MONOGRAPHIE HISTORIQUE

de

b la Hamaide a

par l'abbé MEUNIER

 

b PRÉFACE a

Mon cher Monsieur le Curé,

Vous m'avez demandé quelques mots de préface. J'aurais souhaité qu'une voix plus autorisée et plus habile célèbre dignement l'intérêt de votre œuvre. Je ne puis refuser de dire de mon mieux toute la reconnaissance qui vous est dûe.

On l'a souvent répété : notre éducation historique et patriotique, à nous qui étions sur les bancs du collège il y a quelque quarante ans, a été bien mal comprise et bien mal dirigée. Quelle petite place de parent pauvre notre patrie obtenait à la table de l'histoire ! Moins encore que parent : notre enseignement, et tout ce que nous pensions et sentions de notre passé, devait aboutir à l'inepte raccourci de notre chant national : après des siècles d'esclavage. Nos pères n'existaient, ne vivaient, ne pensaient, ne jouissaient que ce que voulaient bien leur laisser les dominations étrangères. Nous faisions figure d'affranchis et nous avions presque honte de notre histoire d'esclaves, foulés par les seigneurs du moyen âge, pressés et torturés par les « despotes » bourguignons et leurs successeurs !!

Il y a progrès. Des monographies comme la vôtre ne peuvent qu'y contribuer et je souhaite que votre oeuvre suscite l'intérêt qu'elle mérite. Avant tout, chez vos paroissiens : tous, grands et petits apprendront que depuis des siècles dans leur petite patrie de La Hamaide, où eux-mêmes travaillent et peinent, d'autres qui leur tiennent de près, y ont vécu comme eux, ont habité leur maison, cultivé leur sol, parcouru leurs chemins, travaillé et peiné pour eux. Ils retrouveront partout les traces d'une vie religieuse, morale, politique et sociale qu'ils ne pourront s'empêcher d'admirer et d'aimer.

Et vous aurez ainsi contribué à réveiller les traditions,  les belles et bonnes traditions de vie religieuse et morale, à renouer le lien avec le passé qui fait la force et la grandeur des patries, des petites comme des grandes.

Mais vous en avez fait plus, car votre oeuvre déborde les limites de la commune dont vous ravivez l'histoire. Vous montrez très bien la part appréciable qu'elle eut dans la vie de la Belgique. Vous rappelez comment, comme son nom l'indique, elle fut une « barrière » dès les premiers temps de la féodalité. Vous racontez les fastes des familles des de La Hamaide et d'Egmont qui ont joué un rôle si important chez nous. Vos vivantes descriptions de la vie religieuse, communale, sociale auront de l'écho ailleurs que chez vous.

Bref, par votre minutieux travail, par votre exposé qui n'a rien de l'aridité d'une oeuvre de simple érudition, vous avez bien mérité de vos paroissiens et de tous ceux qu'intéresse l'histoire de notre pays.

Puissiez-vous rencontrer le succès qui vous est dû.

Em. DERUME      

Docteur en philosophie et lettres

doyen de frasnes         

 

 

SOMMAIRE

² Première partie ²
LE VILLAGE
CHAPITRE I.
Géographie physique
1. Topographie
2. Orographie — Hydrographie
3. Étymologie
CHAPITRE II.
Groupement humain

1. Origines
2. Population à diverses époques
3. Structure économique — Folklore

 
²
Deuxième partie ²
La seigneurie
CHAPITRE III.
Habitation seigneuriale
CHAPITRE IV.
Juridictions — Cours féodales
CHAPITRE V.
Seigneurs
1. « Les Grands » de La Hamaide
        — Armoiries
        — Fiefs nommés La Hamaide
2. Les de Luxembourg
3. Les Comtes d'Egmont
4. Lamoral I d'Egmont
5. Charles II d'Egmont et son fils Louis
6. Derniers Comtes d'Egmont
CHAPITRE Vi.
Baronnie de La Hamaide


² Troisième partie ²
La commune
CHAPITRE VII. Le «  magistrat » jusque 1793
CHAPITRE VIIi.
La vie communale
1. Fiscalité sous l'Ancien Régime
2. Table des pauvres
3. Institutions scolaires
 CHAPITRE Ix.
La Hamaide à partir de 1794
 CHAPITRE x.
Faits de guerre  et autres événements


