainaut. Le seigneur Jehan de La Hamaide fut choisi par la comtesse du Hainaut. (10)

Jehan II mourut vers 1370 à La Hamaide, son cadavre fut descendu dans le caveau familial en l'église paroissiale où celui de sa femme vint le rejoindre peu de temps après. (11)

Il avait épousé, avant 1330 ; Jehanne de Ligne. De cette union naquirent cinq enfants...

X Jehan III, écuyer, puis chevalier, devint seigneur de La Hamaide, de Willems etc... à la mort de son père. Il avait épousé Marie de Waziers, de la maison de Wavrin, dame héritière de Waziers, de Hénin-Liétard... etc. Jehan n'était que chevalier-bachelier, lorsqu'il devint bourgeois de Tournay (12) le 11 juin 1350. Le jour des funérailles du comte de Flandre, Louis II, en janvier 1384, Jehan de La Hamaide et le châtelain de Furnes conduisirent le troisième destrier du tournoi. (13) Jehan III décéda, le 1er juin 1396, à La Hamaide, lieu de sa sépulture.

XI Son fils Jehan IV lui succéda. C'est ce seigneur qui acheta Renaix, Hoorebeke, Ellezelles. Ces biens lui furent vendus par Jehan de Flandre-Dampierre dit de Namur 3e du nom. Des lettres des 7 et 9 avril 1402 (14) prouvent que ces trois seigneuries ont été vendues au sire de La Hamaide.

« Noble homme Monseigneur Jehan de le Hamayde, chevalier releva aussi comme héritier de feu son père, un fief situé à Hénin-Liétard, que son dit père avait acquis de Mgr. de Noyelle (15). Lorsque, en août et septembre 1398, il accompagna le comte d'Ostrevant à la guerre de Frise, le sire de La Hamaide fournit six chevaliers et son corps de troupe comprenait, en tout, quarante six lances. (16)

En 1409, Jehan IV, seigneur de La Hamaide et de Willems... tenait aussi, à cause de sa mère, Marie dame de Waziers, le fief de Meurchin situé au Quesnoy sur Deulle. (17)

En 1410, le 15 sept, à Paris, Mgr. de La Hamaide, chevalier banneret, fit montre de Messire Ernoul, son frère, Messire Mikiel de Casteller (du Chasteler) et cinq autres chevaliers-bacheliers, de soixante quatre écuyers, de douze arbalétriers à chevalet de soixante douze archers de sa compagnie, qu'il amenait au service du roi par ordre du duc de Bourgogne. (18)

Jehan IV rendit l'âme à la bataille d'Azincourt le 25 octobre 1415. Il avait épousé, en 1397, Anne de Jauche, dame de Gommegnies... Il ne laissa pas de postérité.

XII Arnould IV, son frère, chevalier, seigneur de Rebaix, pair de Hainaut, avoué de St Sauveur etc..., devint, après octobre 1415, seigneur de La Hamaide, Renaix, Condet (en partie), Fresne sur l'escaut (en partie), Mainvault, Wannebecq etc... (19). Il se rendit avec son frère Jehan à Paris, pour servir le roi de France et le duc de Bourgogne, comme on l'a vu plus haut.

Arnould IV trépassa en son château de La Hamaide le 13 novembre 1420 et fut inhumé au côté gauche du chœur de d'église dans le caveau de ses ancêtres. (20)

Il avait épousé Isabelle d'Enghien et de cette union étaient issus cinq enfants.

XIII Jacques de La Hamaide lui succéda. Il est nommé comme fils ainé d'Arnould dans un acte passé « au greffe de St Brice en Tournay daté de 1446. » (21)

Ce chevalier mériterait une longue biographie. Il prit part à toutes les guerres qu'eut à soutenir le duc de Bourgogne pendant plus d'un, quart de siècle. (22) Le 20 janvier 1469, il y avait procès entre Georges de Cordes, seigneur de Maubray (à Arc-Ainières) et de Popuelles et messire Jacques de La Hamaide de qui il tenait la dite seigneurie (23) de Maubray. Jacques de La Hamaide ne contracta pas de mariage. Il termina son existence, très âgé, vers 1483.

XIV. Isabelle, sœur du précédent devint son hoir féodal. Elle se hâta de rétrocéder ce vaste héritage à sou neveu Arnould de La Hamaide.

Voici comment, en 1484, se dresse devant le bailli de la pairie de Silly, le relief de la seigneurie « a elle atombée par le trespas, succession de feu son dit seigneur et frère, dont la mort a esté approuvée a le court à Mons, n'avoit ghaire de temps cy-devant, réservant a elle deux cens cincquanle livres sa vie durante ; de mesme transportant le dit fief en son comprendement au prouffit de Arnoul de le Hamaide, signeur de Condet son nepveu pour luy, ses hoirs et successeurs dont y fut prestement lors receu par Jehan Delplancq, bailly. (24)

XV. Cet Arnould VI, 5e du nom comme seigneur de La Hamaide, écuyer, seigneur de Condet, Renaix, Ellezelles, Wodecq... etc. passa de vie à trépas vers la fin de l'année 1484. Il avait pour épouse Jehanne de Lille, dame de Fresnes sur l'escaut près Condé qui ne lui donna pas de postérité.

XVI. Michel, devint après son frère, seigneur de La flamande, Rebaix, Renaix, Ellezelles, Wodecq... etc... Il est ainsi mentionné dans le cartulaire des fiefs tenus du comté de Hainaut en 1473.

L'an 1485, Michel s'éteignit sans descendance. Il eut pour hoir féodal à La Hamaide et à Rebaix, dame Marie de Berlaymont dite de Ville. Elle était la cousine germaine, par sa mère, d'Arnould VI et de Michel de La Hamaide et avait épousé Jacques de Luxembourg, chevalier et seigneur de Fiennes en Artois et de Gavre en Flandre.

À partir de cette époque : 1485, la seigneurie du village passa à la famille des de Luxembourg.

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(1) Archives com. de Tournay. Original sur parchemin, muni d'un scel rond en cire verte, suspendu à une double queue de parchemin et portant un écu à la hamaide, brisé en chef d'un lambel à cinq pendants.
Légende : + S. Arnulphi de le hamaide mi... is.

(2) R. de Raadt : Les Sceaux Armoriés des Pays-Bas. tom. II. p. 24.
(3) Devillers : tom. III, Monuments pour servir à l'Histoire de Hainaut.
(4) Devillers : tom. III, Monuments pour servir a l'Histoire de Hainaut.
(5 et 6) Archives de la ville de Tournay : Greffe de la cité.
(7) Devillers : tom. III, Monuments pour servir à l'Hist. de Hainaut.
(8) Archives départementales du Nord à Lille, 2° canton du Hainaut  fol. 227.
(9) Copie sur parchemin aux Archives à Mons.
(10) Original du traité à la Trésorie des Chartes des comtes de Hainaut aux Archives de Mons.
(11)  Dom Caffiaux : Hist généalogique de familles nobles de France, n° 1246 p. 961.
(12) Archives de Tournay — cinquième registre de la loi fol. 233 recto.
(13) Froissart : Chron. éd. Kervyn, tom. X. p. 282.
(14) Chap. II 1 en notes — Archives du dép. du Nord. Chambre des comptes, Lille.
(15) Archives du dép. du Nord : Domaine de Lens. Lille.
(16) Froissart : Chronique de Kervyn. Notes du tom, XVI. p. 309.
(17)  Archives du dép. du Nord. Chambre des comptes.
(18) Idem, Chambres des comptes de Bourgogne.
Registre aux montres, à la date indiquée.

— La ville de Mons, présente à Mgr. Jehan de la Hamaide, qu'avait eu l'obligeance d'écrire pendant qu'il était à l'armée (en l'ost ;) de Mgr. de Bourgogne pour donner des nouvelles de l'état de l'armée, six lots de vin de Beaume et six lots de « Moust », le 4 nov. 1411.
(Archives de Mons : comptes du massard de 1411 et 1412).
(19) Fief du château de Bapaume.
(20) Chap. X. 9.
(21) Archives de Tournay : Greffe de St Brice, Layette 1446.
(22)  Chroniques de Mathieu d'Escouchy etc...
(23) Bibli. Nat. de France : Cabinet des titres.
(24) La pairie de Silly et ses fiefs par E. Matthieu
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Dès la mort de Jean IV de La Hamaide, onzième seigneur du lieu, tombé sur le champ de bataille d'Azincourt en 1415, sans laisser de descendance, la filiation de l'illustre et antique famille à laquelle le manoir de  La Hamaide a donné son  nom passa à un cadet : Thierry de la Hamayde. Ce dernier n'habita jamais notre village.

Dans l'église de St Quentin à Tournai se trouve la pierre tombale du dit Thierry et de son épouse Marie de Bachy, morts tous deux au cours du 15e siècle. Curieuse coïncidence, ce Thierry, par suite de l'alliance de sa sœur avec Gérard de Berlaymont, devint l'arrière grand-oncle de Lamoral, comte d'Egmont, à son tour châtelain de La Hamaide en 1557.

Une pièce testamentaire de 1470, découverte vers 1901 (1) à l'abbaye de St Bertin à St Omer (France) en faveur de Lambert, petit fils de Thierry et fils de Michel de la Hamaide, ce dernier marié en secondes noces à Jeanne de Pellicorne, apporte une preuve nouvelle de cette descendance.

Ce Lambert figure dans l'annuaire de la noblesse de Belgique par le baron Isidore de Stein d'Altenstein. Le généalogiste d'Hozier n'émet d'ailleurs, aucun doute sur l'authenticité de cette souche, dont les dernières générations suivent :

de la Hamayde — Présin.

                                 — de Peelaert.

                                — de Mangin.

                                                — de Ville Maugrémont.

                                               — de Burlon du Louvre.

                                               — le Vaillant de Jollain.

                                             — Louys de la Grange.

                                          — de Berg de Bréda.

                                 1928 : Thierry de la Hamayde.

 

Les membres de cette noblesse sont, pour la plupart, citoyens français, d'autres habitent la Belgique, leur pays d'origine et, d'aucuns, le Grand Duché de Luxembourg.

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(1) Acte passé devant le notaire Lerache de Dinant en 1901.

 

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Armoiries

Voyons maintenant si les armoiries correspondent bien au nom. (1) La Hamaide porte : d'or à trois hamaides ou traverses de barrière de gueules, ressemblant à trois fasces alaisées et formant la figure héraldique que les blasonneurs modernes dénomment « une hamaide » en décrivant ces armoiries par ces mots : « d'or à la hamaide de gueules ; ce qui peut aussi se blasonner : « de gueules à deux fasces d'or, à la bordure du même ou d'Audenarde, bordé d'or. ». Le casque qui timbre l'écu est couronné et ses lambrequins sont d'or et de gueules.

Le cimier est formé par deux pignates (cruches ou pots) adossés, l'un d'or et l'autre de gueules, les anses entrelacées. (2)

En 1300, le sire de Rebaix appartenant à cette famille, avait pour supports d'armoiries deux léopards lionnés, mais depuis, les de La Hamaide prirent pour tenants deux hommes au naturel, ceints et couronnés de lierre de sinople et soutenant chacun une barrière aux armes de l'écu.

            Le cri de guerre est : Hamaide ! Hamaide !  Et la devise : Par force et par armes.    

      

 

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Fiefs nommés La Hamaide

Les sires de La Hamaide donnèrent leur nom à des arrière-fiefs qu'ils possédèrent avant le 15e siècle et qui, depuis, pour diverses causes, passèrent sous la dénomination d'autres familles.

C'est, tout d'abord, La Hamaide à Hénin-Liétard en Artois qui, par suite du mariage de Marie de Waziers vers 1365, avec Jehan, sire de La Hamaide, chevalier, devint seigneurie Secondaire d'Hénin et appelée le fief de La Hamaide. (3)

Puis vint le fief de La Hamaide à Neuville-en-Ferrain tenu du châtelain de Lille à dix livres de relief. Il comprenait 14 bonniers six cents d'héritages, des rentes sur 38 bonniers et un plein banc d'échevins. Jehan, dit Athis Frémault, avait ce fief en 1456 ; son fils Jehan Frémault, l'avait en 1493. Après eux vint Walter de Haudion dont la sœur et héritière, Adrienne de Haudion, douairière de Wallebeke, vendit le dit fief à Maximilien de le Val, écuyer. (4)

Enfin nous trouvons le fief de Le Hamedde ou Hamaide à Ostricourt en Pévèle, fief tenu à sept sous six deniers de reliefs. Il consistait en rentes et avait toute justice et seigneurie foncière, bailli, cours et hommes cottiers, lesquels devaient servir de cour et plaids à Ostrécourt, droit d'afforage sur les boissons. (5)

Il y a peut être encore d'autres lieux nommés La Hamaide, mais, malgré nos recherches, nous n'avons rencontré en Belgique, outre le village dont il est ici question, qu'une dépendance d'Hautrage (étal), sans trace de château, ni d'église, ni de chapelle, mais ayant possédé autrefois des terres relevant de la famille des de la Hamaide et dont il reste quelques fondations de messes tirées des anciens revenus.

En la commune de Redu, province de Luxembourg, il existe un hameau qualifié également du nom de « Hamaide ». Son origine ? Colson de la Hamayde, seigneur de Haibes avait un fils, Jean, qui, devenu prêtre, aurait occupé la charge de curé en cette paroisse de Redu vers la fin du seizième siècle. (6) L'endroit où ses biens se trouvaient a continué de s'appeler « Hamaide ». Les archives du lieu n'en font, toutefois, aucune mention.

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(l) Chap. II 3.
(2) Dans les sceaux des Sires de La Hamaide les « pignates » sont affrontés, ils indiquent que les de La Hamaide furent échansons des ducs de Bourgogne.
(3) Souvenir de la flandre wallonne. Douai tom. 19, p. 130 et 137.
(4)  Statistique féodale par Th. Leuridan.
(5) Idem.
(6) Aux « Analectes » pour servir à l'Histoire ecclésiastique de la Belgique, tome XXI, page 120, n° 63, il est écrit : Maistre Jean de la Hamaide, dit Jean de Haibes, prêtre, licencié en théologie de l'Université de Louvain... etc.

 

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2. Les de Luxembourg

 

                      

    Luxembourg, Armes : un lion couronné à la queue fourchée  

 

I.Jehan, fils de Jacques Ier de Luxembourg hérita, au décès de son père, la seigneurie de La Hamaide. Il y avait déjà fixé sa résidence depuis 1487. Ce puissant seigneur devint chevalier de La Toison d'or et chambellan de Philippe-le-Beau, roi-consort de Castille et souverain des Pays-Bas. (1) Il finit ses jours parmi nous au manoir familial, le 16 juin 1508, sans enfant de son union avec Isabeau de Culembourg, dame d'Hoogstraeten.

 

 

II. — Son frère Jacques de Luxembourg, deuxième du prénom, lui succéda. Il était chevalier, seigneur et baron de Fiennes, Gavre (2) etc... et aussi, seigneur de La Hamaide depuis le décès de son frère aîné.

En 1519, il épousa Marie van der Aa, dite de Bruges et de la Gruthunse, dame d'Auxy etc...

III. — Jacques de Luxembourg, troisième du prénom, succéda à son père et hérita les titres de seigneur de La Hamaide, comte de Gavre, baron de Fiennes etc... il passa également dans la suite, parmi les chevaliers de l'ordre de la Toison d'or.

La mort l'arrêta en 1530. Il n'eut pas de postérité de son alliance avec Hélène de Croÿ.

IV. — La seigneurie de La Hamaide échut à Françoise de Luxembourg, sœur du précédent.

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(l) Un des plus illustres ancêtres de cette maison fut Jehan de Luxembourg, il avait épousé, en 1330 Alix de Clermont, fille de Guy de Flandre, lequel possédait, entr'autres territoires celui d'Armentières. Cette alliance le rendit possesseur et seigneur de la plus grandie partie des terres d'Armentières. Celles-ci passèrent à ses successeurs jusqu'au jour où Françoise de Luxembourg, dame de La Hamaide, les amena par son mariage dans la famille d'Egmont.
(2) La terre de Gavre était un franc alleu du comté d'Alost, avec un château sur l'Escaut. Achetée par la famille de Luxembourg elle devint comté en 1519. Les d'Egmont l'héritèrent dans la suite et elle devint principauté en 1543. Au 18e siècle, elle appartenait aux Pignatelli-d'Egmont leurs descendants. La révolution française mit ses propriétés sous séquestre et en vendit une partie au nom de la nation.

 

3. Les Comtes d'Egmont

Les d'Egmont (1) dis de Gueldre, après avoir obtenu le comté de Buren, en 1472, par le mariage de Frédéric d'Egmont avec Marie de Culembourg, dame de Buren, se séparèrent en deux, branches : la branche aînée, celle des seigneurs et comtes d'Egmont qui devait durer jusqu'en 1707 ; la branche cadette éteinte en 1550.

 

 

Jean III d'Egmont, issu de la branche aînée, reçut de Maximilien II le titre perpétuel de comte en 1486. Trois ans plus tard lui naquit un fils, Jean IV, deuxième comte d'Egmont qui, dans la suite, s'unit à Françoise de Luxembourg (2) sœur aînée et future héritière de Jacques III de Luxembourg, seigneur de La Hamaide. Le mariage, d'après T. Juste, eut lieu à Bruxelles en février 1519. Les jeunes époux vinrent habiter, au printemps suivant le magnifique domaine seigneurial de La Hamaide.

Le vieux château venait d'être, presqu'entièrement, renouvelé.

Ce noble et vaillant capitaine, déjà chevalier de la Toison d'or (3) devint bientôt, conseiller et chambellan de l'empereur Charles-Quint.

De cette union de Jean IV d'Egmont avec Françoise de Luxembourg sortirent trois enfants : Charles, Lamoral, dont la destinée, devait être si glorieuse et si tragique, et Marguerite. Devenu général, Jean IV partit pour diriger les armées d'Espagne. Il venait de mettre las Grisons en déroute, après de très brillants exploits militaires, quand la maladie interrompit soudain ses succès. (4) Transporté à Ferrare, il succomba en cette ville, le 29 avril 1528, le jour même où il atteignait sa 39e année. Son tombeau est dans l'église de St Marc à Milan.

La jeune épouse, demeurée au château de La Hamaide, accepta chrétiennement cette dure épreuve et se dévoua à l'éducation et à l'avancement de ses trois enfants.

Dix ans après la mort prématurée de son père, Charles, l'aîné de la famille, partit pour l'Espagne en qualité de chambellan de l'empereur. Il était âgé de 18 ans et son jeune frère Lamoral l'accompagnait.

L'un et l'autre se montrèrent toujours dignes de leur race belliqueuse. En 1541, les deux jeunes comtes étaient aux côtés de Charles-Quint dans son expédition contre Alger. L'histoire nous dit que cette guerre eut une issue beaucoup moins heureuse que la brillante croisade de Tunis.

Des tempêtes violentes forcèrent l'armée à se rembarquer. Charles d'Egmont, un peu souffrant, avait été recueilli dans la galère impériale. Son mal s'aggrava durant la traversée et, débarqué à Carthagène, il rendit son âme à Dieu, en présence de l'empereur, dams les bras de son frère.

En suite de ce décès, Lamoral devint chef de la maison d'Egmont, puis seigneur de La Hamaide, prince de Gavre, baron de Fiennes etc... après sa mère décédée en 1557.

Quant à Marguerite d'Egmont sa soeur, elle s'unit à Nicolas de Lorraine, comte de Vaudemont et, de ce mariage naquit Louise de Vaudemont (5) qui, en 1575, épousa Henri III roi de France.

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(l) La maison d'Egmont était une des plus anciennes et des plus illustres des Pays-Bas. Elle descendait, disait-on, de Radboud, fils d'un ancien roi des Frisons. Cette famille prit le nom d'Egmont parce qu'elle acquit et habita « Egmont » village situé dans la Hollande septentrionale.
(2) Ne pas confondre cette Françoise de Luxembourg, dame de La Hamaide, avec une autre du même nom et de la même époque, fille et héritière du seigneur d'Enghien et qui épousa Philippe de Clèves, seigneur de Ravenstein.
(3) Le 26 octobre 1516, le chapitre de la Toison d'or tint, à Bruxelles en l'église de Ste Gudule, une réunion où on décida que le nombre des chevaliers serait, à l'avenir, porté à cinquante et un.
« Y furent créés chevaliers... Jean comte d'Egmont... »
(4) Jean IV d'Egmont mourut en 1528, deux ans avant son beau-frère Jacques III de Luxembourg, seigneur de La Hamaide ; sa veuve Françoise de Luxembourg devint, alors seulement, l'héritière de son frère.
Elle acquit aussi la baronnie de Bierges etc... en 1568. Le château devint la proie des flammes en 1640.
(5) Chapitre suivant.

 

4.  Lamoral I d'Egmont

 Cet homme illustre vit le jour à La Hamaide, le 18 du mois de novembre 1522. En son « acte d'accusation », conservé aux archives de l'état à Gand, se trouvent ces lignes : « Dict qu'il se nomme Lamoral d'Egmont eagé de 44 à 45 ans plus ou moins — Dict qu'il est né au païs de haynau en certain son vïllage nommé Lamet ». (1)

Tout jeune encore, nous l'avons vu, il fait ses premières armes aux côtés de Charles Quint durant la grande expédition d'Afrique.

En 1545, après avoir amené sa jeune épouse Sabine de Bavière à La Hamaide, il va rejoindre l'armée qui envahissait la France. S'ouvre, alors pour lui, une suite de grandes batailles couronnées par les brillantes victoires de St Quentin et de Gravelines.

Jusque vers 1560 Lamoral ne fit que de brèves apparitions au milieu des siens. La famille d'Egmont s'éloignait, chaque année, à la mauvaise saison, du château familial, pour occuper le palais qu'elle possédait à Bruxelles, sur la place du Petit-Sablon et devenu, aujourd'hui propriété de la ville de Bruxelles et le théâtre des grandes manifestations de charité.

Au mois d'octobre 1565, Lamoral d'Egmont acquit de Martin de Hornes la célèbre baronnie de Gaesbeek, en Brabant, passée depuis 1918, aux mains de la nation belge. La famille du comte d'Egmont habita quelques mois seulement ce vaste domaine princier.

De fâcheuses circonstances amenèrent, dès la fin de l'an 1566, Lamoral, alors gouverneur de la Flandre, à fixer sa résidence dans les châteaux de Gand et de Sottegem, héritages de sa mère. L'amitié, funeste d'ailleurs, du prince d'Orange l'en arracha bien vite. Arrêté comme complice ou auteur du compromis et de la conjuration des nobles, il fut condamné précipitamment et décapité à Bruxelles avec son ami le comte de Hornes, le 5 juin 1568.

 

Les restes mortels de Lamoral d'Egmont, tout d'abord, transférés de la collégiale Ste Gudule à Bruxelles au couvent de Ste Claire en cette même ville, furent ensevelis à la fin du 16e siècle à Sottegem sous le chœur de l'église paroissiale. Au mois d'octobre 1804 à l'occasion de travaux à exécuter, on ouvrit le caveau en présence des autorités religieuses et civiles. Deux cercueils reposaient sur des grilles de fer : celui du côté gauche contenant le crâne et les autres ossements de Lamoral d'Egmont ; l'autre la dépouille de Sabine de Bavière, dame de La Hamaide, son épouse.

Par les soins du gouvernement et de la commune de Sottegem une statue de ce valeureux défenseur de la patrie se dresse, à quelques pas du caveau, au centre de la grand'place. La ville de Bruxelles avait, déjà auparavant, élevé aux comtes d'Egmont et de Hornes un monument destiné à perpétuer la mémoire de ces illustres victimes.

Au décès du comte d'Egmont, ses domaines sombrèrent sous le séquestre étroit établi par les Espagnols. Son épouse et toute une nombreuse descendance, reléguées au couvent de la Cambre à Bruxelles, y vécurent pauvrement durant près de six ans.

Durant ce temps, les pressantes interventions auprès du duc d'Albe et du roi d'Espagne en faveur de la comtesse d'Egmont restèrent vaines. Elle trouva, enfin, dans la jeune reine Louise (2) de France, nièce de feu Lamoral d'Egmont, une puissante auxiliaire : grâce à son intervention la mère infortunée obtint la reconnaissance des droits, de ses enfants et des siens, puis son important douaire sur la cité d'Armentières. Gaesbeek rentre dans la famille par achat, (3) et, de même l'hôtel de Bruxelles ; mais la malheureuse châtelaine ne voulut plus revoir ses propriétés des Flandres ni son apaisant séjour de La Hamaide. La mort vint apporter un terme à ses souffrances, le 19 juillet 1578, à Anvers.

Aujourd'hui nous venons de le dire, son cercueil se trouve à Sottegem, près de celui de son époux.

 

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De l'alliance de Lamoral d'Egmont avec Sabine de Bavière naquirent dix filles et trois fils : six filles, tout d'abord, avant le 1er des garçons, Philippe, en 1558. Plusieurs virent le jour au manoir paternel de La Hamaide, d'autres à Bruxelles ; Charles, le dernier, à Gand. Les historiens donnent onze ou treize enfants, d'après qu'ils comptent, ou non, les deux morte en naissant.

D'aucuns d'entr'eux, ayant joué des rôles importants dans les événements de leur époque, nous aimons à reproduire quelques brèves notes intéressantes et peu connues au sujet des rejetons de cette noble lignée qui appartiennent à l'histoire.

Plaçons les par ordre de naissance, d'après le testament paternel de 1568.

1° Eléonore d'Egmont, fille aînée naquit à La Hamaide en 1546, s'unit le 13 février 1575 à Georges de Homes, comte de Hautkerke et termina son existence à La Haye en 1582.

2° Marie d'Egmont... se fit, après le décès de son père, religieuse à l'abbaye de la Cambre et finit ses jours au milieu de la communauté en 1585.

3° Françoise d'Egmont... décédée à La Haye en 1589.

4° Madeleine d'Egmont... épouse de Floris de Stavele, comte de Herlin, vivait encore en 1608.

5° Marie-Christine d'Egmont... s'allia en premières noces à Oudard de Bournonville, sire de Capres, l'un des hommes les plus remarquables de cette époque : il figura avec les barons de Montigny et de Heze à la tête du parti des Malcontents. — En deuxièmes noces, elle devint l'épouse de Guillaume de Lalaing, comte d'Haugstraete. — En troisièmes noces elle s'unit à Charles, comte de Mansfeld, qui mourut en l'an 1595 ; elle lui survécut jusqu'en 1618.

6° Isabeau d'Egmont morte en bas-âge.

7° Philippe d'Egmont, le premier des fils de Lamoral I, eut pour parrain Philippe II d'Espagne. À peine âgé de 10 ans à la mort de son père, il se réfugia avec sa famille à l'abbaye de la Cambre et alla, ensuite, continuer ses études à Cologne chez les parents de sa mère. Doué de qualités supérieures, Philippe devint, en peu de temps, un brillant officier. Revenu dans son pays, il était bien décidé à combattre jusqu'au bout les assassins de l'auteur de ses jours, mais les grands événement du moment l'amenèrent à modifier les résolutions prises tout d'abord. C'est alors qu'on le vit se ranger, avec les autres chefs wallons, aux côtés du prince de Parme et lutter contre les ennemis acharnés de la religion catholique. « La soif de la vengeance, (criait Philippe d'Egmont à ses soldats avant d'entamer le combat), quelque légitime qu'elle soit, ne peut nous rendre traîtres à la patrie et à Dieu ». Hélas ! les armes ne leur furent pas favorables et ils tombèrent entre les mains de leurs ennemis.

Après une dure captivité, Philippe s'engagea dans de nouvelles luttes et mourut courageusement pour la patrie à la bataille d'Ivry, le 14 Mars 1590.

Il était âgé de 32 ans.

Époux de Marie de Hornes, fille de Martin, comte de Hautkerke et de Anne de Croij, vicomtesse de Furnes, Philippe d'Egmont ne laissa pas de postérité.

8° Anne d'Egmont... devint religieuse de Ste Claire à Arras.

9° Sabine d'Egmont née au château de La Hamaide durant l'été 1559... mariée dans la suite avec Georges, comte de Solms... trépassa à Delft en 1614.

10° ... fille, décédée en naissant à La Hamaide vers la fin de l'an 1560.

11° Jeanne d'Egmont... se fit religieuse à l'abbaye de la Cambre, comme sa sœur Marie. Elle occupait la charge de supérieure depuis douze ans, au monastère Ste Elisabeth à Bruxelles, quand elle remit son âme à Dieu en 1631.

12° Lamoral, 2e du nom, comte d'Egmont... très aventurier, forma le singulier projet, durant son séjour en Hollande, de visiter le royaume du « Prêtre-Jean », dans le nouveau monde. Il était parvenu, à lever des sommes très considérables d'argent et à équiper dix huit navires. Mais les hollandais, suspectant ses intentions, mirent le feu à la flotte. La mort vint le terrasser à Bruges, le 23 Mai 1617. Son épouse Marie de Pierrevive le laissa sans descendance.

13° Charles, dernier des enfants de Lamoral I d'Egmont, naquit à Gand le 15 juin 1567, juste un an avant la mort tragique de son père... Prisonnier de guerre à l'âge de 18 ans il fut conduit en sa ville natale, incognito et sous bonne escorte, précaution d'autant plus nécessaire que, la veille, son frère Philippe avait failli devenir victime de la populace flamande. Le « Princen-hof » lui servit de cachot, mais, comme son frère aine, il n'y séjourna pas longtemps, grâce à l'intervention du prince d'Orange. Dans la suite il remplit les fonctions d'ambassadeur en Allemagne et au Danemark et obtint du roi Philippe II le collier de la Toison d'or.

Voyons maintenant à quelle occasion il revint habiter le château paternel de La Hamaide au début du 17e siècle et tout ce qu'il entreprit encore jusqu'à la fin de son existence.

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(1) Libel accusatoire dans le procès du comte Lamoral d'Egmont à Gand.
(2) Chap. V. 3.
(3) La seigneurie de Gaesbeek par l'abbé Vannekens.

 

5. Charles II d'Egmont et son fils Louis

Le relief fait à Mons (1) le 11 octobre 1577 par Philippe d'Egmont, fils aine de feu Lamoral, le reconnaît titulaire de la seigneurie de La Hamaide, détenue par le duc d'Albe au nom de l'Espagne ; de même du château de Gaesbeke livré par la révolution religieuse aux États généraux. (2)

À sa mort, son frère Lamoral II ayant aliéné ses droits féodaux (3) touchant ses héritages, le plus jeune des fils Charles II reprît la succession et les titres de seigneur de La Hamaide à la fin du 16e siècle.

Le registre aux actes de la cour féodale de la pairie de Silly de 1590 à 1598 confirme cette prise de possession en ces termes :

« Le 11 de juin 1597, noble et puissant seigneur messire Charles comte d'Aigmont, prince de Gavre... fit relief entre les mains de Jean Zuallart, chevalier du St Sépulchre, baïlly de la terre et pairye de Silly, de la terre et seigneurie de La hamayde et de ses appendances tenues en fief liège de Mgr. le baron de Trazignies, à cause de sa terre et payrie de Silly et à lui dévolues par le trespa du seigneur. Philippe comte du dit Aigmont, son frère... »

Quand le régime espagnol garantit la sûreté de nos provinces, Charles II restaura le vieux manoir, résolu d'en faire, comme autrefois ses parents, sa résidence d'été. Les étangs et les douves rétablis trouvèrent leur alimentation, assurée aux sources intarissables, du mont de Moorsiel. (4) On construisit de nouvelles écuries, qui existent encore de nos jours, bien que fortement mutilées et d'autres bâtiments entièrement disparus.

Par un acte émanant de Fontainebleau, le 8 Mai 1601, Henri IV, roi de France, permet de faire transporter des ardoises à prendre dans les carrières de Monthermée près de Mézières pour employer à la couverture du chasteau de La hamayde, basse-cour et autres édifices d'icelle ville. (5)

 

 Écuries érigées au 17e siècle    

 

Une nouvelle ordonnance du même genre parait quelque temps après, décrétant un million, d'ardoises destinées à Armentières à la demande du même comte Charles d'Egmont. (6)

Ces importantes entreprises se terminèrent au cours de 1602 et la famille d'Egmont, après les années de deuil et de dévastation se réinstalle à La Hamaide.

Malheureusement, une pénible infirmité, survenue au jeune Louis, leur fils unique (7), obligèrent le comte et la comtesse d'Egmont à requérir, sous un climat plus doux, les remèdes et la santé. Dès l'automne suivant ils étaient établis dans le midi de la France. Le doux et vivifiant soleil de cette région, de même que les soins assidus de praticiens distingués de la médecine apportèrent une très sensible amélioration à ce triste état. Les membres du jeune châtelain perdus commencèrent à prendre mouvement et, il ne tarda guère à regagner, avec ses heureux parents le manoir de La Hamaide.

C'est en témoignage de reconnaissance envers le Ciel que Charles II d'Egmont fit édifier, de concert avec l'abbaye de Liessies, (8) durant l'année 1006, la première chapelle en l'honneur de notre Dame du Buisson. Elle devait donner abri à une statuette de la Ste Vierge, jusqu'alors attachée à un arbre effort vénérée par les habitants de la région.

Monseigneur van den Burch, archevêque de Cambrai, visitant son diocèse, fut l'hôte des châtelains de La Hamaide en 1617 et, à leur invitation, bénit la nouvelle chapelle du Buisson à Œudeghien, presqu'entièrement reconstruite et agrandie en 1611 par ces mêmes pieux seigneurs.

Cette solennité est rapportée par l'historien montois Philippe Brasseur, chanoine de Maubeuge, dans son ouvrage intitulé : « Panegericus sanctorum Hannoniœ » imprimé en 1644 : « Secunda die Julii, Hamedia, solemnitas nostroe Dominoe do Rubo. »

Le comte Charles II d'Egmont avait été délégué, en 1620, pour remplir une nouvelle mission diplomatique à La Haye, lorsqu'il décéda. Il était âgé de 53 ans seulement.

Son fils Louis passa, avec sa mère et ses sœurs, ses jeunes années, ici au village, lieu de son berceau. Plus tard, il épousa la baronne de Scornaix (Schoorisse), riche héritière de Berlaymont.

D'un tempérament diamétralement opposé à celui de son père, ce prince semblait avoir hérité la valeur guerrière de son oncle Philippe et de son aïeul Lamoral d'Egmont ainsi que l'ardent patriotisme de ce dernier. Aussi se rangea-t-il parmi les gentilshommes les plus en vue de nos provinces. Observé de près par le roi Philippe IV, celui-ci ne tarda pas à reconnaître en ce jeune seigneur un instigateur de la rébellion contre l'Espagne. On ne lui pardonnait pas, à la cour madrilène d'avoir, malgré les ordres de l'Infante Isabelle séjourné en France après la déclaration de guerre avec ce pays et d'avoir fait des levées de gens de guerre en son nom.

Les choses s'envenimèrent tellement que le « grand conseil de Malines », institué par le régime espagnol, le condamnait, à la suite du prince d'Epinoy et du duc de Bournonville à « perdre vie, honneur et biens, comme atteint et convaincu du crime de lèse-majesté... ».

Dans les comptes des confiscations pour cause de conspiration des nobles, de 1632, il s'en trouve onze de la principauté de Gavre confisqués sur Louis d'Egmont. (Arrêt du Grand Conseil de Malines de 1635 et 1647)(9). Plus heureux en ce point, que son glorieux ancêtre dont la tête roula sur l'échafaud, Louis d'Egmont échappa aux mains de ses ennemis. Réfugié à Saint Cloud, près de Paris, il s'éteignit le 27 juillet 1654, après un exil de plus de 20 ans.

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(l, 2 et 3) Mons, Archives de l'État : registres aux actes de la pairie de Silly 1597.
(4)  Appendice in fine : I.
(5) Comptes de la seigneurie : Mons, 1601.
(6) Histoire d'Armentières par A. Lamoot.
(7) Et trois filles. — Chap. X. date de 1632.
(8) Ce fait est écrit par Nicolas Lefrancq, abbé de Liessies dans les annales de cette abbaye à la date d'avril 1606.
(9) Archives du Royaume. Bruxelles, et Chap. X. anno 1627.

 

6. Derniers comtes d'Egmont

Au décès du comte Louis d'Egmont, son fils Philippe-Louis lui succéda. Ce brillant seigneur séjourna fort peu en nos contrées. Il était devenu successivement comte d'Egmont et de Berlaymont, seigneur de La Hamaide, prince de Gavre... chevalier de la Toison d'or. Grand d'Espagne de 1re classe et vice-roi de Sardaigne.

La mort l'enleva à Cagliari, le 16 janvier 1682. Il s'était uni en 1659 avec Marie-Ferdinande de Croij, héritière de Chièvres... ils eurent six enfants. La même année le 22 mai 1659, cette dernière fait le relief de la terre et prairie de Chièvres, qui lui était échue par la mort, civile de Philippe-Eugène de Croij, devenu Carme profès au couvent de Bonne Espérance-le- Valencienne. (1)

Le fils aîné Louis-Ernest, (2) à la date du 21 avril 1683, fait le relief de la ville et de la pairie de Chièvres et des seigneuries de Grosage et Neufmaison, fiefs dont il a hérité par la mort de Marie-Ferdinande de Croij, sa mère. Il finit ses jours à Bruxelles le 17 septembre 1693, sans postérité. Son épouse Marie-Thérèse d'Arenberg, de la maison de Ligne lui survécut.

Procope-François d'Egmont, d'abord marquis de Renty, devint après son père, comte de Berlaymont, prince de Gavre, seigneur de La Hamaide, Chièvres et aussi chevalier de la Toison d'or et Grand d'Espagne. Il mourut à l'âge de 38 ans, en Catalogne, le 15 septembre 1707. Comme il n'avait pas de descendance de son mariage avec Marie-Angélique de Cosnac, la race des d'Egmont s'éteignit au seuil du 18e siècle.

Ce seigneur avait légué ses possessions au roi d'Espagne, mais le testament fut annulé, le 12 juillet 1708, et son nom, ses honneurs et ses biens restèrent attribués à sa sœur Marie-Claire Angélique d'Egmont, (3) mariée à Nicolas Pignatelli (4) duc du Bisaccia par leur descendance de cette toute dernière de la lignée ; il devait appartenir aux maisons de Mérode, d'Ursel et de Lannoy de perpétuer la mémoire de Lamoral 1er d'Egmont et de son épouse.

I. — Le titre de seigneur du La Hamaide passa au premier de cette nouvelle grande famille. Procope M. A. Pignatelli, fils de Marie-Claire d'Egmont, décédée le 4 Mai 1714 et de Nicolae Pignatelli, duc de Bisaccia.

Dans la suite, héritier de son oncle, il reprit aussi le nom d'Egmont ainsi que les armoiries. Il décéda à Naples en 1743. Son fils aine suit :

II. — Guy-Félix Pignatelli... Prince de Gavre, Grand d'Espagne, comte titulaire d'Egmont et possesseur, de tous les biens et titres de sa maison en 1743, s'éteignit sans enfants, le 3 juillet 1753. Il s'était uni le 5 février ,1744 à Amable-Angélique, fille du duc de Villars. Devenue veuve, elle entra en religion chez les « Filles du Calvaire ». (5)

III. — Casimir Pignatelli, frère du précédent, né le 6 décembre 1727, lui succéda. On le voit, successivement, cité : Chevalier Bisaccia, marquis de Pignatelli, Grand d'Espagne, lieutenant général des armées du roi de France.

Il épousa en lres noces, le 14 décembre 1750, Blanche Alphonsine de San Sévérin d'Aragon, morte trois ans plus tard et, en 2e noces Jeanne-Sophie du Plessis-Richelieu. Du 1er lit vinrent trois filles ; une seule vivait en 1754 : Alphonsine L. J. F, comtesse d'Egmont, Dame de La Hamaide. Elle expira à Paris en décembre 1773. Le semainier paroissial de cette époque fait part aux paroissiens de La Hamaide de ce décès et annonce les funérailles solennelles à célébrer parmi eux pour le repos de l'âme de la bienfaisante châtelaine.

Les lois révolutionnaires françaises de 1789 et de 1790 supprimèrent les droits féodaux, les privilèges, les justices seigneuriales, les titres de noblesse et les armoiries. Ces décrets, dès leur publication en Belgique le 14 brumaire au IV (3 novembre 1795), amenèrent l'abolition du régime féodal et des seigneuries. Le marquis Pignatelli d'Egmont, réfugié déjà à Aix-la-Chapelle, alla mourir à Brunswick le 3 décembre 1801. Ainsi finit cette très longue suite de seigneurs féodaux dont la suprématie s'était étendue pendant dix siècles sur La Hamaide.

Une partie des biens seigneuriaux de la localité (les bois) passa, par achat, en la possession du baron Lefebvre de Tournay. Un arrêté des « conseils de la République du 7 ventôse an VIII, art. II. » permettait de rentrer en jouissance des biens qui n'avaient pas été vendus, sans néanmoins pouvoir prétendre à aucune indemnité pour ceux qui se trouvaient aliénés.

L'héritage des d'Egmont échut alors aux descendants de la tante de Casimir Pignatelli, (6) la sœur de Gui-Félix, qui avait épousé le duc de Luignes, puis à la famille du comte de Nédonchel et à ses héritiers les marquis de Chabanes.

Tous ces derniers biens sont aujourd'hui aux mains des particuliers.

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(1) Archives de l'État à Mons, registre aux reliefs 1658 fol. 7.
(2) Idem. 1675 fol. 180.
(3) En strict droit féodal Marie-Claire d'Egmont dut être comtesse d'Egmont et princesse de Gavre, dame de La Hamaide, avant son fils. (Note du comte A. du Chastel.)
Généalogie des d'Egmont.
(4) Dictionnaire de Moreri et le Nobiliaire des Pays-Bas par Végiano. tome III — 1710. — Histoire d'Armentières par Lamoot.
(5) Voir chap. XV. 1.
(6) cette famille des Marquis de Pignatelli était apparentée à celles des Papes Innocent XII et Pie IX.

 

 

CHAPITRE Vi. Baronnie de La Hamaide

Cette antique terre seigneuriale occupait une situation importante dans la hiérarchie féodale du Hainaut : elle comptait au nombre des quarante-quatre baronnies de ce comté et formait un fief-lige de la pairie de Silly.

Nous avons déjà donné la cause de la répartition, des domaines seigneuriaux en général, on pourrait l'appliquer à ceux du Hainaut. Toutefois, les premiers documents officiels de notre baronnie apparaissent seulement au 15e siècle.

Voici comment le dénombrement de l'an 1473 en décrit la composition : (1)

« messire jacque, signeur de le hamaide et de rebais.... chevalier, tient en fief de le terre de silli son chastiel, villes, terres, maisons, huisines, bos, prez, yauwes, cens, rentes, justices et seigneuries de le hamaide, wannebiecq et mainwault. c'est a entendre toutte le ditte terre et baronie de le hamaide a le quelle appendent le ditte ville et terre de wannebiecq et le plus grant partie de le ditte ville de mainwault comme en ung seul membre.

Et aussi aucuns aultres membres de le ditte terre de silli, lesquelles terres et seigneuries puellent valoir environ chacun an 11e 11c 1. t. » (2200 livre ; tournois).

On le voit, La Hamaide et ses appartenances : les terres de Wannebecq et de Mainvault, constituaient un seul fief et une même juridiction.

Cette importante terre comprenait en plus quatre pairies : 1°) Celle de Rebaix, dépendante de La Hamaide. 2°) Celle attachée à la seigneurie de Longueville commune de l'ancienne prévôté de Bavay, 3°) Celle de Berlaymont et de Lens réunies. 4°) Celle de Chièvres, depuis 1659.

De La Hamaide ressortissaient (2) également 83 fiefs s'étendant sur Wannebecq, Acren, Ghoy, St. Sauveur, Papignies, Moustier, Dergneau, Frasnes, Mainvault, Havinnes, Arc-Ainières, Anvaing et Porest. (3) Ils étaient, pour la plupart, de médiocre étendue et ne présentaient pas toujours des territoires bien définis. Cette confusion provenait de ce que la seigneurie principale contenait dans son sein des juridictions seigneuriales secondaires, celles des abbayes entr'autres. Par contre elle possédait, dans les seigneuries avoisinantes, quantité de terrains dits « enclaves » sur lesquels, le seigneur n'avait aucun droit. Une démarcation cadastrale, ordonnée en 1827, supprima ces enclaves et indemnisa les intéressés, spécialement les communes.

La baronnie de La Hamaide tomba au pouvoir des Espagnols, lors de la condamnation mort de Lamoral d'Egmont, seigneur du lieu. Nous avons vu qu'elle rentra en la possession de ses descendants dix ans plus tard et la voilà maintenant mise en vente en 1583. Un curieux document de cette époque (4) nous l'apprend dans les termes suivants :

« On faict scavoir qu'en vertu d'act de fourclusion de respondre et interinement ensuing obtenu en le cour féodalle de Silly, le dix neufième de novembre 1580 par les demoiselles chanoinesses du noble et illustre chapitre de Saincte Waudru à Mons contre le seigneur comte d'Egmont détenu à Ninove comme prisonnier de guerre faute de payement de diverses années de deux cens livres de rente ; Jean Baudelez sergeant de la ditte cour, exposera en vendage par recours les terres et seigneuries de la Hamayde, Mainvault et Wannebecq en tous leurs comprendemens, droict et consistence relevans et rnouvans d'icelle cour dont la déclaration s'ensuit, sçavoir :

la Hamayde, qui est un fief ample, consistant en un chastiau, forteresse et villages à clocher, avec toute justice haute, moyenne et basse.

Item en rentes fortes faisants réduites à tournois cent-vingt-neuf livres dix sept sols, un denier.

Item en monnaye coursable vingt quatre livres dix sept sols trois deniers.

Item...

Item... etc. ».