² Quatrième partie ²
La paroisse
CHAPITRE xi.
1. L'Église
        — Ancienne
        — Nouvelle
                             2. Pierres tombales
CHAPITRE xIi.
Patronat et dimes ecclésiastiques
CHAPITRE xiIi.
Chapelle castrale et autres bénéfices religieux
CHAPITRE xiv.
Le personnel paroissial
CHAPITRE xv.
Les dévotions particulières
1. Confréries


² Cinquième partie ²
aPpENDiCes

I. Le mont de Moorsiel
II. L'ermitage de Saint Ermin
III.
Le « Bois de La Hamaide »

 

 

Principales sources utilisées

I  1° Archives paroissiales et communales de La Hamaide.
   2° Archives des familles : de la Hamaide, de Luxembourg, d'Egmont.
   3° Archives : du Royaume à Bruxelles, de la ville de Tournai, départementales de Lille.
   4° Archives de l'État à Mons, fonds divers : Cours féodales de La Hamaide, de Silly, de Rebaix, de Chièvres ; États de Tournay-Tournésis ; États de Hainaut ; Conseil souverain de Hainaut ; Offices de Justice ; villes et villages ; Abbayes de St Ghislain, de Liessies, de Cambron ; Seigneuries de Wannebecq, de Mainvault, de la Hamaide.
   5° Archives de l'État à Gand : cours féodales de Gand, de Renaix, de Sottegem, d'Eename.
   6° Chapitres de Condé (Lille), de Renaix (Gand) ; du Burban et établissement de Wilhours (Ath).
II 1° Mirœus : opéra diplomatica 1723-1748.
   2° Léopold Devillers : Cartulaire des rentes du comté de Hainaut 1873.
   3° Vinchant : Vieilles annales ; M. Gachard : Analectes Belgiques ; Chanoine Broustin, curé de Mainvault au 16e siècle : Diverses notes régionales.
   4° Fourdin : La guerre des paysans dans le district d'Ath.
   5° Charles Duvivier, Recherches sur le Hainaut ancien, 1865.
   6° D'Hozier, comte du Chastel de la Howardrie, Auguste Vincent,... : œuvres étymologiques, généalogiques.
   7° Laforêt et Demarteau : Études historiques.
   8° Chanoine Vos : Les paroisses et les curés du diocèse actuel de Tournai.

 

² Première partie ²

 

LE VILLAGE

  CHAPITRE I. Géographie physique

1. Topographie

Le village de La Hamaide est situé à l'extrémité septentrionale de la province du Hainaut à 8 Kilom. N. E. de Frasnes-lez-Buissenal, à 8 Kilom. S. 0. de Lessines, à 9 Kilom. N. 0. d'Ath et à 28 Kilom. N. E. de Tournay. En vedette sur un plateau elliptique, dont le grand axe mesure plus d'une lieue, il domine la rive gauche de la Dendre.

D'une superficie de plus de 800 hectares, son sol, aux frontières de la basse et moyenne Belgique, est compris dans la zone limoneuse, favorable à la culture et à l'élevage. Il est formé d'une couche épaisse de bonne terre végétale reposant sur un fond compact d'argile (limon argilo-calcaire), que l'on rencontre généralement à une profondeur de soixante centimètres. A l'exception des parties montagneuses il est d'une richesse éprouvée

Le morcellement des terrains est aussi considérable que dans les Flandres. La surface du village, très accidentée, est coupée, en toute sa longueur, (1) par des collines aux nombreux escarpements, s'exhaussant du côté de Frasnes et d'Ellezelles en un terrain sablonneux presque entièrement boisé.

La partie méridionale, sur les rives très sinueuses du Gard et, plus à l'est, dans les anciennes prairies de Billemont et du hameau de la Warte, accuse une forte dépression. Au centre, la hauteur dépasse la moyenne.

Après avoir légèrement fléchi aux hameaux de l'Arlochoir et de la Chaussée, elle se redresse, au nord, sur toute la longue et majestueuse plaine de Ronsart. Enfin, du côté d'Escaubecq, une nouvelle étendue de terres cultivées se développe en un magnifique horizon, formant une croupe de verdure entre les communes de Wodecq et d'Œudeghien.