Cette poursuite contre Philippe II d'Egmont n'aboutit pas ; l'arrangement pris lors de sa libération, l'an 1585, laissait le domaine de La Hamaide aux mains de la famille d'Egmont. On peut le constater au registre censal de 1589, (5) décrit de la manière suivante :

« Noble et puissant seigneur messire Philippes comte d'Egmont, prince de Gavre, chevalier de l'ordre du Toison d'or... etc. tient du dit Silly un fief-lige qui est la terre et baronnie de la Hamayde se comprendant en trois paroiches asçavoir : la Hamayde, Wannebecq et Mainvault en toute justices, et seigneuries haulte, moyenne et basse en icelles villes, en wareschay, en toutes les mortemains, en une chasteau et basse-court, eu ung moulin au vent, en dix bonniers de bois à tailles chacun an parmi les seuwes, en dix bonniers de près, en XXXIV bonniers de terres, en VI bonniers de jardins et pastures, en viviers, en ung tordoir, VII** IIJS de rente, en 13 chappons, en VIII** rasière d'avaine avec plusieurs aultres rentes, en ung terraige de XII garbes du. cent que l'on doibt amener au dit chastiau sur tout la plus part du héritages du dit Hamayde et parties de Wannebecq.

Item se comprint aussy la ditte terre de Hamayde en plusieurs et grand nombre de rentes d'argent, avaines et chap pons, en terres, terraiges et viviers ; en arrier fiefz quy en tout tenuz et aultres parties y pendant et appartenant. »

Après le décès de Philippe, son frère Charles II d'Egmont dispose, comme héritier, des titres de la baronnie, (6) « léguée en son entier ». Sous son fils Louis, elle tombe de nouveau en séquestre, l'an 1632. Cette fois, encore et pendant plus de 20 ans, les Espagnols restèrent les maîtres.

Ces vieilles dettes, dont il est question plus haut, auraient-elles continué à subsister et à s'accroître ? Le compte seigneurial de 1743 (7) nous le fait admettre. Ci-joint ce passage :

« Guy-Félix... (8) comte d'Egmont, baron de la Hamaide... aîné de la famille, tenant à remplir les intentons paternelles ou faisant disparaître les dettes énormes qui grevaient les grands domaines de sa famille, changea le mode de gouvernement de sa maison et tint à éclaircir sa situation. À cet effet, il vendit, en premier lieu, la baronnie de Hierges pour 450.000 livres de France. (9) Puis le bois de Ligne, situé en hainaut et qui était un fief particulier, moyennant le prix de 200.000 livres. Puis la cense de Gages et de la Justice et la Seigneurie de Buchard, faisant le tout partie du comté de Berlaymont « suivant éclissement obtenu de S. M. Louis XV roi de France » moyennant le prix de 80.000 livres. Puis enfin, l'hôtel de Bruxelles « pour n'être point tenu à des réfections immenses » et dont l'acquéreur fut le duc d'Aremberg pour 43.000 livres ».

Malgré ces emprises, le produit des biens de la baronnie s'élevait, en 1753, à 201.442l 12s et les charges, fondations, rentes personnelles et irrédimibles à 26119 ; ce qui donnait un exédant de recettes de 175.323 livres 12 sols.

Les aliénations considérables faites par le comte Guy-Félix... d'Egmont laissaient donc à sa maison urne fortune princière, qu'on pouvait très bien conserver intacte en la dégrevant de ses charges. Cette opulence se maintint jusqu'au bouleversement révolutionnaire de la fin du 18e siècle.

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(1) La pairie de Silly par E. Matthieu p, 22.
(2 ) Chap. IV.

(3)  
La pairie de Silly par Ernest Matthieu.
(4) Archives de l'État à Mons : comptes de la Seigneurie de La Hamaide 1583. (affiche particulière).
(5) Chap. V. 3. et registre aux actes de la pairie de Silly de l'an 1597.
(6) Archives de l'État à Mons : Fonds de la Seigneurie de L. H. 1589.
(7) Annales du cercle archéologique de Mons. tom. XII.
(8) Chap. V. 6.
(9) La livre Parisis était de 25 sous, tandis que celle Tournois n'arrivait qu'à 20.

 

 

² Troisième partie ²

 

La commune

  CHAPITRE VII. Le «  magistrat » jusque 1793

Déjà en possession d'un important domaine au cours du douzième siècle, le châtelain de La Hamaide voulut, en tirer profit en assurant son exploitation. Dans ce but il groupa autour de lui des habitants an plus grand nombre et, en même temps, il leur assura, la sécurité et les moyens de subsister. De là l'origine véritable de ses droits et de ses privilèges.

La seigneurie était donc, aux premiers temps de la féodalité, l'organe essentiel de l'autorité locale et chaque village obéira, selon les systèmes souvent différents, à un seigneur, jusqu'au moment où il sera organisé en un magistrat, c'est-à-dire, un « échevinage » distinct.

Nul doute que cette institution ne soit due à l'initiative du seigneur. La date précise de la concession, nous échappe, mais dès les années 1129 et 1144, les annales de l'abbaye de saint Ghislain (1) nous parlent du « vicus a le hamede » et dans un acte passé en 1278 par Jehan de le hamaide devant les bourgeois de Tournai (2) il est permis de constater l'existence d'une administration locale.

D'ailleurs, en suite de l'ordonnance de Guillaume ler d'Avesnes, du 7 octobre 1315, la plupart des fiefs de la chatellenie d'Ath établirent l' « échevinage ».

Dès cette époque aussi commença à s'implanter un certain régime démocratique dans nos contrées ; toutefois, ici à La Hamaide, le seigneur ne perdit pas son influence et ce modus Vivendi lui faisait une juste part dans la gestion des affaires communales.

Echevins. Nous trouvons les noms suivants des membres le la magistrature dans un chirographe (3) du 15 juillet 1451 : « Jehan Wallet, maïeur, Jehan Lepoivre, Piérart Leuren, Jehan le Couppet et Colaert Loyseleur, eschevins ».

On distinguait ce corps échevinal sous le nom collectif de « le magistrat » ou « la loy ». Il ne correspondait pas directement avec l'autorité supérieure, mais passait par l'intermédiaire du seigneur, ou plutôt de son délégué, le bailli. Les échevins avaient des attributions multiples : ils étaient les juges ordinaires au civil et au correctionnel, officiers publics compétents pour recevoir les contrats, conférer l'authenticité aux conventions des parties et pour dresser les actes qui ne concernaient pas spécialement Les fiefs. La gérance des intérêts de la communauté était sous sa direction.

Greffier. Le greffier, homme de lois, était nommé et révoqué par le bailli, représentant le pouvoir seigneurial. Il avait dans ses attributs la rédaction du procès-verbal des séances, des diverses phases des procédures et des jugements. À lui aussi appartenait de transcrire sur des feuilles de parchemin, et, plus tard, dans des registres, les contrats soumis à la formalité de réalisation et en dépêcher des copies authentiques. Il dressait les assiettes des tailles, les listes des patrouilles, en un mot, le greffier dirigeait tous les écrits de la seigneurie et de l'administration communale (4). De plus, les recettes et les dépenses, suivant les ordres du bailli et du magistrat, lui incombaient et ses comptes devaient être rendus publiquement, chaque année en marne temps que ceux du mambour.

Sergents. Les autorités seigneuriales et communale étaient aidées dans l'accomplissement de leurs fonctions par des sergents. Au point de vue judiciaire ceux-ci avaient la charge de veiller à amener les parties devant le tribunal, d'assister aux audiences pour assurer d'ordre ; ils étaient aussi agents exécutifs, quand il fallait appréhender un. coupable, saisir les gages etc... Chaque cour avait au moins un sergent. En 1701 (5) Antoine de Brabant, bailli de La Hamaide, nomme Jacques F. Stocquart greffier et receveur de la baronnie et :

1° Pierre Dumont, 1er sergent à 108 livres de gage l'an.

2° Jacques Dutrannoit, sergent à La Hamaide à 48 livres l'an.

3° Hubert Trannoy, sergent à La Hamaide à 32 livres l'an.

4° Michel Haveau, sergent à La Hamaide à 32 livres l'an.

5° Un sergent pour Rebaix.

6° Un sergent pour St Sauveur.

Deux sergents pour Arc-Ainières.

Cours de justice. Il existait auprès de l'église actuelle sur la route, aujourd'hui provinciale, un vaste bâtiment, ayant pour enseigne, au cours des 17e et 18e siècles, le mot « Hostel », puis, « Mairie ». C'est là que s'accomplissaient tous las actes administratifs et que les différentes cours (6) rendaient la justice.

La « Haute cour » présidée par le bailli, au nom du châtelain, et composée du greffier et du magistrat c. à d. du mayeur et des échevins, pris parmi les habitante notables, jugeait des crimes commis dans le ressort seigneurial. Elle disposait de tous les moyens d'information et appliquait les pénalités très variées jusqu'à la peine de mort à la potence sur la place publique. Là aussi, elle jugeait les différends de moyenne et de basse justice qui s'élevaient parmi les habitants de la communauté..

Enfin, il y avait la « cour féodale spéciale » à la tête de laquelle se trouvaient, en plus du bailli, du mayeur et du greffier, les hommes de fiefs. Ils rendaient les jugements et les sentences, non seulement pour La Hamaide, mais pour les diverses seigneuries dépendantes et recevaient le serment de fidélité des feudataires.

Un incendie, occasionné par la foudre, en juillet 1732, détruisit cet antique immeuble et la plupart des archives.

Pour juger les procès, qui leur étaient soumis, les autorités, à l'origine, suivaient des usages locaux non rédigés, mais transmis fidèlement de génération en génération. Ces coutumes furent, dans la suite, consignées dans les recors. Lorsque la législation tendit à s'unifier, la coutume homologuée de Mons devint la loi applicable à La Hamaide.

Un différend s'élevait-il au sujet de certains litiges, les échevins recouraient aux édiles de la capitale du Hainaut et en recevaient un jugement avec l'obligation de s'y conformer strictement.

Au cours du 17e siècle les greffiers de la seigneurie étaient des avocats de qui relevaient l'étude des dossiers et la préparation des jugements.

Les décisions rendues par les autorités du chef-lieu ne se rapportaient, pas uniquement à un cas déterminé ; il arrivait assez souvent que l'on sollicitait des statuts ou lois, d'après lesquels le magistrat rendait justice, notamment pour les matières de police. C'est ce qu'on appelait la « Charte-loi ».

Le 6 novembre 1391, Thierry de Senzeilles, chevalier, bailli du Hainaut fait connaître par lettre à Jehan III de La Hamaide l'éclaircissement donné par la cour de Mons au point de la charte du 5 août précédent, envoyée à la commune « touchant a sang et a burines, mieslées, dissiertes... » (7).

Il devait être fait usage des mesures employées à Mons.

Personne ne pouvait tenir un mauvais cabaret (8).

Le Magistrat publiait, chaque année, un « ban d'aoust » réglementant ce qui concernait la moisson.

De par la charte-loi de 1426, sera puni d'amende, de cachot ou d'exposition au pilori, « quiconque aura dit laid » c'est-à-dire, proféré des injures aux échevins et aux sergents à l'occasion de leur office.

Plaids généraux. Depuis la formation des communes, jusqu'à la fin de l'ancien régime perdura l'institution des plaids généraux, léguée par les Francs. Ces plaids étaient l'assemblée de tous les chefs de familles, hommes ou femmes veuves, obligés d'y assister.

L'assemblée se groupait devant l'église, près du château. Elle était annoncée par la cloche paroissiale et présidée par le bailli et les membres de la cour de justice.
On promulguait les ordonnances des souverains, les édits et les défenses du châtelain. On discutait la réglementation des coupes de bois des pâturages, l'entretien de la voirie, les réparations à effectuer au clocher, à la mairie, les emprunts à contracter ou les diverses contributions à lever pour subvenir aux charges, le relevé des comptes du greffier et du mambour, la nomination des échevins, des sergents.
Lecture était faite, une fois l'an, des vieilles chartes afin que chacun connût tous ses droits et toutes ses obligations. Cette rapide analyse nous fait apprécier l'importance de ce curieux mouvement d'ancienne législation communale.
L'original des divers actes scabinaux était conservé par le corps échevinal, dans une sorte de coffre à triple serrure, nommé « le ferme ». Chacune des trois clefs était confiée au , bailli, au mayeur et la 3e au greffier.

Selon notre coutume régionale, ils se tenaient, de droit, à La Hamaide, trois fois l'an (9) : le jour de l'Épiphanie le second mardi après Pâques et à la St Remy, en octobre.

Sceaux scabinaux. Pour assurer l'authenticité de ses actes, le magistrat se servait d'un sceau spécial. Ce sceau, au début du 16e siècle, donnait une vue du donjon du château , dans la suite, les armes du châtelain.
 

 

 

Le plus ancien de ce nouveau modèle remonte à la création des sceaux échevinaux de 1534 et servit jusque 1567. Il comprend (10) un écu en losange, aux armes de la comtesse douairière Jean IV d'Egmont, timbré d'une couronne comtale et ayant comme légende : « Seall hamayde » (11).

 

 

Le troisième modèle employé, jusque 1608, est formé d'un écu aux armes du comte Lamoral I d'Egmont, timbré d'une couronne comtale et entouré de la Toison d'or, avec la légende : « Scel échevinal la hamayde ». (12)

 

 

 

 

 

 

Enfin, avec Charles II d'Egmont apparut le sceau des derniers membres de cette famille, seigneurs du lieu, qui demeura en usage jusqu'au seuil du 19e siècle.

 

 

Arc-Ainières, Mainvault, Rebaix, St Sauveur, Wannebecq usaient de ces mêmes sceaux échevinaux.

Archives. Le fonds de l'ancien greffe scabinal de La Hamaide était détenu, à la fin du 18e siècle, par Constantin J. Lelubre, notaire impérial du canton d'Ellezelles à la résidence d'Everbecq, arrondissement de Tournai. Il passa, en 1808, aux mains de Maître d'Harveng, notaire à Flobecq et, enfin, aux Archives de l'État à Mons, le 31 octobre 1892.

Ce fonds comprend dans son ensemble :

I Bel à La Hamaide. —- Douaire 152.

II La Hamaide, Rebaix, St Sauveur et Arc-Ainières : cartulaire de fiefs 1569.

III Cour féodale de La Hamaide, Rebaix, Arc-Ainières : archives déposées par Maître d'Harveng :

1°) 18 registres aux devoirs de fiefs de 1707 à 1795.

2°) Liasse d'actes aux devoirs de fiefs des années 1604-10-39-41-48-49.

 

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Chirographes : 1451-1743.

Œuvres de loi : 1620-1796.

La Hamaide, Arc-Ainières, Mainvault, Rebaix, St Sauveur, Wannebecq : actes : 1473-1763.

                                                                                                              comptes : 1479-1794.

 

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La Hamaide :

I comptes de tailles : 1778-1780.

II Cahiers de répartition des XXes, feux et cheminées : 1750-1751.

 

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Comptes de biens et revenus de l'église, remis par Maître D'Harveng : 1764-1767.

 

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Tournay, Gand, Bruxelles, Lille... etc. possèdent aussi certaines archives de la seigneurie de La Haymaide.

 

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Nominations d'échevins. Suivent quelques actes de nominations d'échevins tirés des registres des plaids échevinaux :

                   « 1641 : Julien Leplat, rnaïeur

                                Isaac Désénépart, lieutenant

                                Julien Fautré

                                Nicaise Bouge

                                Louys Lecomte

                                Pierpaul Quernon

                                Charles Crimon ».

 

« À la Hamaide le 18 novembre 1670.

Nous Antoine-Engelbert van Kessel, écuyer, seigneur de Wallant, bailli de la ville (13) et terre de la baronnie de la Hamaide par ordre de Son Altesse Philippe-Louis comte d'Egmont et de Berlaymont, Seigneur de la Hamaide, prince de Gavre, chevalier de la Toison d'or, Grand d'Espagne... avons procédé au renouvellement de la ditte loy eschevinale et avons confirmé dans leurs fonctions les personnes suivantes scavoir :

        Nicolas Dumont, maïeur

        Martin Lemosnier, lieutenant

        J.-Bte Leplat, eschevin

        Augustin Monnier, éschevin

        Philippes Leurquin »

— Les nominations sont renouvelées en 1748 par P. Jh Massener de Kovalh... bailli :

        Arnould Désénépart, maïeur

        J.-Bte Galland, lieutenant

        Ch Adrien Monnier, eschevin 

        Philippe Lemaire           »        

        Nicolas Cantraine          »

        J.-Bte Varhuffel              »

        J. N. Hazette                 »

— En 1793, après la défaite des Français, à Neervinden, un général autrichien rétablit à La Hamaide les rnayeur et échevins féodaux.

        Jean-Baptiste Désénépart, maïeur

        J. Descamps, eschevin

        G. Wallez          »

        M. Verasselt      »

        C. J. Monnier     »

        L. A, Anrys        »

        J. C. Cantraine   »

        V. V. A. Planchon, Procureur du greffe »

                                                                                                    

Le dernier magistrat s'éteignit avec la bataille de Fleurus de 1794, favorable aux Français et qui annexa la Belgique à la France.

 

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Mayeurs de La Hamaide du 16e au 19e siècles.

            1585 Arnould de Buillemont

            1005 Pierre Jh Leplat

            1725 Raphaël Lemosnier

            1637 Julien Leplat

            1642 Isaac Désénépart

            1656 Jean-Baptiste Désénépart

            1663 Gabriel Lemosnier

            1669 Nicolas Dumont

            1679 Raphaël Leurquin

            1702 Dominique Leleu

                      1709 Pierre-Ch. Leurquin (*)

                      1721 Pierre Dumont

                      1744 Théod. J. Willaumez (*)

                      1748 Arnould Désénépart

                      1752 Jacques Delviesmaison

                      1763 Augustin Gervois

                      1768 Charles Désénépart

                      1781 Jean-Baptiste Ducellier

                      1783 Jean-Baptiste Désénépart.

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(1) Annales de l'Abbaye de St. Ghislain p. 275 et 278.
(2 ) Archives de Tournay : greffe de St. Brice.

(3)  
Archives de l'État à Mons. — Les échevins et leurs actes en Hainaut par E. Prud'homme.
(4)  
Il avait sous ses ordres, un « procureur du greffe » que nous appellerons maintenant « un secrétaire communal. ».
(5) Archives de Mons : compte de 1701. Fonds de La Hamaide.
(6 ) Chap. IV.

(7)  
Par rapport aux blessures, rixes, disputes, crimes, etc. à Mons : Fonds des États du Hainaut : inventaire imp. I.
(8)  Idem : registre de nouvelles lois 1396 à 1424.
(9) Des plaids extraordinaires pouvaient avoir lieu avec l'autorisation du seigneur.

(
10) Esse. Prud'homme : Les échevins et leurs actes en hainaut.
(11) Greffe, 23 sept. 1567 et 16 oct. 1603.
(12) Greffe, 5 nov. 1608, 14 déc. 1694. 28 av. 1750. (Coll sigil. : n° 626, Annales du cercle archéologique de Mons : tome XXXIII, p. 167 et tome XXXIV, p. 263. par J. Poncelet.
— Seall — Hamayde — 1. 5. 6. 7.
— Greffe, 5 nov. 1608, 14 déc. 1694. 28 av. 1750. (Coll sigil. : n° 626, Annales du cercle archéologique de Mons : tome XXXIII, p. 167 et tome XXXIV, p. 263. par J. Poncelet.
(13) Ville signifiait alors, tout à la fois, ville et village.
(*) devinrent baillis.

 

 

   Le château de La Hamaide

 

En 1676, après le campement des troupes hollandaises — compte de cette année — somme totale de la présente assiette : les deux vingtièmes, feux et cheminées = 964 livres, 10 sols. 3 deniers.

                                                                                    (s)  Adrien NOTTÉ,

                                                                                                                            greffier de la baronnie de La Hamaide.

En 1683, 4..., lors des longues guerres de Louis XIV, le nombre des vingtièmes augmente. Ainsi, à partir de 1689 on dut percevoir trois vingtièmes, plus soixante, sols par cheminée.

                                                                                                       Total 1082 livres, 5 sols,

                                                                                            (s) A. NOTTÉ, greffier.

De même, après les campagnes de Louis XV, du 8 avril 1747 au mois de février 1749,... imposition de 4 tailles : ce qui arrivait à la somme de 22 livres au bonnier.

En 1780, la recette des XXes feux monte à 1563 1. 5 s. 6 d.

                               (s) J. Jh Berte, receveur et contrôleur

                                   du dit La hamaide.

Si les manants tombaient dans l'impossibilité de payer ces tailles on recourait alors à d'onéreux emprunts.

Mortemain. Un autre impôt, perçu par les souverains durant plusieurs siècles, puis par le châtelain lui-même, fut celui de « mortemain », appelé aussi du « meilleur catel ». Cette espèce de droit de succession, très, répandu déjà à la fin du treizième siècle, permettait au suzerain, dès le décès d'un vassal, de s'emparer, à son choix du meilleur des meubles.

Nous le trouvons établi à La Hamaide en 1298 sous Jehan I dans cette forme primitive : quand le chef d'une famille venait à trépasser le percepteur du droit de mortemain faisait enlever l'une ou l'autre part de l'héritage : un meuble, une pièce de drap ou de toile, un cheval, une vache, un mouton etc... Presque toujours la chose, ainsi acquise par le fisc, était rachetée, incontinent, à la valeur fixée par les experts. C'était la constatation d'un état de servitude et le prix du rachat ou de l'affranchissement, une fois payé, les héritiers naturels du défunt devenaient libres de disposer de la succession.

Les redevances de mortemain en Hainaut composaient un seul fief. En 1639 Sa Majesté des Pays-Bas le vendît à dame.

 

 

CHAPITRE VIIi. la vie communale

1. Fiscalité sous l'Ancien Régime  

La plupart des charges à supporter, de nos jours, par la caisse communale, étaient consenties, autrefois, par les habitants, au moyen de prestations en nature et, en temps normal ces dépenses demeuraient très restreintes. Par suite, cependant, de la situation de son territoire, dominant toute la région et placé au carrefour de diverses contrées souvent en litige, La Hamaide était, nous l'avons l'appelé plus haut, le rendez-vous des belligérants et le lieu de combats et de séjour prolongé des troupes (1), de là, pour la commune, de nombreux frais particuliers.

Tailles. On mettait en recouvrement, après le départ des soldats, un autre genre de contributions : les tailles, espèces de taxes imposées en vertu d'octroi. De même que la dîme représentait environ le dixième, les impôts prélevés pour couvrir les frais généraux se chiffraient au vingtième. Il y avait des tailles au bonnier, des tailles sur les chevaux, bestiaux etc... établis, non pas annuellement, mais selon les besoins de l'administration locale. On frappait même parfois les contribuables de 2, 3, 4 tailles à la fois, d'après les nécessités du moment. Les œuvres de loi de La Hamaide les plus anciennes (2) stipulent déjà ce genre d'impôts et il est de même durant le cours des siècles.

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(1) La chose s'est répétée durant la guerre de 1914-18. — Chap. X.
(2 ) Archives de l'État à Mons : comptes de tailles de la Hamaide, 1523.

 

2. Table des pauvres

D'après Ernest Matthieu (1), les archives des « tables des pauvres » remontent rarement au delà du 16e siècle.

L'acte authentique le plus ancien qui, à notre connaissance, mentionne cette institution charitable à La Hamaide, date de 1639 (2) ; cependant, il est certain que son établissement est bien antérieur à cette époque. Déjà Messire Jehan II, mort vers 1370, fait don d'une rente, annuelle de trois « muids de bled dur » à prendre à la Noël, en la mouture de ses moulins (3), pour les besoins des nécessiteux.

L'église, inspiratrice des fondations charitables, en avait conservé la haute direction. Elle surveillait l'emploi des revenus des indigents et réglait la forme d'administration de leurs biens.

Ici, dans notre commune, la table des pauvres et les biens ecclésiastiques, étaient gérés, au milieu du 17e siècle, par Jean-Baptiste Balot, rmambour. Celui-ci percevait les recettes, payait les charges et distribuait les secours par ordonnance des (4) « honorables et discrettes personnes Messieurs les curé, bailli, maïeur et eschevins avec aulcuns manans de la eommunaulté de la Hamaide ».

Les fonds de cette institution se composaient de rentes en argent, en grains et en biens fonds provenant des aumônes des fidèles et de la portion des revenus ecclésiastiques qui, selon les prescriptions des conciles, était destinée aux indigents.

Le chassereau des rentes appartenant « aux communs pauvres», présenté, l'an 1697 par Jean Baptiste Delviesmaison, accuse en recettes ordinaires environ 340 livres et en recettes extraordinaires (5) : « d'aulcuns capitaux-deniers qui furent levez par les mair et eschevins au nom de la ditte communaulté pour s'en servir durant les guerres et brûlages... ».

La loi du 5 frimaire an V (27 nov. 1796 supprima les dîmes.

Par suite de ces changements les revenus diminuèrent.

Le compte du bureau de bienfaisance (6) de l'exercice 1841 s'élevait, en recettes et en dépenses, à environ mille francs. Vers cette époque, grâce à certains legs faits en particulier par Jacques Raulier (7) bienfaiteur insigne de l'église (8) et des indigents, les revenus augmentèrent. Heureusement car il s'ouvrait pour la commune ou plutôt pour tout le pays, à partir de la fin de l'année 1854, une période calamiteuse qui devait faire ressentir ses rigueurs environ dix ans.

Les vieilles personnes du début de notre siècle se rappelaient avec horreur ces jours de disette de leur enfance.

Alors aussi débuta l'exode annuel des ouvriers agricoles de notre contrée vers la France. Plusieurs familles finirent par s'y établir. Du même coup, diminution sensible de la population.

En 1850, le budget du bureau de bienfaisance indique 1020 fr. 34 cent. en recettes et autant en dépenses pour 19 familles à secourir. Il ajoute cette annotation : « Les pommes de terre ont toutes été atteintes de la maladie qui les a détruites beaucoup plus que les années précédentes ».

                                                              (s) G. Godfroid, bourgmestre.

                                                         B. H. Quequin, échevin.

                                                         A. Fontaine, échevin.

                                                         A. Francqville, secrétaire.

Les recettes de 1857 étant montées à 1781 francs 21 centimes et, d'autre part, le nombre des indigents un peu diminué, ce même budget arriva plus largement à remplir ses charges.

Depuis cette triste époque, la munificence de quelques citoyens, parmi lesquels il convient de citer Louis Moreau, est venue élargir quelque peu le patrimoine sacré de « l'assistance publique ».

— Maître Bertrand avait établi, à son arrivée comme curé en 1859, la conférence de St Vincent de Paul pour la visite et l'assistance des maisons indigentes de la paroisse... Maintes familles étaient secourues par cette société charitable en 1860.

Le comité se composait, aux débuts, des membres suivants.

Désénépart Théodore, fils, Président.

Risselin François et Menu Pierre, Vice-Présidents.

Cantraine Joseph, trésorier.

Planchon Charles, secrétaire.

L'abbé Bertrand, curé, Degrave Jh, Clarot Louis et Rasmont-Guimart, membres.

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(1) Annales du Cercle archéologique d'Enghien, 1932.
(2)  
Cartulaire de d'abbaye de Liessies, anno  1639.
(3)  
Idem.
(4)  
Cartulaire des pauvres de La Hamaide. Archives de Mons, 1663.
(5)  
Archives de la fabrique.
(6) « La table des pauvres » a été remplacée par « le bureau de bienfaisance » et, aujourd'hui, par « l'assistance publique. »
(7) C'est aussi sur le terrain offert par ce même généreux donateur que se dresse l'église actuelle entourée du cimetière.
(8) Les autorités religieuses et civiles, d'un commun accord, décidèrent, à sa mort, de perpétuer son souvenir, chaque dimanche, au prône.

 

 

3. Institutions scolaires

Primitivement, un marguillier était sacristain et chantre. Il devait, en outre, tenir école sous la surveillance et la direction du curé.

Ces fonctions ne bardèrent pas à se dédoubler et un « magister » fut spécialement chargé de l'instruction religieuse et de l'éducation des enfants.

Ce premier maître d'école proprement dit, ici à La Hamaide, était un chapelain, religieux, puis un laïc et aussi parfois, un ermite de Moorsiel. Sa nomination, appartenait à l'abbaye de Liessies.

En 1565 seulement, on rencontre le nom de « Sire Jehan Croiseau, pasteur de la hamayde (1) comme bénéficier de « li escollatrye d'icelle ville » . Il tenait vraisemblablement son droit de l'abbaye de Liessies.

Cette maison religieuse fournissait, chaque hiver, « trois monts de bos et ung cens de fagots, à li magister de la hamayde » (2) à titre d'indemnité pour l'écolage et le chauffage des enfans indigents renseignés par le curé et les « gens de loy ».

Il est à présumer que, durant les calamités qui désolèrent nos contrées au 16e et 17e siècles, l'instruction primaire resta à La Hamaide, comme dans les autres paroisses rurales, passablement négligée.

Une des plus anciennes congrégations de maîtresses d'école du Hainaut, instituée en 1701 sous le patronage de St. François de Sales, envoya quelques unes de ses religieuses, à la demande des châtelains pour l'éducation des enfants. Elles étaient établies dans le bâtiment, dont une partie subsiste encore, à côté de l'église actuelle. Le linteau, frontispice de la porte d'entrée donne le millésime 1446.

Hélas ! les dévastations des armées ennemies les amenèrent à s'éloigner du village après un court séjour. (3)

C'est seulement à partir de 1714 jusqu'à la fin de l'ancien régime que l'école paroissiale semble avoir été tenue régulièrement.

Les dépenses consignées au compte des « communs pauvres » de 1746 sont ainsi libellées: « A. Philippe Lemaire, maistre d'escole a esté païée la somme de 11 livres pour avoir enseigné les enfants pauvres mentionnés dans son libel ».

En 1779, des travaux furent effectués aux frais de la communauté à l'antique local scolaire du « champ du Baudrion » au hameau de Pucemaigne, mais, à partir de 1808, il dut être abandonné. André Lemaire, maître d'école, vint alors s'installer dans une des dépendances du vieux château. Cette nouvelle situation dura jusque 1832, époque où l'on édifia, quelques mètres plus loin, un nouveau bâtiment scolaire.

Ce même André Lemaire occupa ses fonctions durant plus de 40 ans. À ce propos, rappelons que les Lemaire remplirent, de père en fils, la charge de maître d'école à La Hamaide l'espace de deux siècles.

Lors de l'érection des écoles communales pour les filles en 1869, l'ancien bâtiment servit uniquement pour les garçons. Ceux-ci avaient pour maîtres, dès 1850, Doclot, père et fils.

Il existait, en outre, à cette date, au hameau de Rome, une école adoptée, fréquentée par une trentaine d'enfants. Elle subsista environ 40 ans.

Surgirent dans notre commune, comme d'ailleurs dans tout le pays, les ennuis scolaires de 1879. L'année suivante, la marquise de Courtebourne fit ériger, sur ses propriétés, le couvent actuel, occupé depuis sa fondation, par les religieuses : « Dames de la Sainte Union des Sacrés-Coeurs ». Trois classes se formèrent et le bâtiment de l'école des filles servit, peu de temps après pour les garçons. Des fêtes commémorèrent, en 1931, le cinquantenaire des religieuses parmi notre population.

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(1 et 2) Mons : cour féodale du Hainaut. Cart. des fiefs La Hamaide.
(
3) Chap. X. 1703.

 

 

 CHAPITRE Ix. La Hamaide à partir de 1794

La révolution française, cause de tant de troubles, d'exactions et de changements au point de vue religieux, (1) bouleversa également tout dans l'ordre civil.

Dès la fin de novembre 1792, les habitants de La Hamaide, « en vertu d'une décision de l'assemblée générale des représentants du peuple souverain du Hainaut, séant à Mons » procédèrent au choix d'un maire et de municipaux.

Une revanche, prise quelques mois après par les armées autrichiennes, remettait les choses au point, quand la victoire de Fleurus, du 26 juin 1794, ramena nos provinces, et cette fois pour vingt années, au pouvoir de la France.

Les vainqueurs divisèrent le pays en neuf départements dont celui de « Jemmapes » englobant les trois districts de Mons, Binche et d'Ath, ce dernier subdivisé en 14 cantons.

Un de ceux-ci, celui d'Ellezelles, comprenait sept communes : Ellezelles, Ellignies, Everbecq, Flobecq, La Hamaide, St-Sauveur, Wodecq.

On ne parla plus, après la seconde invasion, de procéder au libre choix des administrateurs des communes. Le commissaire civil français Lamotze arriva parmi nous, chargé de ce soin.

Les communes de moins de cinq mille âmes eurent pour dirigeants, à partir du 8 vendêmaire an IV (1er octobre 1795), un agent municipal et un adjoint établis par ce commissaire spécial.

Pour la Hamaide, le 1er agent de la république fut Antoine Jh. Sénéchal. Il remplit ces fonctions administratives durant, environ trois ans. Son adjoint était Laurent Noul.

À partir du 27 prairial au VI (15 juin 1798) Laurent Noul est cité dans les registres officiels comme agent municipal, en remplacement de Ant, Sénéchal, démissionnaire, Jean-Baptiste Fauconnier, prit la place d'adjoint.

Cet état de choses dura de 1795 à 1799.

La constitution consulaire du 22 frimaire an VIII (14 décembre 1799) et la loi du 28 pluviôse suivant (19 juin 1800) modifièrent cette situation.

Sous ce nouveau régime chaque commune eut à sa tête un maire, un adjoint et un conseil municipal. Jean-Baptiste Désénépart devint maire. Son installation dans ces fonctions, par « le conseiller de préfecture du département de Jemappes à Mons », eut lieu dès l'aurore du 19e siècle.

La Hamaide ressortit donc, du « souverain chef-lieu de la ville de Mons » et les entêtes des pièces administratives, durant cette période révolutionnaire, étaient formulées comme suit : « Mairie de la Hamayde, arrondissement communal de Tournay, département de Jemappes, canton d'Ellezelles. »

Plusieurs fois, durant cette seconde invasion, la république française avait essayé d'enrôler nos jeunes-gens, mais tous se dérobaient au lieu de se rendre. Des lois, portant les dispositions du recrutement et les peines sévères édictées contre les récalcitrants et leurs parents, n'eurent guère plus d'effet. Le 11 ninôve an VII (le 29 septembre 1798) une colonne mobile d'une trentaine de soldats français, venant d'Ellezelles, campa à La Hamaide en exécution des lois susdites. Elle organisa une battue de plusieurs jours parmi les habitations, les campagnes et les bois et parvint à s'emparer de quelques conscrits, (2) qu'elle emmena. Au printemps suivant, le gouvernement français appela sous les armes les quatre dernières classes de militaires. Son ordre resta vain et la force armée parcourut de nouveau, successivement tous nos villages.

À La Hamaide, plusieurs parents des réfractaires à la conscription furent arrêtés et conduits à Ath, où on les maintint en prison jusqu'au moment de la soumission des déserteurs.

Ces derniers se rendirent alors forcément sous les drapeaux, mais une lettre du sous-préfet de Tournai, adressée au maire de La Hamaide le 21 florial au VII (10 Mai 1799), nous apprend de nouvelles résistances, puisqu'il est question de « reprendre la chasse aux conscrits ». C'est ce qui arriva.

Nos jeunes-gens, arrachés, à leurs foyers, durent marcher dans les armées de l'empire. Dix-sept de la Hamaide combattirent aux côtés de Napoléon et après le désastre de Waterloo, le 28 juin 1815, « les échappés » assistaient à Fontainebleau à l'embarquement de l'empereur pour l'exil (3).

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(1) Chap. XI.
(
2) Et aussi certains prêtres réfugiés. : Chap. XI.
(
3) Archives communales. — La Hamaide.

 

 

 CHAPITRE x. Faits de guerre  et autres événements

La Hamaide eut, au cours des siècles, ses heures d'épreuves et il est certain que, dès les temps primitifs, il connut les calamités du brigandage et de la guerre.

Plus exposés, de par leur situation, que les autres endroits des environs, ses seigneurs se voyaient dans l'obligation, de livrer combat. Les manants devaient donc alors délaisser leurs occupations champêtres pour défendre le territoire ou le château attaqué par l'ennemi.

Ils étaient aussi parfois entraînés à la suite du seigneur lorsque le souverain réclamait leur aide en faveur du pays.

La pénurie des documents anciens à ce sujet nous laisse dans l'ignorance des maux que purent endurer les ancêtres, à peine y trouvons nous certaines données très vagues.

Afin d'intéresser nos lecteurs nous présentons, sans liaison entr'eux, quelques faits historiques qui ont eu le sol de La Hamaide pour théâtre.

842 à 883. — Les Normands font irruption dans l'empire carolingien, jetant partout la terreur et la destruction. Le dernier quart du neuvième siècle est particulièrement marqué par le ravage du Tournaisis et du bassin de l'Escaut jusqu'à celui de la Dendre. Le primitif château-fort (1) de La Hamaide, élevé depuis quelques années, tombe, après une résistance acharnée, aux mains de ces barbares et disparaît vers 883. 

                                                                                                                                        (Chroniques de Froissart, tome IV).

1091. — Le supérieur de l'abbaye d'Eename et plusieurs autres prélats, réunis dans la chapelle du manoir de La Hamaide à la requête de Messire Gérard, seigneur du lieu (2) reçoivent le serment des jeunes nobles chevaliers de la région qui se disposent à prendre part à la première croisade de terre sainte. Nous y voyons ses châtelains d'Ath, de Flobecq, de Rebaix, de Renaix, de Bracle...

                                                                                                                                        (Hist. de Flobecq par Pourcelet).

1214. — Thiéry, seigneur du village est fait prisonnier à la bataille de Bouvines et conduit dans la tour du Louvre à Paris avec plusieurs gentils hommes de notre pays.

Les instantes supplications, adressées par Jeanne de Constantinople, comtesse de Flandre et de Hainaut, dont le mari Ferrand de Portugal est aussi au nombre des victimes de guerre du roi Philippe Auguste, obtiennent, de ce dernier, la libération de certains prisonniers dont celle de Thierry de La Hamaide.

Il rentre en son château après une absence de trois ans.

                                                                                                                               ( Hist. francorum... de Mgr. Duchesnes).

1477. — Sous le règne de Marie de Bourgogne, la châtellenie d'Ath, se vit infestée de vagabonds armés qui rançonnaient les paysans et pillaient les abbayes et les châteaux.

Émus de tant de désordres et impuissants à les combattre Messire Jacques de La Hamaide, Jean de Trazegnies, châtelain d'Ath et d'autres seigneurs des alentours remontrèrent, aux États Généraux tenus à Gand en 1477 la nécessité de secourir notre contrée. Un corps de troupes arriva et les séditieux furent réduits à néant.

                                                                            Archives génér. du Royaume n° 14902

                                                                            et comptes des châtelaine d'Ath : 1478.

1479. — Le 9 juillet, Messire Adrien de Rassenghien et Philippe, bâtard de Bourgogne, tentèrent de nuit, l'escalade de la ville de Lessines avec 800 cavaliers et autant de piétons.

Surpris par une violente tempête accompagnée d'orage et voyant leur entreprise découverte par les habitants réveillés à la hâte pour repousser leur assaut, force leur fut de se rejeter sur les villages voisins qu'ils livrèrent au pillage et à l'incendie. De ce nombre il faut nommer Ogy, Flobecq, Wannebecq, La Hamaide...

                                              (Vinchant tome V p. 112).

1549. — Philippe II, fils et héritier de Charles Quint, séjourna plusieurs fois à La Hamaide durant l'année 1549, alors qu'accompagné du comte Lamoral d'Egmont, il visitait les principales villes du Pays-Bas.

                                                                                                           (Correspondances de Philippe II par Gachard, tome, VI).

1568. — Des officiers espagnols occupèrent le riche domaine de la Hamaide dans la 2me moitié du 16e siècle ; un jeune noble d'entr'eux épousa une fille de la commune du nom de Hailliez.

                                                                  (Lettre d'un descendant : La Haye 1933).

                                                                  (Aux archives paroissiales ).

1577 à 1585. — Durant la période troublée, tant au point de vue politique que religieux ; vers la fin du 16e siècle, les calvinistes iconoclastes exercèrent avec une audace inouïe leurs méfaits dans nos campagnes. La région comprise entre Ath, Frasnes et Lessines en devint le théâtre. À la Hamaide, non contents de prêcher leurs doctrines, ils s'attaquent à l'église, abattant toutes les statues et empêchant les fidèles d'accomplir leurs devoirs religieux. Il n'est pas jusqu'aux modestes chapelles échelonnées, le long des chemins, qui ne devinrent victimes de leurs dépréciations sacrilèges.

Les habitants exaspérés leur résistaient avec force et, maintes fois, de véritables batailles s'engagèrent, à la suite desquelles les réformés avaient dû fuir, mais, ils revenaient sans cesse, à la charge. Enfin, un dur combat livré aux portes de Lessines, en août 1563, les mit définitivement en complète déroute, après plus de cinq années de cruels ennuis.

                                                        (Notes de Maître Broustin, curé.

                                                        et Histoire de Lessines).

1588. — Pendant une partie de chasse dans les bois de La Hamaide, au coeur de l'hiver 1588, Philippe d'Egmont, seigneur du village, terrassé par un sanglier, n'échappa à la mort que miraculeusement.

Ce jeune guerrier périt, deux ans plus tard, à la grande bataille d'Ivry. On identifia son cadavre par l'énorme cicatrice qu'il portait à la cuisse en suite de cet accident de chasse.

                                                                                                                                        (Notes de Maître Broustin de La Hamaide).

                                                                                                                                        (Archives paroissiales).

 1674. — Guillaume d'Orange négocie, avec l'Espagne et l'empire allemand, une alliance contre Louis XIV, roi de France et la Lutte s'engage sur plusieurs points de la Belgique.

Après la bataille indécise de Seneffe (11 août 1674), une partie de l'année hollandaise se réfugia dans la région d'Ath et son quartier principal s'établit à La Hamaide.

La pièce qui suit nous édifiera sur ses faits et gestes.

« De la part, de son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince d'Orange, il est ordonné aux villaiges, chaux (châteaux), maisons, censes tant particulières que nobles et ecclésiastiques de la chastellenie d'Ath, de venir traytter au quartier gnal (général) de sa ditte Altesse sérme, au plus tard en déans vingtz et quattre heures après la réception de ceste, sur le livrement des beufz, vaches et aultres bestiaulx pour la subsistance de l'armée sur peine d'y estre contraintz par le feu et aultre rigeure militaire.

Faict au quartier général de la Hamayde le 15 de septembre 1674.

                                                                                                                          (Signé) Vrijsbergh, (3) (avec sceau).

1690 à 1703. — Après la défaite de Walcourt les troupes de Louis XIV accourent, en août 1690, dans notre région, et s'étalent sur un large espace : la droite à Lessines, la gauche à La Hamaide, le ruisseau d'Angre devant le front et la forteresse d'Ath, derrière l'armée.

Terrorisés, les villageois délaissent les moissons et se réfugient dans les grande bois avec leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux et leurs objets les plus précieux.

Les soldats saccagent l'église, le château, le presbytère, la maison (4) des religieuses etc... Un séjour prolongé parmi nous leur fournit l'occasion de fouiller les habitations et d'enlever ce qui leur convient.

Ce lamentable épisode de guerre, le plus terrible, faut-il dire, qu'ait jamais vu notre population, à travers les âges, coûta la vie à bien des personnes du village tandis que celui-ci est ruiné de fond en comble et épuisé jusqu'à la dernière maille.

                                              (Mons : cartulaires des communs pauvres de 1702 et 1704 — Notes de C. Remy, curé mort en 1722).

1745. — Notre contrée, il est facile de s'en convaincre, était choisie de préférence pour les campements militaires ; aussi, au moindre éveil, on pouvait s'attendre à l'arrivée prochaine des soldats.

Une nouvelle preuve nous est fournie à l'issue de la mêlée de Fontenoy, en 1745 : l'armée des Alliés, sous les ordres du commandant milord Woltes, vint séjourner entre La Hamaide et Lessines jusqu'au jour où le vice-général français, comte de Montisson la délogea.

En juillet de cette même année, le roi Louis XV et le Dauphin établissent, durant un court temps, leur quartier-maître au Blockaus à Wannebecq et, bientôt, notre commune devient le point de concentration et de mise en marche de l'armée française, qui devait s'emparer de Charleroi, Namur, Mons, Bruxelles et se rendre maîtresse de la Belgique, (1746).

Wannebecq, La Hamaide, Ostiches... eurent, après le départ de la garnison, à faire, à leur tour, une levée d'impôts de tous genres, pour solder les nouveaux frais de guerre.

                                                                                                      (Hist. de Wannebecq et comptes de La Hamaide 1745-6-7.)

1914-1918. — Le 4 août 1914, l'Allemagne déchire lâchement les traités qui garantissent la neutralité de la Belgique et, en déclarant la guerre à la France, elle y mêle aussi notre patrie. Ses armées formidables arrivent aussitôt à nos frontières. Les levées de militaires se font en toute hâte pour tout le pays. Trente sept jeunes-gens de La Hamaide sont rangés sous les drapeaux.

Après un premier et dur choc contre l'armée belge à Liège, les Allemands s'avancent sur notre territoire. Leurs avions survolent La Hamaide le 21 août et les éclaireurs apparaissent le lendemain. L'après-midi de ce même jour les troupes grises du Kaiser, se dirigeant sur la France, campent comme une fourmillière.

Trois corps d'armée passent, successivement, en quatre jours. Les généraux allemands s'arrêtent, la nuit, à la cure où un téléphone est aussitôt établi ; les soldats envahissent toutes les maisons et la campagne.

Dès le début de septembre, on entend la canonnades violente autour des forts de Maubeuge. Puis le son du canon résonne dans les Flandres et se répercute jusqu'ici. Cela dure jusqu'à la première grande victoire remportée par l'armée belge sur les rives de l'Yser. (17 au 31 oct. 1914).

La misère se fait sentir, à partir de 1915. On organise, ici au village comme partout, d'ailleurs, ce qu'on appelait « le ravitail ». Sous la direction d'un comité central, il a pour mission de distribuer, pendant la période de guerre, les aliments de nécessité.

Viennent avec 1916, de fortes réquisitions de céréales et de fourrages par l'autorité occupante. Des corvées de tous genres sont ordonnées aux possesseurs d'attelages. Le 12 septembre 1916 c'est au tour des cultivateurs du village à livrer leurs chevaux.

Pour finir l'année, durant les courts jours de décembre l'éclairage fait défaut : Plus de carbure, ni de pétrole ni d'huile. Le jour de la Pentecôte 1918, un contrôle des hommes est annoncé pour le mardi suivant, quarante de nos jeunes-hommes sont déportés pour aller travailler, sous les ordres militaires ennemis, dans le nord de la France et en Allemagne. Plusieurs succombent aux suites de misères endurées.

Le 28 septembre, les armées., alliées commencent cette belle manœuvre qui va, enfin, après quatre ans, libérer la Belgique.

27 octobre : Nouveau contrôle d'hommes. Ceux d'ici, de 17 à 35 ans, et des autres communes, partent, encadrés par les soldats ennemis, vers la capitale. Beaucoup des capturés s'échappent en cours de route. Des visites sont faites à leur domicile, mais en vain ; ils se tiennent bien cachés, attendant des jours plus... heureux.

9 novembre : On s'aperçoit, clairement, cette fois, de la débâcle des armées de l'envahisseur et le lundi 11 novembre les troupes anglaises arrivent au centre du village. C'est la délivrance, la joie et le contentement qui renaissent.

Parmi les jeunes gens du village soldats de la grande guerre, chose incroyable, un seul, Odon Hubin, perdit la vie en combattant. Plusieurs sont morts prisonniers des ennemis et d'autres, rentrés éclopés dans tours foyers, n'ont pas survécu longtemps à tant de misères et de privations endurées pendant quatre ans.

Vinrent les derniers combats, mais pas encore la paix ; loin de là ! Les vainqueurs imposeront de force, leurs innovations qui heurtaient toutes nos traditions et proscrivaient la religion à laquelle nos pères étaient si attachés.

Maître Dessart, curé et son vicaire ayant refusé de prêter le serment de fidélité à la constitution de l'an III, étaient réduits à accomplir, en cachette, quelques rares cérémonies du culte dans l'aire de l'une ou l'autre grange.

D'autre part les biens des abbayes de Liessies et de Cambron, de l'église, et des bénéfices, brusquement confisqués, passèrent aux enchères comme propriétés nationales, (5).

Le registre des annonces paroissiales, conservé aux archives de la cure, cesse ses inscriptions hebdomadaires à partir du dimanche 17 sept. 1707 et les reprend seulement le dimanche 3 mai 1802, un an après la conclusion du concordat.

Lors de leurs visites domiciliaires à la fin de 1708 les soldats de Cambrai réussirent à s'emparer de quelques ecclésiatiques français. Un de ceux-ci abrité dans la maison du meunier de Ronsart s'étant mis à fuir dans la campagne à l'approche des révolutionnaires, fut abattu aussitôt d'un coup de fusil. Une croix de fer, plantée en terre, indique, de nos jours encore, l'endroit où se perpétra ce sacrilège.

Après la tourmente le clergé réintégra son église, mais il ne survécut pas longtemps à tant d'angoisses et de privations, nous le verrons bientôt.

Durant environ onze ans (1797-1808) le clocher resta dépourvu de ses hôtes. Il fallait se contenter, à partir de 1802, pour les annonces des offices, du grêle « dindin », conservé comme pieux souvenir de cette tragique époque.

En 1808, Nicolas-Joseph Ducellier, mayeur, fit don de deux cloches : Marie-Madeleine et Marie-Christine. Plus tard, un autre généreux paroissien : Jacques F. Raulier, en souvenance du trio d'autrefois, gratifia l'église d'une nouvelle cloche : c'est la grosse cloche actuelle, Florentine, du nom de la marraine Florentine Désénépart. Elle fut hissée aux côtés de ses deux consœurs, au haut du clocher, pour les fêtes de la Toussaint et, des trépassés de l'an 1842.

Un nouveau et ingénieux système électrique de sonnerie permet, aujourd'hui, à nos trois cloches paroissiales, quasi muettes depuis plusieurs années, de faire entendre nu loin et régulièrement leurs sons harmonieux.

L'horloge du clocher, dont l'armature remonte aussi au 18e siècle, vient d'être renouvelée. Elle profile des cloches rajeunies pour annoncer, à son tour, jusqu'aux confins de la commune, le tintements pieux de l'Angelus et chacune des heures amenées régulièrement sur ses cadrans.

— Mentionnons ici crue le 22 septembre 1846, Sa Grandeur Monseigneur Lahis, évêque de Tournai, vint consacrer l'église paroissiale de La Hamaide, simplement bénite lors de son érection à la veille de la révolution de 1795.

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(1) Chap. III. Ce serait, d'après d'aucuns, l'origine du nom de La Hamaide. (barrière).
(2) Chap. V. 2.

(
3) Archives de Mons : fonds d'Ath.
(
4) Chap. VIII. 3. — Chap. XII, en notes.
(5) Les biens de la noblesse furent séquestrés et non vendus.

 

 

² Quatrième partie ²

 

La paroisse

CHAPITRE xi. L'Église

1. L'Église  

L'église ancienne. limitant l'exemple des abbayes qui, au cours du onzième siècle, édifièrent sur leurs terres les premières chapelles (cellœ), maints seigneurs se mirent à bâtir des églises privées. Nous ne pouvons douter que c'est à cette époque, où naquirent la plupart de nos églises paroissiales, qu'il faut faire remonter celle de La Hamaide.

Elle se dressait sur un tertre à proximité de la demeure seigneuriale, au centre du village naissant. Église et castel redisaient, jadis, l'antiquité du lieu. L'édifice religieux, construit dans le vieux style latin avec ses annexes latérales ajourées des deux côtés de l'abside, révélait la structure puissante du gigantesque manoir voisin.

D'après le plan d'origine, il se composait de trois nefs assez spacieuses. Le choeur polygonal était percé d'une fenêtre découpée par des mencaux et formant des baies indépendantes surmontées d'une rosace.

À la fin du 18e siècle, cette antique construction subsistait mais ses moellons et ses pierres calcaires montraient clairement les divers remaniements subis au cours des âges.

Nous trouvons, d'ailleurs, dans les comptes de la seigneurie du 16e siècle, qu'à la mort de Jean IV d'Egmont, Françoise de Luxembourg, sa jeune et pieuse veuve, entreprit d'importants travaux de restauration et d'embellissement à l'église du lieu.

Elle construisit également un nouveau clocher auquel alla adjoignit plusieurs cloches (1)

Hélas ! l'usure inévitable du temps, mais plus encore, les assauts redoublés de ses ennemis, durant les troubles religieux les longues guerres impies des 16e et 17e siècles, ébranlèrent de fond en comble le vénérable monument. Au déclin du 18e siècle, il menaça ruines et il fallut songer à édifier à Dieu un autre sanctuaire.

L'édit de 1769, interprété et confirmé en 1772 était pleinement en vigueur et, partant, les obligations de l'abbaye de Liessies étaient incontestables. Après bien des pourparlers et d'arrangements, l'affaire fut arrêtée par les diverses autorités. On se mit à l'œuvre dès le printemps de 1787 et le nouvel édifie religieux était achevé en 1790.

Les derniers vestiges de l'ancienne église disparurent complètement en 1826, lorsqu'un entrepreneur en bâtiments, devenu acquérir de ce « monceau de vieilles pierres » les fil, passer avec celles du château en ruines, dans son four à chaux. Sic transit....

— L'église actuelle : Ce n'est pas sur l'emplacement primitif, mais quelques cents pas plus loin, vers l'est, au milieu d'un journal de terrain, offert par un généreux donateur (2) que la nouvelle église semie-classique s'élève actuellement.

Son abside regarde l'orient. Assise à une altitude de 80 mètres au-dessus du niveau de la mer, elle domine tout l'espace entre Ath et Renaix.

La tour placée au centre de la façade est mi-partie engagée et mi-partie en hors-d'oeuvre avec, aux angles, une chaîne du pierres de taille. Cette chaîne est reproduite aux angles de l'édifice principal.

L'intérieur comprend trois nefs séparées chacune par un rang de colonnes cylindriques à chapiteaux toscans formant cinq travées. Elles soutiennent des voûtes de briques en plein-cintre. Ces colonnes, par leur fournie simple, apportent à la construction un cachet d'élégance qui manque ordinairement à ce genre d'architecture.

Avec ses stalles du 18e siècle sobrement ouvrées et ses lambris en chêne, le choeur n'est pas sans plaire à l'œil.

Le maître-autel a conservé l'urne ancienne de la table et le tabernacle avec son tour pour l'exposition du St Sacrement. Il est orné de douze chandeliers en cuivre jaune du 18e siècle. Au dessus, un remarquable tableau, représentant le Christ en croix et peint en 1726, par S. Mignon, l'auteur de plusieurs belles œuvres de peinture. Cette toile provient de la chapelle du château.

Le lustre à pendeloques de cristal, monté sur cuivre, a été restauré en ces derniers temps. Il provient également de l'ancienne église. Cette dernière, nous le répétons, ayant été dévalisée par les Iconoclastes et durant les interminables guerres de Louis XIV et de Louis XV, il fallut que la paix, enfin, amenât, sous le règne de l'impératrice Marie-Thérèse, les restaurations à nos édifices religieux. Ce n'est pas seulement le mobilier du chœur, mais les deux autels latéraux, la chaire de vérité, les confessionnaux, les croix de procession, l'encensoir etc. qui sont encore de cette période d'accalmie du 18e siècle.

Actuellement, la plus antique pièce de notre église est le reliquaire-monstrance en argent, dit « de tous les saints » dont nous avons parlé plus haut. Son pied orné de godrons est composé de fragments des 14e, 15e et 16e siècles. Les fonts baptismaux, en pierre bleue, sont du type tournaisien du 15e siècle.

Comme objets d'art et d'antiquité conservés, on ne peut manquer, avant tout, de mentionner le magnifique ostensoir en vermeil de 1602, primitivement à cylindre et transformé à soleil, vers la fin du 17e siècle.

²è²è²

À peine devenue maîtresse de la Belgique, la révolution s'élança comme l'ouragan, dès 1794. Ère fatale pour notre pays! La communauté de La Hamaide s'efforçait de satisfaire aux ordres qui lui étaient intimés : réquisitions d'attelages et de chevaux, d'hommes pour les travaux de guerre...

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(1) Elles furent hissées dans le clocher actuel en 1790 et devinrent, quelques années plus tant, la proie des révolutionnaires.
Cette rnême dame fit construire la partie droite du transep de l'église de Wannebecq et le clocher qu'elle dota de trois cloches dont deux survivent et aux flancs desquelles on peut lire le nom de leur donatrice et la date de 1529. De magnifiques ornements sacerdotaux et un rétable de grande valeur provenant de Wannebecq et exposés au musée du cinquantenaire à Bruxelles, proclament aussi depuis quatre siècles la piété et la générosité de la châtelaine de La Hamaide.
(2) Chap, VIII. 2.

 

2. Pierres tombales

On a conservé un bon nombre de pierres tombales, dignes de fixer l'attention des archéologues.

Il s'en trouve quelques unes à l'entrée de l'église et sous le jubé dans le pavement, mais les inscriptions deviennent illisibles ; d'autres sont encastrées dans les murs à l'intérieur et à l'extérieur de l'édifice sacré.

Certains seigneurs de La Hamaide reposent à l'abbaye de Cambron. Ce pieux asile avait, au cours des 13e et 14e siècles, un tel renom de sainteté que bien des princes et des gentilshommes sollicitaient la faveur de pouvoir y déposer leurs dépouilles mortelles.

En 1259 (1) Thierry, seigneur de La Hamaide, offre dans ce but à l'abbaye de Cambron, une partie du bois située sur le territoire d'Œudeghien.

« Jehan de le hamaide » mort en 1332, est indiqué dans la nécrologie de cette même abbaye, comme y possédant son tombeau. On rencontrait une pierre presque intacte où figurait un chevalier couché, armé de toutes pièces, la face et les mains nues. L'écu, qu'il portait sur la cuisse, présentait les armes de La Hamaide. Aucune inscription ne demeurait tracée, néanmoins on tenait que c'était la dalle de Jean I de la Hamaide. À côté dans le cloître, se trouvait une autre pierre sur laquelle on pouvait lire : « messire ernoul de le hamayde... ». On voyait l'image d'un chevalier couvert d'une cotte d'armes, le casque en tête, la lance en main et portant également sur la cuisse l'écusson des de La Hamaide. C'était le monument funéraire du frère du précédent, décédé au château familial en 1291 ». (2)

Au cours du quinzième siècle, les de La Hamaide érigèrent près du chœur de l'église du village, un mausolée à la mémoire de Arnould IV, seigneur du lieu, qui trépassa le 13 novembre 1436 et de dame Isabelle d'Enghien, son épouse, décédée le 14 mars 1432. « Sous une arcade, ouverte entre le chœur de la chapelle des trépassés, s'allongeaient les statues gisantes d'Arnould IV de La Hamaide et de sa femme Isabelle d'Enghien. Ces figures sculptées en haut relief dans un monolithe de Tournay, avaient été relevées sous un sarcophage simulé et devaient revêtir ce caractère de calme grandeur que possède la statuaire du XVe siècle ».

L'épitaphe est ainsi reproduite dans le manuscrit 24020 des épitaphes de Flandre, (3) où sont puisés les détails donnés.

²²²²²²²²²²²²²²²²²

(1) Cartulaire de l'Abbaye de Cambron : anno 1259.
(2) Annales du Cercle archéologique de Mons.

(
3) Archives dép. de Lille : épitaphes de Flandre, n° 12416.

 

                                                                    chy gist
                                                      hault et noble ernouls
                                                      qui fut sr de la hamayde
                                                      et de rebais sr de condet
                                                      et de renais chr qui trespassa
                                                      de vie de corps
                                                      le XIIIe jour de novembre en lan
                                                      mil IIIIe XXVI
                                                priez Dieu que lame lui soit misericors

      

Le monument servit à l'inhumation de plusieurs autres membres de la lignée seigneuriale. À la démolition de l'antique église, disparut ce caveau funéraire dans lequel gisaient de nombreux restes.

Une longue pierre tumulaire du 15e siècle, sur laquelle sont sculptés cinq blasons, a été transportée et se trouve, actuellement, au cimetière, adossée à la sacristie.

La plus ancienne pierre tombale, provenant de la primitive église et placée à l'intérieur de l'actuelle, à gauche du jubé, rappelle la mémoire d'un chapelain du village, décédé le 17 août 1633. Elle se trouve, en partie maçonnée dans la muraille de façade, ainsi que neuf autres.

Nous y lisons :

 

                                               Icy gist le corps
                                               de vénérable persone
                                               M
re Raphaël Leplat
                                               en son temps natif
                                               et chapellain de la
                                               Hamaide, trespassa
                                               le 17 aoust 1633
                                            Prie Dieu pour son âme
 


                                                Cy                                                                                   D.O.M
                                       reposent les corps                                                              Icy reposent les
                                       de Raphaël Le Mosnier                                                      corps de Isaac De
                                       et de Elisabeth de                                                              Sénépart, en son temps
                                       L'estrée son espouse                                                          mayeur de ce lieu, décédé
                                       ............. conjoints                                                              et de Marie Leplat sa
                                       après avoir estés                                                                le 12 de may 1655
                                       .............                                                                             compaigne décédée le
                                       le 8 février 1634                                                                1er d'apvril 1644
                                              Priez Dieu                                                                 .............
                                          pour leurs âmes                                                         Priez Dieu pour leurs âmes
                                                                                                                                                               Amen.



                                                Icy                                                                                    D. O M.
                                       reposent les corps de                                                      Icy repose le corps   
                                       — Marie Baccart                                                            d'André Cambier en son temps
                                       décédée en avril 1668                                                     receveur de la terre et baronnie   
                                       — d'Adrien Notté, greffier                                             de la Hamayde lequel est
                                       de la Hamayde, décédé                                                   décédé de ce monde le 11 de
                                       le 15e de Novembre 1683                                              décembre 1658
                                       Et de Pierre Notté                                                          Priez Dieu pour son âme.
                                       son fils décédé                                                                — Omnia sunt homini tenui
                                       le 8 Mars 1680                                                                pendentia filo, quisquis vivit
                                       Requiescant in pace.                                                       habet dicere vado mori.

                                                                                                                                         R. I. P.

                                                                           


                                                                        Crux ave spes unica
                                                                            D. O. M.
                                            Cy repose le corps de Maistre Lermiseau
                                            licencié en saincte théologie
                                            prêtre, pasteur et chappelain
                                            propriétaire de la chapelle St Nicolas
                                            a esté curé et ayant administré
                                            honorablement la charge d'âmes l'espace
                                            de 21 ans en La hamayde est décédé
                                            le 21 de janvier 1641.
                                                        Priez Dieu pour son âme.



À côté de l'autel de la Ste Vierge.
                                        Sépulture
du sieur Théodore Joseph Willaumez
greffier et receveur de la terre et baronnie
de la Hamayde et d'autres lieux, bailly en chef
et préposé aux affaires de LL. Eces les princes
de Grimberg et de Gavere décédé le 2 juin 1772
                                    âgé de 74 ans
                                et de damoiselle
                              Marie Antoinette Notté
                        son épouse décédée le 20 Mars 1778
                                    âgée de 84 ans.
Amis : tous les honneurs pour nous ne sont ici plus rien.
Vos prières pour, nos âmes sont les plus grands des biens.
        Ne nous oubliez point
        Et dites tout au moins : Requiescant in pace !



À l'extérieur de l'église :
                            Monument
    érigé en là mémoire d'Alex. S. Liénart
    né en 1758 à Wodecq,
    en 1782 religieux à la célèbre, abbaye de Lobbes
    en 1810, promu à la cure de la Hamaide
    où il administra jusqu'à sa mort le 20 août 1830.
    Tout le peuple le pleura amèrement.
1 Mach. c. 9. Mémoria illius in benedictione est.

 

 

CHAPITRE xIi. Patronat et dîmes ecclésiastiques

C'est seulement au 12e siècle, quand, l'histoire de notre région se précise, que l'on constate l'existence d'une paroisse à La Hamaide. Burchard, évêque de Cambrai, en 1124, accorde a l'abbaye de Liessies (1) la possession canonique de divers autels, y compris celui de La Hamaide : (Patronatus loci de Hamedia).

Au point de vue spirituel notre paroisse releva de l'évêché de Cambrai (2) jusqu'à la révolution française. Elle était comprise dans l'archidiacone de Brabant (3) et ressortissait du doyenné de Chièvres, puis, à partir de 1559, de celui, nouvellement instauré de Lessines (4). Un pouilé de 1589 porte en effet : Archidecanatus Brachantensis, rurales presbyteri decanatus Lessiniensis... Hamedia... (5).

Le patronat des abbayes n'était pas gratuit et, comme il n'y avait pas sous l'ancien régime (le budget du culte, on prélevait la dîme. « La subsistance du curé d'une paroisse était, assurée par les revenus qu'il tirait des biens de cure provenant en général de donations faites par des particuliers, auxquels s'ajoutait la dîme paroissiale.

D'autre part, les monastères avaient rendu au monde civilisé un service inappréciable, en se faisant les conservateurs et les propagateurs des lettres, des sciences, des arts, de l'agriculture et de la religion, en un mot de tout ce qui fait notre civilisation chrétienne. Pour les récompenser les rois, les princes, les seigneurs leur avaient donné des terres et des rentes, et les évoques leur avaient confié certaines cures, c'est-à-dire le soin d'administrer des paroisses, fonction qui comportait des droits et des charges ». (6) C'est ainsi qu'ils devaient entretenir les bâtiments paroissiaux, église et maison de cure ou presbytère et assurer au curé un revenu suffisant ou portion congrue, ce qu'ils faisaient souvent en lui abandonnant une partie de la dîme. Cette dîme (décima pars) n'atteignait pas, en réalité, la dixième partie. Sa quantité était réglée par Les usages locaux ayant force de loi en la matière. Impôt foncier, il s'était fondu, comme tous ceux de cette nature, avec le revenu foncier lui-même : le prix des terres se réglant régulièrement en raison des charges à supporter.

Primitivement, tes seigneurs de La Hamaide se réservaient une dîme locale ; elle ne tarda pas à disparaître au profit des abbayes seuls décimateurs. Un arrangement fut signé, le 23 février 1126, entre Arnould II et les abbayes de Liessies et d'Eename à ce sujet. (7) Les deux dernières, cependant, étaient, déjà dès 1115, décimateurs en la paroisse.

À la fin de ce douzième siècle l'abbaye de Cambron le devint à son tour ; mais Liessies, en raison de l'importance étendue de ses terrains, restait décimateur principal (8).

Les chanoines du Burban d'Ath comptèrent également parmi les décimateurs. Plus tard, leurs biens ayant passé aux maisons religieuses de Liessies et de Cambron, il ne resta plus que trois décimateurs.

Un quatrième (9) s'ajouta, de nouveau, à partir de 1485 : le chapitre de Condé.

Les dîmes étaient recueillies par des employés sermentés appelés dimeurs. Dans la suite, Ceux-ci furent choisis parmi les fermiers : ils étaient pourvus d'attelages et pouvaient plus facilement charrier les grains, les engranger et les battre.

Selon les lois canoniques, les décimateurs devaient donc laisser au curé, une partie des dîmes. Réglementation pas toujours exempte de difficultés ! Finalement le curé nomma, ses dîmeurs particuliers et fit passer une portion des dîmes aux enchères ; on les taxa au bonnier.

Suit le dénombrement des biens du clergé de 1787, rédigé en ces termes :

« Pays-Bas Autrichiens — diocèse de Cambray — district de Lessines — province du Hainaut — Célestin-Jh. Zacharie Thône, curé de la Hamayde, déclarant. Cure indépendante.

1° Le curé de la Hamayde a droit de laver une gerbe et demie de grosse dîme sur tout le territoire de sa paroisse et sur une petite partie de Wannebecq laquelle se paye pour la plus grande partie à proportion de neuf du cent.

    — La moitié die la menue dîme.

    — Les novales (10) entières, lesquelles se payent à proportion de trois du cent pendant les trois premières années.

Ces trois objets ensemble, exposés par recours public, rapportent annuellement, année commune de dix, la somme de sept cens quatre vingts livres faisant argent de Brabant trois cens nonante florins.

    — La dîme, dont sur plusieurs héritages appelés communément les vieux courtils, laquelle se lève à proportion de huit du cent et est affermée pour le prix annuel de deux cent soixante sept livres, faisant argent de Brabant cent trente trois florins et 10 sols.

2° Une maison, avec jardin, deux petits vergers, tenant ensemble, écurie, remise de bois, boulangerie et une petite boulangerie, le tout situé sur un joumel et demi de terrain. Les bâtiments (11), construits et très mal entretenues par les décimateurs, ne rapportent autres revenus au curé que de lui donner son logement.

3° Biens-fonds non seigneuriaux :

  I Trois journaux de terre labourable situés à La hamayde à l'endroit appelé « champ de l'Estrée 3 affermés au rondage annuel de vingt six florins et cinq sols.

  II cinq journaux......

  III trois journaux

  IV Petit bois d'environ dix verges

4° Capital placé à intérêt :

....... revenus provenant du bénéfice de la chapelle St Nicolas..... de la Vierge..... des trépassés..... de St Antoine, ermite.....

5° Le fixe de l'autel consistant en différentes fondations faites ou aux pauvres ou à l'église et à charge d'office payable à la rétribution désignée, monte annuellement à la somme le 132 florins 3 sols 9 deniers.

Le casuel ou droit d'étole.......

Les quatre décimateurs payent annuellement comme partie de la portion du curé nommé vulgairement « supplément » ensemble 100 florins 5 sols.

Le total des revenus porte la somme de 1291-13-2.

Les charges extraordinaires attachées à la cure de la Hamayde sont :

  I Le bénéfice de St Nicolas a été réuni à la cure avec la charge de trois messes basses par semaine.

  II Le curé doit payer aux « États de la province » pour abonnement, la somme de huit florins chaque année.

  III La taille du clergé, par répartition faite dans le district de Lessinnes 82 florins 16 sols.

  IV ....... au sr comte de Crikenbourg sont dues, plusieurs rentes eu raison des biens du bénéfice situé à Wodecq..... elles sont à la charge des fermiers (comme au n° précédent). Ainsi icy néant.

 VI Les vingtièmes tant ordinaires qu'extraordinaires se payent par les fermiers. La partie de dîme commune avec les gros décimateurs, laquelle estimée à trois bonniers pour la part du curé paye : 2 florins 14 sols 6 deniers.

....... Je soussigné, curé de La Hamayde, affirme que ma présente déclaration est vraie et exacte dans tous les points et articles, que je l'ai rédigée avec l'obéissance et la fidélité que je dois à l'empereur, mon Souverain. Je m'oblige de la justifier au besoin sur les comptes, tittres et documens que je suis en état de produire et au cas où je serais convaincu (ce qu'à Dieu ne plaise) d'une réticence ou inexactitude préméditée, je me soumets d'avance à toutes les peines d'un tel délit, en foi de quoi, j'ai signé de ma main la présente affirmation, ce 7 avril 1787.

                                                                               (s) C. Thône, curé de la Hamayde (12) ».

La dîme fut nominativement abolie par le concordat de 1801. Toutefois, le problème subsistait : l'État avait besoin d'argent et devait tout de même percevoir des taxes ! Quelques années plus tard Napoléon adopta le principe d'un forfait et le cadastre fut établi tel qu'il existe de nos jours.

La promulgation du concordat, comme loi d'état, le 5 avril 1802, permit le rétablissement du culte catholique en Belgique. L'évêché de Tournay se reconstitua à cette date et la paroisse de La Hamaide lui fut incorporée.

Un décret du 23 vendémaire an II (16 oct. 1803) en fit une succursale du décanat récemment érigé à Frasnes et lui laissa ses anciennes limites. (13)

²²²²²²²²²²²²²²²²²

(1) L'abbaye de Liessies avait son siège sur les bords de l'Helpe près d'Avesnes. C'est en raison des nombreuses propriétés foncières de ce monastère à La Hamaide, que l'évêché de Cambrai lui donna à cens l'autel de l'église.
(2 ) L'évêché de Cambrai devint archevêché en 1554.

(3)  L'archidiaconé du Hainaut subdivisa en doyennés, appelés aussi chrétientés, commençait seulement à l'est avec les doyennés de Mons.
(4)  Le ressort de chrétienté de Lessines, créé des paroisses des ressorts de Grammont et de Chièvres se composait, avant 1792, de 31 paroisses
.
(5) Archives du Nord à Lille : Fonds de la cathédrale de Cambrai, 1226.
(6 ) Hist. de Rameignies par J. Gorlia, p. 165.

(7 et 8) Archives départementales du Nord à Lille : (fonds de Liessies anno 1126)
.
(8)  Idem : registre de nouvelles lois 1396 à 1424.
(9)
Voir plus loin : le dénombrement de 1787.
(
10) Les dîmes novales = sur les terres nouvellement défrichées et les fruits nouveaux : lin, chanvre, cota etc...
(11) « La maison curiale séante proche l'église et tenant, aux biens du chastelain fut ravagée, en cette année 1698 par des brigands de l'armée du roi de France, qui parcoururent notre région, et reconstruite au même emplacement — fondus pastoralis — par l'abbaye de Liessies l'année suivante ». (Note de Maître Christophe Remy, curé de La Hamaide à cette époque). C'est la cure actuelle. L'écurie, la grange de ta dîme etc... ont disparu vers 1860. À cette époque la commune fit restaurer la cure : des barreaux de fer furent placés aux fenêtres que l'on transforma et qui perdirent leur cachet ancien.

(
12)
Archives de l'État à Mons : Cartulaire des dîmes 1787.
(13) Décret de Monseigneur Hirn. évêque de Tournay, du 16 oct. 1803. — (organisation du diocèse).

 

 

CHAPITRE xiIi. Chapelle castrale et autres bénéfices religieux

La chapelle du château avait été établie par un sire Gérard de La Hamaide, (1) seigneur du lieu, vivant vers la fin du onzième siècle.

En 1095 te supérieur de l'abbaye d'Eename, à la tête d'autres prélats, préside dans la dite chapelle la réunion des jeunes seigneurs de là région qui prennent la croix pour la première croisade. (2) Aucun autre document ne nous en parle dans la suite avant 1543, puis en 1600, époque ou elle est restaurée par le comte et la comtesse Charles II d'Egmont devenus châtelains de La Hamaide.

Maître Michel du Saulchoit (3) en devient chapelain à cette date (1601 à 1626). Ce sanctuaire, désigné sous le nom de chapelle castrale (sacellum castrale), était le siège d'un bénéfice ecclésiastique qui n'était ni dépendant, ni filial, ni annexe. On trouve (4) à son sujet, dans les archives seigneuriales, quelques actes de collation de biens destinés à l'entretien du chapelain. Le dernier jouissant directement de ce bénéfice fut Maître Antoine Moreau, en 1651 (5).

Cette chapelle du château, dédiée à St Valentin possédait, depuis 1627, (6) une relique de ce glorieux martyr de la foi. Elle avait, été offerte par le Pape Urbain VIII au comte Louis d'Egmont. Celui-ci, à l'exemple de ses ancêtres, se réservait la collation de ce. pieux patrimoine.

À partir de 1617, les chapelains de la maison des d'Egmont desservirent successivement la chapelle de Notre Dame du Buisson. Ce sanctuaire jouissait de la personnification civile et de bénéfices, transférés, un siècle plus tard, dans les églises paroissiales de La Hamaide et d'Œudeghien. Ils sont chargés de messes à exonérer en faveur des âmes des comtes d'Egmont. (7)

Il existait aussi, autrefois, la chapelle appelée du « Mont de Moorsiel ». (8) La nomenclature des arrière-fiefs de la seigneurie de La Hamaide de l'an 1473 (9) fait déjà mention du « cappelain sainct hermin a li hermitage de moortsiel a li hamede ». On ne rencontre pas de trace de bénéfices de cette fondation, sinon quelques objets classés dans le « cantuaire des trespassez » du 17e siècle (10) et, aujourd'hui, dans l'obituaire commun des biens de fabrique.

D'autres chapelles (11) existaient dans l'ancienne église du village et jouissaient également d'une comptabilité distincte.

Vient en premier lieu, la chapelle de St Nicolas dont les biens importants devinrent bénéfice curial (12) en 1626, au décès, du titulaire, Maître du Saulchoit, dont nous venons de parler. Son successeur, Maître Jacques Carpentier est reconnu alors sous les titres de « Chapellain de notre Dame du Buisson et de Saint Valentin demorant chez son Excellence Mgr d'Egmont »

Le curé de La Hamaide, par contre, devint, dès cette date, chapelain de St Nicolas ; Maître Lermiseau, mort en 1641est qualifié, sur sa pierre tombale de « pasteur..... et chapellain-propriétaire de St Nicolas ». (13) Les terres, formant la grosse part des revenus de cette chapelle passèrent aux mains des révolutionnaires sacrilèges et à l'encan. (14).

Enfin les trois chapelles de Notre Dame du « sacré rosaire », de St Antoine ermite, et des trépassés dont nous trouvons les comptes séparés et renouvelés, en 1639, par Philippe Baccart, en 1703, par Jacques F. Stocquart et en 1744 par Théodore Willaumez, avocats-greffiers de la baronnie.

Le dénombrement rédigé en 1787 par Maître Zacharie Thône, curé de La Hamaide, à la réquisition du gouverneur autrichien, donne, une dernière fois avant la bourrasque révolutionnaire, les revenus détaillés de ces antiques et dévotes fondations. Depuis cette époque les biens-fonds et rentes, échappés au naufrage, sont annexés aux revenus communs de l'église.

²²²²²²²²²²²²²²²²²

(1) Chap. V.
(2 ) Hist. de Flobecq par Pourcelet.

(3)  
Il était également chapelain de N. D. du Buisson et de St Nicolas. Le Saulchoit était un fief relevant de la seigneurie de Leuze, mais enclavé dans le territoire de Frasnes.
(4)  
Mons : comptes de la baronnie de La Hamaide, 1540 à 44.
(5) Il était en même temps chapelain du Buisson.
(6 ) Chap. X. : 1627. Quelques obits provenant de 1a chapelle seigneuriale sont exonérés pour le repos de l'âme des Jehan II de la Hamaide décédé en 1370. D'autres datent des débuts du 17e siècle et sont fondés par les d'Egmont.

(7
) « À Martin Fagot, mambour de la chapelle du Buisson a été payé 50 livres pour la fondation d'une messe par semaine en mémoire des ancrêtres de son Excellence d'Egmont », (comptes de la baronnie de La Hamaide de 1701 : archives Mons).
(8)  Voir appendice II in fine.
(9) La pairie de Silly par E. Matthieu
.
(
10) Archives de la fabrique de La Hamaide.
(11) Il y avait encore, dans l'église paroissiale, la chapelle de Ste Marie-Madeleine.

(
12)
Avant 1794, il y avait des curés propriétaires, c. à d. possédant le bénéfice curial et le faisant parfois desservir par un chapelain qu'ils rétribuaient.
(13) Chap. XI. 2.
(14) Il ne reste plus que trois journaux au hameau de la Warte, des trente deux du bénéfice de St Nicolas d'autrefois. (d'après les anciens titres). Chap, XIII.

 

CHAPITRE xiv. Le personnel paroissial (*)

Parmi les prêtres qui habitèrent La Hamaide avant l'érection de la paroisse et la fixation d'un curé, il faut citer les moines de l'abbaye de St. Ghislain, défricheurs de nos forêts du 6e au 9e siècle et les chapelains du château. Les premiers subvenaient aux besoins spirituels des colons et des serfs de leur entourage devenus chrétiens, les autres desservaient la chapelle castrale et accomplissaient les mêmes fonctions vis-à-vis des maîtres et des serviteurs.

Mais, une fois la paroisse constituée, faut-il admettre qu'elle resta, aux temps primitifs, confiée à un seul prêtre ? Non, semble-t-il, et la chose s'explique plutôt par les circonstances que par l'importance du lieu.

Le curé n'était pas toujours résidant et ses obligations étaient alors déchargées par un chapelain, religieux, de l'abbaye de St. Ghislain ou de Liessies : le vice-gérant, entre autres, qui remplissait, ordinairement, les fonctions de coûtre et de magister.

Jusqu'au concile de Trente, accordant aux Évêques le pouvoir de généraliser rétablissement des vicaires dans les paroisses, on retrouve assez fréquemment des traces et des noms de prêtres attachés à l'une ou l'autre chapelle à bénéfices et prenant part au ministère pastoral.

À partir de 1626, le curé assuma les charges de « curé et chapelain » et un ou plusieurs des assistants devinrent vicaires proprement dits, jouissant, en vertu des placards de 1613 et de 1672, de la portion congrue, c'est-à-dire d'un traitement fourni par les décimateurs en la paroisse.

La biographie des curés du village sera, nécessairement, très brève. Souvent nous ne parviendrons à exhumer de la poussière des siècles qu'un nom et une date nous disant leur vie écoulée sans bruit à l'ombre du sanctuaire. Il nous est cependant agréable de pouvoir en présenter une liste complète au cours des quatre siècles précédant 1794.

Quant à leurs auxiliaires et aux fils du village, appelés par Dieu à la dignité sublime du sacerdoce, leur nomenclature sera plus forcément encore restreinte, car, bien que mentionnés dans les divers actes, leur nom figure rarement.

Nimen Nicaise (Nicasius). « Ce prêtre vit le jour au village de La Hamaide (1). Après avoir été Prieur au monastère de Stapeldick, il fut élu Abbé de l'abbaye de Cambron en 1415. Le 7 juillet de la même année, il assista à la consécration de l'église St. Julien à Ath par l'évêque de Cambrai,  Jean de Lens. Il rendit son âme à Dieu le dernier jour d'avril 1449. »

Jehan Muriau, natif de La Hamaide y mourut curé en 1486.

Jehan Leblan reçut la cure de La Hamaide de l'Abbé de Liessies en mai 1486.

Jehan Lefort (fortis) résigna sa cure en 1510.

Jehan Lechien (canis), désigné comme curé de La Hamaide par l'Abbé de Liessies, le 9 avril 1510, exerçait encore les fonctions pastorales en 1526.

Sire Jehan de le Place accepta la cure de La Hamaide en 1526.

Sire Etienne Broustin, écrivain ecclésiastique, né à La Hamaide dans la 1re moitié du 16e siècle fit ses études de philosophie et de théologie à Louvain. Ayant pris ses grades académiques, il se livra, tout d'abord, avec zèle et piété à la prédication. Il devint curé de Cateau-Cambrésis et doyen de ce district de chrétienté. Les chanoines de la Salle ayant annexé, en 1573, une prébende canoniale dans l'église de St. Géry, à Valenciennes, où ils avaient, fait l'office depuis 1279. Sire Broustin en fut le 1er curé-chanoine.

Ses nombreux ouvrages, écrits en latin, ont paru à Douai et à Louvain en 1593-1598-1608 (2) . Sire Broustin avait sollicité et obtenu en 1586 la cure de Mainvault qu'il occupa longtemps. Il s'éteignit plein de jours et de mérites, en janvier 1606.

Son père, son frère ainsi que lui-même ont fondé des obits, à La Hamaide, leur village natal, où ils ont leur sépulture.

— Eustache de Brabant résigna la cure de La Hamaide en 1561 pour se retirer à Cordes.

— Jean Croiseau, natif d'Ellezelles reçut de l'abbaye de Liessies la cure de La Hamaide, le 13 mars 1561. Il y exerçait encore les fonctions pastorales en 1577 et était doyen du district.

— Jean N. curé du village, décédé en 1587.

— Raphaël de Nayer (Sartorius), appelé à la cure de La Hamaide, en janvier 1588, mourut vers 1619.

— Maître Michel du Saulchoit était en 1613 qualifié de « cappelain de la chapelle de. Monsieur St. Nicolas à la Hamayde, demorant chez son Excellence d'Egmont. »

— Jean-Baptiste Lermiseau, originaire d'Ellezelles, licencié en théologie, fut proposé par l'université de Louvain, le 29 mars 1619 et agréé par l'abbaye de Liessies comme curé de La Hamaide. Il trépassa le 2 janvier 1641. Sa pierre tombale (3) porte, sur un cartouche, ces mots : « Crux ave spes unica ». Il fonda un obit.

— Raphaël Baccart. Ce haut dignitaire ecclésiastique naquit à La Hamaide au déclin du 16e siècle. Après de brillantes études, il occupa la cure de Thuillies, puis devint moine et prieur à l'abbaye de Lobbes. Il fut élu, canoniquement, Abbé le 8 mai 1628 et consacré dans son église abbatiale le 17 août de la même année. Le monastère ayant été pillé et incendié, il vint se réfugier en son village d'origine et remit son âme à Dieu, après de longs jours d'angoisses, en 1641. Il reste encore quelques débris de sa pierre tombale contre le mur de la sacristie actuelle.

Un membre de sa famille Jehan Baccart, de Lessines, avait été prélat de Liessies de 1475 à 1496 (4).

— Maître Raphaël Leplat natif et chapelain de La Hamaide décéda le 17 août 1633. Sa pierre tumulaire se trouve dans l'église.

— Maître Jacques Carpentier, résidant au château, était chapelain du Buisson en 1627.

— Simon de le Roist, nommé curé à La Hamaide, par le prélat da Liessies, le 18 mars 1641, trépassa trois ans plus tard. Son testament de 1642 se trouve aux archives de Mons.

— Raphaël Destrebecq de La Hamaide y remplit les fonctions de chapelain jusque vers 1663. Il laissa, à sa mort, son habitation pour servir de vicairie.

— Maître Antoine Moreau était chapelain de St. Valentin au château et aussi de N. D. du Buisson.

— François de la Croix, nommé curé en juin 1643, devint doyen du ressort de chrétienté de Lessines. Il fonda plusieurs obits et des messes et offices en l'honneur du St. Sacrement.

—- François Laurent lui succéda à sa mort le 9 avril 1665. Celui-ci fit ciseler à Anvers le magnifique ciboire en, argent, très bien conservé jusqu'ici et sur le pied duquel on remarque une artistique effigie de Ste M. Madeleine patronne de la paroisse.

— Son successeur Christophe Remy de La Hamaide, après avoir été curé pendant 42 ans dans sa paroisse natale, rendit son âme à Dieu en nov. 1722. Il a fondé une messe en l'honneur de son patron.  J. F. Evrard, vicaire, devint à cette époque desserviteur de la paroisse.

— En 1680, Louis F. Paridans était chapelain de La Hamaide. Il y est décédé, en 1716.

— En 1692, J. Durieu devint également chapelain de La Hamaide et du Buisson à Œudeghien.

— Maître Pierre Hanicq était, comme Christophe Ramy, natif de La Hamaide. Il fut son successeur en 1725 et décéda, après cinq ans de ministère, âgé de 58 ans. Son frère Jacques Hanicq, professeur durant de longues années à Cambrai, puis curé à Bermerin, termine également sa vie à La Hamaide an 1727. Ces deux prêtres fondèrent des obits ainsi qu'un 3e de leurs frères, cultivateur, au hameau du Cornet à la fin du 17e siècle.

— Jean-Baptiste Désénépart de La lHamaide débuta dans le saint ministère comme vicaire à Ellezelles en 1720 et finit ses jours à Rumillies où il avait rempli les fonctions de curé de 1726 à 1742.

— Philippe F. Désénépart, neveu du précédent mourut curé à Mont Ste Genevièvre en 1795.

— Maître A. Desmecht s'installa, en 1728, à la cure devenue vacante par le décès de P. Hanicq. La mort vint le surprendre onze ans plus tard. P. J. Ducaudin, vicaire, passa comme desserviteur de 1a paroisse.

— A. J. Musin le remplaça en cette même année 1739 comme vicaire.

— Maître Louis Jh. Gérard, originaire de Binche, changea la cure de Vezon pour celle de La Hamaide en 1740 et décéda dans cette dernière paroisse le 24 mai 1763, à l'âge de 62 ans.

Emmanuel A. Dessort, prêtre, originaire de La Hamaide exerça le professorat et assuma ensuite la direction d'une école à Ellezelles en 1780.

— Le vicaire A. Musin fut remplacé par P. J. Mercier et ce dernier, quelques années après, par L. Lefebvre.

— Maître J. Jh. Malréchauffé, nouveau curé du village, signe pour la première fois dans les registres paroissiaux dès 1764.

— Félix Dubois, vicaire, remplit, à partir de 1772, le poste de coadjuteur auprès de Maître Malréchauffé. Ce dernier remit son âme à Dieu, après de longues et pénibles infirmités, en 1779.

— L'abbé Demarbaix était venu parmi nous, depuis quatre ans, pour remplacer l'Abbé Dubois comme coadjuteur, ; J.-B. Fourneau était alors vicaire.

— Maître Célestin Thône de Virelles-lez-Chimay fut nommé curé de La Hamaide en 1779. Ce jeune prêtre zélé, de concert avec, le bailli et le corps de loi, pétitionna auprès de l'abbaye de Liessies pour l'érection d'une nouvelle église. Il obtint gain de cause, mais décéda un an trop tôt sans avoir vu le couronnement de son œuvre. On peut lire sa pierre tombale, enchâssée dans la façade du lieu saint.

— L'abbé Adrien Cambier, dernier chapelain du Buisson à  Œudeghien, assuma les fonctions de desserviteur en la paroisse, l'an 1789.

— L'abbé Benoit J. Daumerie, d'Ath, vicaire à Lessines reçut, en cette même année 1789, sa nomination de vicaire à La Hamaide ou il demeura, jusqu'au cœur de la grande révolution. Dépouillé complètement par les envahisseurs, il s'était réfugié auprès de son frère, vicaire également caché à Ghoy. Il continua, malgré tout, son ministère héroïque jusque 1803.

— Gilles Jh Dessars, né à Binche le 8 septembre 1742, exerça le pastorat à Ellezelles durant un très court temps et, en suite de compétitions injustes (5), ce digne ecclésiastique demanda et obtint la cure vacante de La Hamaide en 1789. Celui-ci termina la liste des curés du village sous l'ancien régime.

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La paroisse de Ste Marie-Madeleine continua, sous le nouveau régime de 1801, à être desservie par un curé et un vicaire. Ce dernier poste disparut en 1878, par suite de la dépopulation croissante parmi notre région agricole.

En 1908, la nouvelle paroisse de St. Antoine de Padoue à Grand-Monchaut détacha le hameau de la Roquette de l'église-mère pour se l'annexer.

L'autorité diocésaine a successivement, appelé à la direction spirituelle de la paroisse de La Hamaide les prêtres dont les noms suivent :

1789-1806. — Maître Gille Dessars, mentionné plus haut, put reprendre publiquement, après la promulgation du concordat, la possession de son église, en qualité de desservant. Il termina ses jours, au milieu de ses paroissiens, le 5 juin 1806.

1803-1805. — L'abbé Ducorron était vicaire à La Hamaide en remplacement de B. Daumérie, dès 1803. Son acte de décès est ainsi formulé : « L'an de grâce 1805, le 22 janvier, est décédé Maître Léon Ducorron, âgé de 53 ans environ, né à Valenciennes, chanoine de la collégiale St. Pierre à Douai, prêtre réfugié et vicaire à La hamayde ». Son cadavre repose au cimetière communal.

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(*) Curé, chapelains, vicaires, religieux...
(1) Hist. de l'abbaye de Cambron.
(2) Bibliothèque royale de Bruxelles. M. n° 17691, Paquet: matériaux . 1470.
(3) Chap. XI. 2.
(4) Histoire de Lessines par Guignies.
(5) Histoire d'Ellezelles par Em. Degand, p. 169.

 

CHAPITRE xv. Les dévotions particulières

I. — Dès l'origine de la paroisse, Sainte Marie-Madeleine y fut en grand honneur et, de générations en générations, son nom et son image se sont transmis jusqu'à nous, aimés et vénérés.

Au baptême, on se plaisait à donner aux enfants le nom de la bien-aimée patronne.

Le marquis Pignatelli-d'Egmont fit don à l'église d'un très bon tableau représentant l'illustre pénitente au pied de la croix du Sauveur. Cette œuvre d'art, transportée de la vieille église en l'actuelle vers 1790, date de 1750. Un fait curieux lui donne une inestimable valeur : La duchesse de Villars, châtelaine de La Hamaide, devenue veuve à l'âge de 27 ans, entra en religion chez les « Filles du calvaire » vouées aux soins des cancéreux (1). On peut voir les traits de cette noble figure, reproduits sur le tableau dans l'attitude de la Madeleine, agenouillée, les cheveux épars sur les épaules, les yeux pleins de larmes, contemplant le Christ en croix. La confrérie avait pour siège la chapelle de la glorieuse Patronne. Chaque année, le deuxième jour de la kermesse, en juillet, un obit solennel était célébré pour les confrères. Les archers y prenaient part, en corps, autour de l'autel, avec leur bannière déployée. L'après-midi, ces mêmes archers donnaient en leurs berceaux de la garenne, un « esbatement » c'est-à dire un grand concours de tir auquel de nombreuses sociétés étrangères participaient. Des prix étaient décernés aux vainqueurs par le châtelain.

II, — « La confraternité dévôte du Sacré-Rosaire » existait en la paroisse, avant l'an 1600. Le fait est prouvé clairement par les fondations de messes remontant à cette époque et à célébrer par « le chapellain en sa chapelle du Sacré-Rosaire pour les confrères et consœurs vivans et trespassés de ceste confraternité dévôte ». (2)

Les archives de la fabrique conservent une bulle sur parchemin, accordée par le Souverain Pontife Clément XIII et signée par ordonnance de l'archevêque de Cambrai et par maître Hachez, pasteur d'Ollignies et doyen du ressort de chrétienté de Lessines, rétablissant à La Hamaide, conformément aux nouvelles règles tracées dans cet écrit pontifical, l'antique confrérie du rosaire. Une peinture sur bois, avec la Vierge donnant le chapelet à St. Dominique et la date de 1760, commémore cet événement.

En ces derniers temps, à l'intervention de l'autorité religieuse, un nouveau diplôme, fut accordé par le Roy. Père Général des Dominicains, afin d'assurer à l'antique confrérie tous ses pouvoirs et privilèges selon l'ordonnance du Souverain Pontife du 2 octobre 189S. Le père Guelette, délégué, présida, à cette époque, la cérémonie de « revalidation » de l'autel du St. Rosaire.

Un obit avec absoutes est chanté, au décès de chaque associé, fidèle à sa petite cotisation annuelle. De même une messe se célèbre, le 7 octobre, jour de te fête du St. Rosaire, à l'autel privilégié pour les nombreux membres, vivants et défunts, de la société.

III. — Confrérie des trépassés. Cette touchante et charitable association avait, autrefois, son siège dans l'église, en la chapelle réservée aux châtelains, au-dessus du caveau de leurs ancêtres.

La date exacte de son origine nous échappe, mais le cartulaire des biens de l'église et des communs pauvres, de 1639, nous parle, (3) déjà, des obits à célébrer pour les membres de la confrérie des trépassés.

IV. — Confrérie du St. Sacrement. L'ancienne confrérie du « Vénérable Saint Sacrement » possédait, sûrement autrefois, dans les archives, l'acte authentique de son érection canonique, son règlement... Il ne reste, malheureusement, qu'un registre ancien : celui des recettes annuelles, commencé en 1771 : « Tabelles des noms des confrères et consœurs du vénérable Sainct Sacrement. »

Cette association est cependant déjà mentionnée au début du 17e siècle, époque où le comte Charles II d'Egmont fait don du bel ostensoir que l'église de La Hamaide conserve maintenant encore, avec une légitime fierté. (4)

Dissoute à la grande révolution française l'antique confrérie reprit sa vie et piété vers 1845. Ses membres s'engageaient à une heure d'adoration devant le Saint Sacrement exposé, durant les trois jours des quarante heures, le jeudi saint et « la nuit et le jour » de l'Adoration perpétuelle. Les noms figuraient alors sur un large tableau avec l'heure fixée. Aucun d'entr'eux n'aurait voulu se soustraire à cet engagement sacré.

Actuellement l'apostolat de la prière (5) puis la croisade eucharistique des enfants et des adolescents alimentent, parmi les fidèles, la dévotion des 1er vendredis du mois et la confrérie du St. Sacrement.

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(1) Chap. V. 6.
(2) Mons, archives prov. : Fonds de La Hamaide : comptes de l'église et des communs pauvres, anno 1639.
(3) Archives paroissiales.
(4) Chap. XI. 1.
(5) La Hamaide est agrégé canoniquement à cette association depuis 1888.
 

 

 

² Cinquième partie ²

 

appendices

i. Le Mont de Moorsiel

Deux chaînes de collines boisées surgissent de la Flandre et viennent croiser leurs lignes de faîte, l'une par St. Sauveur et Frasnes, l'autre par Flobecq et Ellezelles au point nodal de Moorsiel.

D'après les très intéressantes et nombreuses découvertes archéologiques, faites dans nos parages, depuis 1865 et dont nous avons parlé longuement (1), ce mont ainsi que le bois de La Hamaide auraient été habités par les préhistoriques, puis par les Romains et las Francs.

Moorsiel appartenait, primitivement, à Béatrice de Laon, grand propriétaire foncier d'Ath et de la contrée au onzième siècle. Elle en fit donation à l'abbaye, de St Michel en Tiérache, diocèse de Laon. Cette dernière céda ce même bien, en 1115, à l'abbaye de Liessies, qui le conserve jusque la révolution française de 1795.

Une voie historique, partant de Bavay (2) et tracée pour des buts religieux par les populations antéromaines de la région passait à sa base et les envahisseurs de la Gaule l'avaient consolidée pour en faire une de leurs sept grandes chaussées militaires. (Portus œpatiacus).

Que le bois de La Hamaide et le mont de Moorsiel, qui en est l'ultime renflement méridional, aient été, tout particulièrement, occupés par les Romains, c'est indéniable.

Le large versant encaissé, maintenant encore dénommé « hameau de Rome » abritait un de leurs camps et les nombreux débris d'urnes funéraires retrouvés dans les hauts talus indiquent que bon nombre de légionnaires ont terminé leur existence en ces lieux. (3)

Maîtres de nos collines, qui allaient demeurer historiques, ils en faisaient autant d'observatoires pour pénétrer l'immense plaine d'Ath à Lessines et s'enfonçant vers Mons ; de même le « Plat-pays » avant-coureur de la Flandre.

De ces mêmes altitudes, ils communiquaient avec le mont de la Trinité, près de Tournai ; au nord, avec le « muziek berg » au-delà de Renaix et, vers l'est, avec la ligne des montagnes de Flobecq à Grammont. La tradition d'ailleurs persiste que, certaines nuits, les officiers romains allumaient sur Moorsiel de grands feux, comme signaux stratégiques entre les diverses fractions des armées.

Les noms de lieux, de collines, de rivières, de marais etc... sont ceux qui ont le moins l'occasion et sont le moins sujet à varier ; ils permettent de retrouver et de suivre à travers les siècles les événements accomplis. Dans les régions, un peu en dehors du mouvement, où les choses se modifient plus lentement qu'ailleurs, les appellations se maintiennent mieux aussi dans leur intégrité. Les villageois prononcent « Moorsiel » et c'est bien là l'ancien nom perpétué par la tradition. Siele, seele, sele, sala... écrivent de St. Génois, puis Chotin dans leurs études ethnologiques du Hainaut, veut dire : demeure, en langue tectonique. « Moort » signifie dans le même dialecte meurtre, crime, d'où on peut logiquement présumer que cette montagne est ainsi nommée par suite du séjour des brigands, lors de la période franque.

Ces peuplades, venant du côté de Renaix par les monts, ont certainement poussé une pointe jusque Moorsiel et aussi vers Œudeghien, Houtaing..., de là les étymologies teutoniques des noms de ces localités.

Au milieu du 15e siècle, quelques ermites du bois du Wilhours près d'Ath émigrèrent en ce lieu redevenu désert, comme il sera dit au paragraphe suivant.

Lors de la reconstruction de son manoir, le comte Charles II d'Egmont fit curer les fossés de défenses et, pour arriver à les alimenter sûrement, en tout temps, il ordonna la canalisation souterraine, en troncs de chênes perforés, des eaux de l'intarissable fontaine de Moorsiel. (4)

Ces conduites abductrices, ingénieuse et colossale entreprise d'un autre âge, traversaient les hameaux de Rome et de la Chaussée, sur une longueur de plusieurs kilomètres. Elles sont actuellement détruites ; toutefois on peut voir encore dans le village de ces tuyaux, retirés de terre en bon état de conservation. Les troncs de gros chênes étaient taillés en forme carrée de 30 à 40 centimètres de cotes, puis scies et perforés. Ces pièces s'emboîtaient et des plaques du plomb les reliaient aux extrémités de leurs parois.

L'antique fontaine est toujours là, au flanc de la montagne, continuant à alimenter, avec les autres sources qui jaillissent du bois, les cours d'eau principaux : le Gard, le Ronsart et la Blanche.

Jamais on n'a vu tarir ni geler, même par les froids les plus rigoureux, le réservoir de Moorsiel.

Son eau cristalline est d'une pureté chimique et bactériologique, sans rivale (5) ; d'autre part, sa richesse en acide carbonique en fait une boisson très digestive, recommandée par les médecins de la contrée. Il est étonnant que, jusqu'ici, on n'ait pas capté ce débit. Nul doute, l'entreprise commerciale, bien menée, eut été couronnée d'un plein succès. Qui ignore, combien, de nos jours, l'usage d'une eau potable, saines et pure est justement, en faveur parmi les agglomérations et les villes.

Jusque 1858, époque où Louis Pitrorus et ses fils creusèrent le premier puits sur Moorsiel, toute la population d'alentour venait puiser à la cavité appelée fontaine de l'ermitage ».

Les grandes ressources d'eau du vieux mont, rendirent, pendant plus de quatre siècles, un autre service de souveraine importance, en activant les auges de l'important moulin seigneurial.

Dans les bas-fonds, entre les hameaux de la Roquette et de Ronsart (6), près de la route d'Ath à Ellezelles, de très curieux vestiges attirent les admirateurs des choses du passé :

Ce sont les énormes assises (7) soutenant les travées qui servaient d'écluses et, un peu plus loin sur la digue, bordant, jadis, le bief du moulin, les dernières et quasi-indestructibles murailles du Moyen-âge en ces lieux. Tout décèle, effectivement, une origine puissante et bien ancienne. Le « tordoir de Ronsart » est déjà mentionné dans les reliefs de la baronnie de 1480. (8)

D'après le dénombrement de la première moitié du siècle suivant (9) (1527 à 1589), il rapportait annuellement au seigneur environ 80 livres tournois.

Dans la description du domaine de messire Philippe comte d'Egmont, prince de Gavre, seigneur de La Hamaide, de 1189, il est également question d'un « moulin à vent » élevé par le châtelain (10) au 15e siècle.

En 1701, dans le « compte et renseignemens que faict et rend à Messeigneurs les gouverneur, présidens et gens du conseil souverain du Roy en haynau, Jacques F. Stoquart, receveur de la terre et Baronnie de La hamayde, Wambecq, Mainwaut, de la payrie de Rabais, cour d'Arc-Annier, de la terre de St. Sauveur... et appartenant à son Excellence Monseigneur le comte d'Egmont, Prince de Gavre et du St. Empire.., et de tout ce entièrement qu'il a manié et reçu depuis le jour du Noël mille-sept-cens, y compris l'eschéance du Noël mille-sept-cens-un...

... Nicolas Delrue, qui occupe les deux moulins de La hamayde, celui au vent de « l'arlochoir » et celui à l'eau dit « le tordoir de Ronsart » au rendage annuel de six-cens livres... (11) »

Le moulin à eau disparut dans le milieu du 19e siècle. Quant à l'autre, découvert de 7 à 8 lieues à la ronde et plusieurs fois renouvelé au cours des âges, il perdit ses ailes le premier dimanche d'août 1904. On le démolit entièrement, l'année suivante. Son origine remontait à la fin du 15e siècle (12). Pour une partie de la charpente, on s'était servi d'un chêne aux dimensions énormes et le bois était devenu aussi dur que le fer. On l'aurait cru fossilisé par la succession des siècles.

La butte, qui lui avait servi d'assises, n'était pas de la terre rapportée mais bien une élévation naturelle, prouvant son ancienneté. Elle fut aplanie lors de la construction de la voie du tram, en 1906.

Les moulins relevaient du seigneur du lieu, selon la coutume d'alors. Ceux de La Hamaide, d'un terme de location de neuf ans, eurent pour occupants, après Nicolas Delrue et Pierre Dumont jusque 1746, la famille Brockart, durant de longues années, puis les Latouche et les Vanderschueren.

Autrefois avaient lieu sur Moorsiel, au profit du châtelain de La Hamaide, les grandes foires régionales de chevaux, bestiaux et porcs. Elles se trouvaient sous le patronage de St. Antoine, ermite, et étaient échelonnées aux quatre saisons de l'année, dont une, en janvier, le premier mardi après la fête, du glorieux thaumaturge ; une autre le mardi de Pâques. ... La. mort de Lamoral d'Egmont les fit passer au pouvoir du châtelain de Flobecq. Ce dernier les établit dans sa seigneurie, où elles perdurent jusqu'à nos jours.

Durant la guerre de 1914-18, les soldats allemands, placèrent au sommet de Moorsiel un canon particulier dirigé contre les avions anglais qui survolaient fréquemment la contrée. Là aussi apparurent, le dimanche 10 novembre 1918 les premiers éclaireurs britanniques de la 5e armée, venant de Tournai,
et suivis des troupes pourchassant définitivement les allemands du village (13).

La vielle colline est, actuellement, calme et peu hantée, si ce n'est à la bonne saison, par les cultivateurs et les touristes.

Les constructions historiques s'en sont allées et une demi-douzaine, seulement, de demeures rustiques s'agrippent à ses côtés jusqu'au faîte. Elles disparaissent, unie à une, sans être remplacées.

L'altitude du mont a considérablement diminué : après une saison pluvieuse, on a vu, plusieurs fois, des surfaces de terrains se détacher de la crête. Au commencement de ce siècle, 1910, un champ cultivé et une partie de prairie, entourée de saules et de broussailles, d'une dizaine d'ares de superficie, se prit à descendre, tout d'une pièce, vers les coteaux du grand bois.

De semblables glissements se produisirent, à nouveau, devant le hameau de Ronsart, en ces dernières années.

Arasé de la sorte par l'action des agents naturels et aplani par le travail du cultivateur, le cône de la montagne offre maintenant, du côté de l'orient, une large terrasse en forme de gradins, allant de la chapelle de St. Ermin jusqu'à l'agglomération de Ronsart. Au hameau de Cambron, quelques profondes excavations, qui ne semblent pas avoir été l'œuvre de la nature, laissent croire à l'existence, jadis, de retranchements romains (14).

Tel est le « faciès » de cette antique colline. Outre qu'elle domine la très curieuse vallée séparant notre Wallonie de la Flandre, elle forme une avant-garde du bois de La Hamaide et des Ardennes flamandes.

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(1) Chap. II. 1.
(2 ) Bagacum = ancienne ville du Hainaut, à quatre lieues de Mons.

(3)  
Chap. I. 1.
(4)  
Chap. I. 2.
(5) Mons : laboratoire provincial.
(6 ) Il y a le « hameau de Ronsart qui a donné son nom au « cours-d'eau » qui le traverse.

(7
) On en a détruit et enlevé beaucoup en ces dernières années, surtout depuis 1910.
(8)  Archives de la seigneurie de La Hamaide à Mons, anno 1480.
(9) Idem.

(
10) Ibidem. Le moulin à vent actuel sur le versant de Moorsiel date de la fin du 19e siècle.
(11) Le châtelain de La Hamaide possédait encore des moulins à Rebais, Wannebecq, St. Sauveur, Anvaing, etc...

(
12)
Construit par Arnould IV, seigneur de La Hamaide en 1480 ; Chap. V. 1.
(13) Chap. X.
(14)
Le camp romain se trouvait au sud de la montagne tandis que de forts retranchements guerriers regardaient le nord.

 

ii. L'Ermitage de Saint Ermin

L'important ermitage de Wilhours établi, durant, de longs siècles, dans le bois de ce nom, à deux kilomètres de la ville d'Ath, envoya, vers le milieu du quinzième siècle, les premiers ermites destinés au mont de Moorsiel.

Un emplacement, d'où jaillissait une source abondante (1), leur avait été concédé par l'abbaye de Liessies.

Ces religieux se retiraient de préférence sur les cimes boisées des montagnes où dans les profondeurs des forêts, pour se livrer plus librement, loin du tumulte du monde, à la prière, à la méditation et au travail.

Une chétive cabane, dont le faîte branché de sapins était couronné d'un clocheton, surmonté d'une croix grossière, les abritait contre les intempéries des saisons et les attaques des animaux malfaisants.

C'était, tout au début, leur unique demeure, dont ils partagèrent la possession avec quelques néophytes (2) appelés à leur succéder.

Il est à présumer que la minime institution se mit bien vite à prospérer car, moins d'un demi-siècle plus tard, en 1473, les ermites possédaient déjà une chapelle et un chapelain.

La nomenclature des arrière fiefs (3) de la seigneurie cite, en effet, à, cette époque le « cappellain sainct hermin a li hermitage de moortsiel ».

N'ayant pas, comme les puissants monastères, des biens capables d'attirer la rapacité des malfaiteurs ou les exactions des belligérants, les ermites échappèrent souvent à leur fureur, se succédant dans ce domaine solitaire, témoin de leur pieuse existence.

D'autre part, les pauvres et humbles serviteurs de Dieu ne tardèrent pas à être connus des habitants du village et à faire sur eux une salutaire impression. Aussi s'efforçait-on de leur venir en aide et de leur fournir, charitablement, bien des choses nécessaires, ou, tout au moins, utiles à leur existence. Les comptes de la seigneurie, à diverses époques nous apprennent également la générosité de ses châtelains envers l'ermitage de saint Ermin.

Déjà vers la fin du quinzième siècle, le flanc méridional de la montagne était déboisé et diverses habitations et métairies s'éparpillaient pour cultiver les terrains défrichés.

Les religieux (4) jouissaient, en ce temps-là, d'une espèce d'enclos où ils récoltaient les légumes, le seigle, le sarrasin, l'épeautre, les fèves de marais et aussi les choux de colza dont les graines fournissaient l'huile, d'éclairage.

Dans la suite, ils établirent, sur la pente ensoleillée, des colonies d'abeilles et, au 18e siècle, une plantation de mûriers. Ces entreprises furent, maintes fois, saccagées par les vagabonds et surtout par les armées françaises de 1745 et rétablies encore durant le dernier séjour de la communauté à Moorsiel de 1747 à 1783.

Peu après 1830, le gouvernement belge, en quête de moyens pour stimuler l'industrie nationale, avait multiplié fortement les plantations de mûriers, mais il s'aperçut que la montagne de Moorsiel exposée aux courants d'air et aux brusques variations de température, était peu favorable à ce genre de culture. Il trouva, d'autre part, à Meslin-l'Evêque, un espace plus propice, semblait-il, et y fonda sa magnanerie (établissement pour l'élevage du ver à soie). Quelques années plus tard une succursale s'organisa à Forest-lez-Bruxelles où toute l'installation fut concentrée (5).

Il serait intéressant de faire l'histoire de cette curieuse tentative, aujourd'hui bien oubliée.

Afin d'être assurés d'une réserve abondante d'eau, non seulement pour la communauté St Ermin et les habitants, de la montagne beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui, mais encore pour les fossés du manoir (6) les ermites taillèrent dans une anse de prairie fangeuse au pied de la vieille fontaine, un profond réservoir.

À partir de ce moment on trouva toujours de quoi suffire à tous les besoins. Hommes et femmes, portant sur les épaules la primitive « canole » avec ses sceaux en balance, descendaient, à toutes les heures du jour, les degrés en pierres grossières ajustées par les religieux, pour venir puiser a pleins bord. Le surplus descendait sans discontinuer vers la plaine.

On retrouve encore les traces du vieux réservoir, mais les escaliers qui y menaient sont enlevés.

Au début du 17e siècle, après les longues tracasseries des calvinistes (7) dans le village au cours desquelles les ermites abandonnèrent, momentanément leur séjour, le comte Charles II d'Egmont (8) fit construire, avec l'autorisation de l'abbaye de Liessies, propriétaire de cet endroit une chapelle et un ermitage, en briques et pierres, destinés à remplacer les bâtiments délabrés de Moorsiel.

Le directeur de la communauté était, alors, un enfant da La Hamaide, issu d'une famille de cultivateurs, du nom de Haillez (9), en religion frère Josaphat.

Un siècle plus tard, Mg Fénelon, archevêque de Cambrai groupait en congrégation, tous les ermites de son diocèse. « Par mandement, daté de Cambrai, le 1er novembre 1713, cet éminent prélat, de leur consentement, déclarait les ériger en congrégation sous la protection de Notre Sr Jésus-Christ, de St. Jean-Baptiste, de St. Antoine, les vrais modèles de tous les solitaires (10). Nous enjoignons, ajoute-t-il, l'exacte observation des règles que nous donnons, conformes à celles qui sont prescrites aux ermites associez en congrégation dans les diocèses de Liège et de Namur voisins du nostre. »

Frère Augustin Deloinel fut chargé par le supérieur de l'ermitage de Wilhours, dont dépendait celui de La Hamaide, de réunir plus étroitement les religieux de Moorsiel, au nombre, alors, d'une huitaine (11) et de diriger la communauté dans la nouvelle voie tracée par l'autorité ecclésiastique. Cette époque ouvrit, à ces bons serviteurs de Dieu, une ère nouvelle de ferveur et d'existence toute surnaturelle.

Suivant la règle de leur institut, ils devaient être éducateurs. À ce titre (on peut le lire dans le testament de frère Augustin Deloinel directeur au début du 18e siècle) ils possédaient, à peu de distance de l'ermitage, une modeste habitation, le long du chemin encaissé, descendant vers le hameau de la Folie, sur le territoire d'Œudeghien.

On était alors à la triste période des guerres de « coalition » et de « succession » de Louis XIV et jusqu'au traité d'Utrecht de 1713 les troupes du roi-soleil, celles de l'Angleterre et de la Hollande commirent tous les méfaits dans notre région. Les religieuses établies dans le village, depuis quelques années, durent s'éloigner et l'éducation des enfants en souffrit beaucoup. C'est donc, faut-il croire, à cette époque de détresse que les frères de Moorsiel établirent une école au petit « ermitage de la Folie ».

En 1755, le frère Antoine Piteaux, directeur du couvent, renouvela, à l'exemple de son prédécesseur, le testament au sujet du séjour de la Folie qu'il avait acquis et qu'il possédait à titre personnel, pour le transmettre, à son tour, à son successeur.

Voici, transcrit exactement de l'original, la teneur de ce vieux manuscrit : (12)

« Pro Deo,

Par devant les mayeur et eschevins du village d'Œudeghien, soussignés, comparut le vénérable frère Antoine-Bernard Piteaux, hermite en l'hermitage de la follye, juridiction du village d'Œudeghien lequel prévenu des pieuses et fructueuses idées de la mort incertaine et voulant suivre les salutaires documens de son prédécesseur frère Augustin de L'Oinel, cède, donne et transporte sans révocation, comme vendant à perpétuité le susdit hermitage contenu en bâtiment et jardin tels qu'ils sont au frère Jean Corneille der Bauven aux conditions suivantes que le susdit transporteur et vendeur restera maître en nature d'usufructuaire que pour le dit frère der Bauven ici présent et acceptant sera obligé de lui servir et assister en tout et de tout ce que pourroit demander la vieillesse du dit frère Piteaux, outre ce, de payer annuellement une rente consistant en un chapon dûe au seigneur de Leuze, de plus de faire célébrer et décharger douze messes chantées pendant la première année d'après le décès du dit frère Antoine B. Piteaux, à commencer citôt après son trespas...

À tout quoi ils se sont respectivement obligés sur x x3 tournois de peine et ont signé en présence des susdits mayeur et eschevins dudit Œudeghien le 29 décembre mil-sept-cens et cinquante cinq.

Etoient signés avec une marque en forme d'une croix où il était écrit la marque du frère Antoine Piteaux, J. der Boven, J.-B. Jorion, Gilles Wallez, Matthias Fontaine, Philippe Degavre, François de Linée, Jean t' Bert et avec la marque en forme d'une croix de J.-B. du Quesne ».

On peut constater par cet écrit testamentaire que les ermites de Moorsiel n'étaient pas astreints au vœu solennel de pauvreté et, qu'en conséquence, ils restaient en droit de posséder un avoir personnel. Le supérieur de l'ermitage dispose donc à son gré de cet immeuble particulier servant d'école et il le lègue à un autre ermite moyennant certaines conditions. Nous verrons bientôt le dernier supérieur transmettre à son tour, ce tout petit héritage, à un vieil et fidèle ami, pour le soigner dans ses derniers temps et exécuter ses volontés à sa mort.

Hélas, de nouveaux jours de calamité pointaient encore sur la pieuse institution. On était arrivé en 1783. En montant sur le trône, le nouvel empereur Joseph II élaborait un vaste programme de réformes pour notre pays. L'élément religieux subissait l'attaque en premier lieu. Sept cents couvents tombaient par la force et leurs biens étaient confisqués et détruits.

L'ermitage de La Hamaide fut du nombre et ses hôtes s'éloignèrent à jamais de ce sommet sanctifié par leurs prières, leurs pénitences et leurs rudes travaux. Ils rentrèrent à la maison-mère à Ath, échappée, comme par miracle, aux rigueurs du monarque, philosophe.

Frère Alexandre Caudron, à la tête des religieux en ces jours de dévastations, n'abandonna pas ce milieu où il avait passé tant d'années à servir Dieu. Il obtint de Benoit Caudron (13), son frère en religion et par le sang, supérieur du grand établissement des ermites de Wilhours, la faveur sollicitée de terminer son pèlerinage ici-bas, sur la terre de Moorsiel. Il se réfugia donc dans le petit ermitage-école, au territoire d'Œudeghien, continuant à partager son temps entre les exercices de piété et l'éducation des enfants du voisinage.

Nous lisons à ce sujet dans les annonces faites au prône en l'église de La Hamaide, le premier dimanche de septembre 1786, ce qui suit :

« Frère Alexandre, l'hermite de Moorsiel, recommencera demain matin, à tenir escole, au hameau de la Folie ; on prie d'un chacun, autant que, possible, d'y envoyer leurs enfans ».

Cette annotation se voit annuellement à l'approche de l'hiver dans les semainiers paroissiaux, jusqu'aux jours de la révolution française. Elle est encore reprise de 1803 à 1825.

Une personne d'Œudeghien, la vénérable mère de l'abbé Spiridion Berte, née en 1814, m'a dit avoir été à l'école du frère Alexandre. Le bâtiment se composait de deux pièces, dont une, toute entourée de bancs était le local scolaire. En hiver, un grand feu de bois flambait dans l'âtre. La seconde place servait de chambre pour l'ermite. C'est là qu'il rendit son âme à Dieu Ce saint vieillard passa plus de soixante années de son existence sur Moorsiel. Sentant sa fin approcher, il fit, le 18 décembre J.823, son testament comme suit :

« Par devant Me Etienne B. Carion notaire royal en la résidence de la ville de Lessines... comparut, personnellement, le sieur Alexandre Caudron, lequel par ces présentes fait donation entre vifs pure, simple et irrévocable, en la meilleure manière que donation puisse valoir, au profit du sieur Jean-Baptiste Maréchal tisserand, demeurant à la Polie au dit Œudeghien à ce présent et acceptant :

1°) Une maison bâtie en terre et couverte de paille et quatre perches soixante dix aunes environ d'héritage ; les haies autour d'iceluy y appartenant, gisant an dit hameau de la Folie, tenant à Mathieu Ponchaut, à Benoit Derotteleur et Pierre Cantraine, le dit bien évalué à un revenu annuel compris impositions de huit florins des Pays-Bas.

2°) Et généralement tous les meubles existant dans la ditte maison, consistant en deux tables, six chaises, un pot de fer. une marmitte en cuivre, un banc, un groupe, un bois de lit, une paillasse, une couverture, un coffre, habillement et autres menus objets, le tout évalué à une somme de dix florins.

La présente donation est faite par le dit sieur Caudron au dit sieur Maréchal en égard à l'amitié qu'il lui porte et aux peines et soins que ce dernier prend pour lui et encore parce que telle est sa volonté ; à charge cependant sur le dit donataire de continuer. ses soins au dit donateur, de le loger et entretenir jusqu'à son décès et de faire alors ses funérailles comme il appartient.

       (signe). Alexandre Caudron, hermite.

André Jh Renest, propriétaire demeurant à La Hamaide.

Louis Ghislain, cultivateur demeurant à Œudeghien.

Etienne Carion, notaire à Lessines ».

Cet acte notarié du dernier survivant de nos ermites montre qu'ils ne s'étaient pas enrichis durant les quatre cents ans passés dans le village. Mais, s'ils sont restés, selon leur vocation, pauvres des biens de ce monde passager, par contre, quelle richesse abondante de mérites, amassés pour le ciel !

Le vénérable frère Alexandre, presque nonagénaire termina sa sainte existence en 1825. Sa dépouille mortelle fut ensevelie à Œudeghien.

L'emplacement occupé par les ermites à La Hamaide échut, à l'aurore du 19e siècle, à des personnes d'Œudeghien.

On vit alors les vestiges du vieil ermitage abandonné, disparaître petit à petit : Quiconque, dans, le voisinage, avait besoin, pour construire, soit d'un sommier ou de toute autre pièce de comble, soit d'une brouettée de pierres ou de briques... venait s'approvisionner parmi les débris accumulés sur Moorsiel.

Enfin, vers 1860, les terrains furent entièrement défrichés. Ce qui demeurait des matériaux et des fondements, prit le chemin d'Œudeghien et servit à empierrer les abords du populaire « moulin Tintin » disparu, malheureusement, lui aussi, en 1928.

Nous apprenons dans les archives de la fabrique d'église qu'à la demande du curé de La Hamaide, en 1862, Jean-Baptiste Dionkre, mayeur, fit transporter et inhumer au cimetière communal de nombreux ossements humains, retirés, à fleur de terre, des sépultures de Moorsiel.

Quelle était la provenance de ces lugubres vestiges ? Appartenaient-ils à des soldats, tombés au cours des différents combats, qui eurent la vieille montagne pour théâtre ? Ou bien, constituaient-ils, uniquement, les dépouilles des ermites ? L'une et l'autre hypothèses peuvent être admises.

Un cartulaire (14) de l'époque très troublée de la fin du 17e et du commencement du 18e siècles, nous laisse déchiffrer cette curieuse annotation :

« L'an 1675, le 27 du mois d'aoust, a été sépulturé dans le cimetière de Moorsiel, le corps de l'hermite Léon de Maulde, âgé de 57 ans, lequel après avoir esté féri de coups par ung soudard de l'armée hollandaise tenant quartier à la hamayde et ce dans le dessein de le dépouiller de sa besace de pains et aultres aumosnes, il trespassa, alors qu'il estoit délaissé sur le chemin sans secours aulcuns. Le sainct homme de Dieu a esté entouré jusqu'au lieu de sa sépulture par les charitables prières de tous les habitants du voisinage dans la désolation pour un si énorme crime.

Que Dieu ait son âme en paix !

                                     Louis. P. Paridans. chapellain à la hamayde ».

Si on feuilletait les vieux registres paroissiaux de la fin de l'ancien régime, on y trouverait, sûrement, bien des actes de décès d'ermites inhumés à Moorsiel. Ci-après, deux spécimens :
« L'an de grâce 1761 est décédé en l'hermitage de Moorsiel, Jean-Théophile Berte, âgé de 61 ans environ, qui après avoir esté hermitte à Mootrsiel dorant l'espace de 23 ans y a esté enterré.
..

                 Louis Jh Gérard, curé de La hamayde ».

« L'an de grâce 1768, le 6 du mois de may est décédé en l'hermitage de Moorsiel Jean-Baptiste Jorion, originaire de la ville d'Ath. Fervent religieux, fort prisé de ses frères en religion, son cadavre gist au dict mont de Moorsiel.

                           Jean-Jh Malréchauffé, curé de La hamayde ». (15)

Les murailles de la chapelle des ermites survécurent le plus longtemps, rappelant aux passants l'édifiante histoire de ce sommet boisé. Enfin, devenues sans nécessité et gênantes pour la culture, elles furent démolies jusque dans leurs fondements.

Cette construction, de forme rectangulaire, avait huit mètres de long sur six de large ; elle était pavée de carreaux rouges et couverte de planches et d'ardoises. Le chœur, sur une épaisseur de deux, mètres, au milieu de l'abside, faisait saillie, du côté de l'occident, tandis que le 'portail regardait le centre du village. D'après les données anciennes, confirmées par les pierres, recueillies dans les décombres, la nef était percée de trois petites fenêtres, de chaque côté et d'un œil de bœuf, au centre.

Nos concitoyens Auguste Pasté et Auguste Bertouille, nés tous les deux dans, les débuts du 19e siècle, l'un au pied et l'autre au sommet de Moorsiel, me montraient, (16) il y aura bientôt 30 ans, les dernières traces de l'ermitage saint Ermin, son orientation et ses dimensions. Plus loin la chapelle et l'emplacement des marches en pierres grossières conduisant au réservoir de te fontaine.

En face du lieu saint, s'étendait le cimetière entouré d'une haie tandis que, du côté de l'ouest, se remarquaient dans la feuillée le courtil et l'habitation des ermites. Cette dernière à l'époque de son abandon, en 1783, mesurait environ vingt mètres. Sa façade orientée vers le midi, présentait deux portes et trois larges mais très basses fenêtres, munies de volets. Elle était couverte de chaume. Toutes ces vieilles fondations occupaient le point culminant de la montagne.

Un nouvel oratoire, dédié à saint Ermin (16) s'éleva dans la seconde moitié du 19e siècle, non pas à l'emplacement de la construction d'antan, mais quelques pas plus loin, pour donner plus de commodités aux travaux champêtres.

Il fut de courte durée et remplacé, en 1884, par la chapelle actuelle. Nous la voyons se dresser sur une enclave retirée et revêche à toute culture, isolée à la merci des intempéries des saisons, comme quelqu'ancienne ruine à laquelle l'imagination prêterait volontiers une légende plus ou moins tragique. Mais ce qui reste, avant tout, de cet antique ermitage, est la tradition populaire redisant, aux générations qui passent, la vie d'abnégation et de dévouement de ces pieux cénobites des siècles écoulés.

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(1) C'est de cette source qu'il est question au  N° I : Mont de Moorsiel.
(2 ) Les ermites de Moorsiel vivaient en cénobites plutôt qu'en anachorètes.

(3)  
Archives de l'État à Mons. — La pairie de Silly par E. Matthieu.
(4)  
Arrière-fiefs de La Hamaide à Mons 1473.
(5) Extrait du rapport sur l'exposition de l'industrie belge en 1835, à la bibliothèque royale de Bruxelles.
(6 ) Chap. V. 5.

(7
) Chap. X. anno 1585.
(8)  Archives de l'État à Mons : comptes de la seigneurie de 1603.
(9) Ce frère ermite a fondé plusieurs obits à perpétuité en l'église de La Hamaide.

(
10) D'après le règlement des ermites de 1713, leur robe sera noire elle descendra jusqu'aux talons et sera serrée d'une ceinture de cuir. L'ermite portera aussi un capuce, un chapelet, un scapulaire et un manteau qui descendra jusqu'aux genoux... L'ermite sera libre, d'aller pieds nus, mais sera chaussé de bas et de souliers pour paraître dehors.
(11) Le testament des ermites de 1715 était signé par huit et celui de 1755 par neuf ermites.
(12) Les divers testaments des ermites de Moorsiel, au sujet de leur ermitage-école, se trouvaient dans les minutes des notaires Carion de Lessines au seuil du 19e siècle, ils sont maintenant passés aux archives de l'Etat à Mons. Le testament du frère Piteaux du 18e siècle est resté, jusqu'en ces derniers temps avec celui du dernier ermite de Moorsiel de 1883 dans la maison reconstruite à l'emplacement de l'ermitage de la Folie, c'est là que j'ai pu les examiner à la veille de la guerre de 1914.
(13) Dans l'histoire de Wilhours, il est écrit « Goddren ».
(14) Fonds de La Hamaide : Archives de Mons, 1676. — Registres paroissiaux
.
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15) Fonds de La Hamaide : Archives de Mons.
(
16) St. Ermin, prélat de Lobbes, mourut en 737, son corps est conservé et vénéré à Binche. Choisi, comme patron de l'ermitage de La Hamaide dès le 15e siècle, sa statue se trouvait dans la chapelle de Moorsiel, avec cette souscription latine, au vocatif : « Sancte Ermine, o. p. n. » que les pieux visiteurs traduisirent : sainte Ermine, priez pour nous. Et delà, après le départ des ermites, d'appeler la chapelle, non plus de saint Ermin, mais de sainte Ermine ! Dans l'édicule actuel, on voit une statue de femme et le vocable sainte Ermine.
Delà aussi, certains auteurs, entr'autres E. Matthieu, se basant sur ce fait erroné, nous parlent dans leurs écrits de sainte Ermine sur Moorsiel.
Dans un document, des archives du séminaire de Tournai, ayant trait à la décharge des messes de Moorsiel dans l'église de La Hamaide, à défaut, d'une « Sancta Ermina », on y voit mentionnée par erreur, une : « Cap.a Sanctoe « Ermelindis », vulgo de Moorsiel.
Il s'agit uniquement dans tout ceci de saint Ermin.

 

iii. Le « Bois de La Hamaide »

 Les cartes de l'état major français du 18e siècle nous l'indiquent sous la dénomination de « Bois de Lamède » (1)

Voyons, en ce vaste et antique plateau boisé, un sujet d'étude pleine d'intérêt (2).

Aux temps jadis, il formait l'extrémité méridionale de cette partie sylvestre du « Vieux Burban » remplie de fauves et de malandrins, qui partait du point d'intersection du Hainaut et de la Flandre, à l'emplacement du bois St Pierre à Ellezelles et se développait, au nord et à l'est, dans la direction de Flobecq ; au sud, vers Frasnes et St Sauveur, sur une étendue de plus de quinze kilomètres. Nos devanciers l'appelaient « forêt sans fin, ni miséricorde » vaste solitude colonisée au début de notre ère par de vieux légionnaires gaulois et romains mêlés aux aborigènes.

Ces hauteurs étaient le prolongement de la forêt charbonnière « sylva carbonaria » dans laquelle les romains fabriquaient, il y a des siècles, le charbon de bois.

Le chroniqueur Jacques de Guise, dans ses « Annales historiae principum Hannonioe », parlant de l'invasion des Normands de 881, dit, qu'à l'arrivée des barbares, les chrétiens (les hennuyers d'alors) se retirèrent dans la forêt charbonnière. Les envahisseurs y étant entrés, s'avancèrent jusque « buissenau » (aujourd'hui Buissenal). Ils campèrent dans les lieux voisins tels que : « grant fresnes » (Frasnes lez-Buissenal) et « li hameide » (La Hamaide).

Adossé aux « ardennes flamandes » le bois de La Hamaide a, comme elles, des coins exquis, pleins du passé, d'où, après chaque excursion, on revient enrichi, ayant contemplé un peu de beauté et revu les vestiges d'un autre temps, effleuré la trace, de vies humaines. Si la mort a tout détruit, de la poussière de la terre s'élève encore une voix, la voix des ruines.

Tout comme nos villes et nos bourgs, cet endroit boisé a ses chartes et ses archives :

En 1181, messire Gérard vend à l'abbaye d'Eename six bonniers de son « bos de le hamede ».

                                                                                                                                       (Cart. d'Eename).

Cette même abbaye d'Eename tient en sa possession la moitié du bois de La Hamaide en 1198 « .... tenet dimidiam silvam de Hamedia ».

                                                                                                                                       (Cart. d'Eename).

En 1259, Thierry, seigneur de La Hamaide, donne à l'abbaye de Cambron, à condition d'avoir en ses murs le lieu de sa sépulture, une partie « du bois » s'étendant sur le territoire d'Œudeghien.

                                             (Cart. de Cambron).

L'an 1276, le grand bailli du Hainaut passe un acte d'adhéritance au profit de l'abbaye de Liessies de « quatre bonniers de bois gisant a le hamaide ».

                                                                                                                                       (Cart. de Liessies)
Le 24 février 1285, Godefroid, comte Vianden, remet quittance à l'abbaye de Cambron de deux cent quinze livres tournois, qui lui étaient dues pour la vente de plusieurs bonniers « de bois » situés à La Hamaide « ... donné à li incarnation, nostre signeur M. CC. IIIxx et V. li nuit die le grant quesremme ».

                                                                                                                                       (Cart. de Cambron).
Le « conseil des finances », du 16 mai 1631, nous laisse l'attestation que les récollets du couvent d'Ath, recevaient, chaque année en aumône, du comte d'Egmont leur provision de bois « au bois de la Hamaide ».

                                                                                                                                       (Archives gén. du royaume, liasse 36, Brux.).

Un terrier de la baronnie de 1654 dresse le procès verbal de mesurage d'une partie « du bois de la Hamaide ».

                                                       (Fonds de La Hamaide, Mons).

L'année suivante, par suite du décès du comte Louis d'Egmont, on relève, plusieurs actes de translation, concernant « ce même bois ».

                                                                                                                                                            (Idem).

En 1726, les abbayes de Cambron et de Liessies autorisent les pauvres « par pur amour de charité » à prendre du bois et des herbages dans leur partie du « bois de La hamayde ».

                                                                            (Cart. de l'abbaye de Cambron)

Une ordonnance datée de son palais de Paris, du 27 février 1730, émanant de Procope-Marie Pignatelli-d'Egmont, seigneur de La hamayde fait défense aux manants de laisser, à l'avenir, pénétrer les bestiaux dams « les bois de la baronnie ».

                                                                                                                                        (Idem).

En un document intitulé : « Compte de La hamayde » de 1739, figure ce poste qui a rapport « aux venditions d'harbres sur le bois de La hamayde et dans le cabare et par les sergents, comme aussi pour faire le marteau aux armes du prince pour marquer les harbres » (Fonds de La Hamaide. Mons : comptes de 1739).

                                                                                                          (Idem).

Au déclin du 18e siècle, ce bois devint la propriété du baron Lefebvre de Tournai. Il passa aux mains de Mr Buffin qui le vendit au baron Grenier de Gand. Celui-ci le céda à Mr le député Boval et, à sa mort en 1914, il échut à Mr le notaire Loix de Frasnes lez-Buissenal, le propriétaire actuel.

Ce domaine est situé, pour une assez grande partie, sur le territoire de La Hamaide et le restant sur ceux de Buissenal, Œudeghien, Frasnes.

Des sondages opérés auraient fait découvrir, sous ce terrain forestier, des veines de charbon.

C'est dans ces mêmes derniers vestiges de nos forêts historiques que, depuis trois quarts de siècle, on a fait ces très intéressantes trouvailles archéologiques qui nous amènent à connaître les habitants primitifs de notre localité.

Comme preuves certaines de leur existence, nous avons longuement décrit au chapitre deuxième de ce livre, l'emplacement et les nombreux et indéniables restes de leurs travaux, de leurs habitations et de leurs sépultures.

« Plusieurs historiens, argumentant de l'aspect physique de notre région au moyen-âge, que les chroniqueurs, les légendaires et les chartes du VIIe et VIIIe siècles, nous représentent comme une contrée couverte de vastes forêts, inculte et désolée, ont conclu qu'il devait en être de même dans les siècles antérieurs et notamment à l'époque gallo-romaine. Cette conséquence trop rigoureusement appliquée peut entraîner de graves erreurs historiques » (3). Notre territoire en donne un exemple : Ce sont précisément ces lieux boisés au moyen-âge qui fournissent des preuves « d'habitation » dans les premiers siècles de notre ère. Or, qu'en résulte-t-il réellement ? Que l'état physique de notre région a subi de notables modifications à la suite de bouleversements que l'histoire ne fait qu'indiquer. Les populations de nos parages ayant été anéanties, dispersées ou menées en esclavage, des bois nouveaux se seront insensiblement élevés, sur les ruines de leurs demeures, auront envahis les champs qu'elles cultivaient, les lieux sacrés où elles déposaient leurs monts, de telle sorte que quelques siècles auront suffi à cette végétation nouvelle pour, cacher les traces de leur existence et empêcher bien des souvenirs d'être transmis jusqu'à nous.

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(1) Cartes militaires du comte de Ferraris : 1777.
(2) Chap. I. 2.

(3) Annales du Touring-club, 1911.
 

 Du haut de cette colline sablonneuse promenons un reste d'adieu sur le pittoresque paysage qui se déploie en un vaste panorama.

Si dans une vision, il était donné au touriste de revivre l'histoire du sol qu'il foule n'entendrait-il pas résonner, le pas lourd des troupes en marche martelant ces défilés, carrefour des grandes voies stratégiques ? Du plus lointain passé monterait vers lui la voix des civilisations qui se succédèrent dans ce cadre, aujourd'hui si paisible. Et la butte encadrée de fossés n'évoque-t-elle pas là-bas, avec l'antique manoir, la longue théorie des maîtres de céans ? Dans un émouvant défilé, ne voyez-vous pas les seigneurs bardés de fer, les barons, les comtes, parcourir ce large espace, pour affirmer leurs droits de suzeraineté ?.

Au versant de la côte nous accueille un air plus doux, et parfumé. Voici à nos côtés le sentier sinueux, bordé d'airelles et de halliers qui nous fait déboucher au cœur même de la dépression évasée du « Rossignol ».

Sous le dôme épais des pins balsamiques et des hauts mélèzes la vie palpite jusque dans les recoins les plus obscurs.

Et cette chanson que murmurent les grands arbres, n'emprunte-t-elle pas, à certaines heures, les plaintives résonances d'un temps mystérieux qui n'est plus ?

C'était un soir d'octobre, à l'heure indécise où une brume sombre annonce la nuit proche. Promeneur attardé, je longeais la forêt. Toute la nature semblait se recueillir au seuil d'un monde invisible. Dans l'impressionnante solitude, où le sortilège flotte sur les bruyères, je ne pouvais m'empêcher de frissonner en repassant dans mon imagination les quelques lignes tracées, il y a 25 ans, par l'ardent archéologue A. Boterdaele, au sujet de cet endroit historique : « Comme pour l'ancienne forêt St Pierre à Ellezelles, la tradition locale rapporte que certaine place de l'antique bois de La Hamaide était, la nuit, le théâtre de sabbats nocturnes : tantôt la procession des spectres, une autre fois on apercevait des formes blanches traverser en silence l'immense clairière, ou bien, dans les coins du bois où venait mourir la clairière, des yeux brillants restaient fixés sur vous dans d'épaisses ténèbres. C'étaient, disait-on, les mânes des vieux légionnaires Gaulois et Romains dont les cendres gisent en ces lieux ».

                    15 août 1933.

 

Abbé Ls. MEUNIER

 

 

merci à  Claude FORMAL

 A.H & Ph.D 13 avril 2007