 

2. Orographie — Hydrographie

Orographie. — L'antique « bois de La Hamaide » fait partie des collines tertiaires du Brabant qui courent, depuis les environs de Louvain et de Bruxelles, jusqu'à la rencontre de l'Escaut. Il marque aussi l'arête de partage des bassins de l'Escaut et de la Dendre et détermine le caractère orographique de la région.

C'est en cet endroit que se trouve le point le plus élevé du village et de la région voisine de la Flandre. Orienté de l'est à l'ouest, la base de cette élévation, à vingt mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que le sommet atteint l'altitude moyenne de 147 mètres.

Hydrographie.De ces hauteurs boisées et du mont de Moorsiel, qui leur est contigu, surgissent les multiples sources formant les trois cours d'eau principaux : le Gard, la Blanche et le Ronsart. Ils répandent leurs eaux par tout notre territoire. Le premier, « le Gard », serpente longuement dans les prairies basses, qui nous séparent  d'Œudeghien, traverse le centre de cette commune et gagne le territoire d'Ostiches, au hameau de Gomment. Il prend alors la dénomination de « Trimpont » et va, après un tortueux parcours, se déverser dans la Dendre canalisée à Papignies.

La « Blanche » formait, jadis, le bassin de l'ermitage de Saint Ermin à la lisière de Moorsiel et subvenait aux besoins de la population agricole de la contrée. Cette source contribuait en outre à alimenter largement l'étang et les fossés qui contournaient le manoir féodal.

Le « Ronsart », du nom du lieu où il coule de premier abord, amenait, en masse, les eaux nécessaires à l'entretien des viviers et des canardières du creux de la « Roquette » et, surtout, du biez de l'important tordoir seigneurial.

Il longe, aujourd'hui encore, le territoire du village, vers l'est, et joint son courant à celui de la « Blanche » au centre de Wodecq, pour former l'« Angre » et s'acheminer vers Lessines.

Ces cours d'eau intarissables, avec leurs multiples ramifications, viennent en aide aux régionaux, principalement durant les périodes de sécheresse, quand les réserves des citernes et des puits font défaut.

 

3. Étymologie

Le nom de la localité revêt, dans les archives, de nombreuses et singulières variantes. Insérées simplement par ordre chronologique, l'occasion nous sera fournie, au cours de cette monographie, de les rencontrer aux sources mêmes d'où elles émanent.

hamedia, en 1094 et 1129 — vicus a le hamede, en 1120 — li hamaide, en 1124 — le hamaide, en 1127 — hamedium, en 1161 — hamaide, en 1161 et 1186 — le hamede, en 1228.

Plus tard, à l'apparition des majuscules et du y ou double i : Hameidla Hamede — La hamaideLametLamède, La Hamayde, Lahamaide, La Hamaide.

Bien des recensements, au sujet de l'orthographe officielle des noms de nos communes, ont eu lieu depuis un siècle. Celui suivi en 1930 indiquait « La Hamaide », en deux mots et deux majuscules. Cette année on écrit de nouveau « Lahamaide » : en un mot. Et sur quoi se base-t-on ? « Ce dernier mode serait plus pratique plus facile à écrire... !! » Admettons le, mais y a-t-il une raison suffisante pour reproduire « fautivement » l'antique orthographe de notre commune ?

Des célébrités historiques du siècle dernier, telles Laforêt et Demarteau, ont donné en conclusion de leurs recherches sur ce point « La Hamaide » comme l'orthographe « vraiment historique et la plus rationnelle ». C'est au même résultat qu'en arrivent tous ceux qui ont bien voulu s'occuper sérieusement de la chose. Aussi, la structure de « La Hamaide » en deux mots, et deux majuscules, reste la plus usuelle.

Qu'on veuille bien le remarquer, la question du sens de « hamaide » n'est pas une question d'avis, d'opinion personnelle, comme d'aucuns, s'imaginent : ce mot est employé « comme nom commun » dans maints textes du moyen âge et, après tout, n'a-t-il pas été appliqué, autrefois, non seulement à un simple village, mais à une région du Hainaut ?

Chotin, l'étymologiste tournaisien, se basant sur la prononciation négligente de certaines gens de l'endroit,  est  porté à croire que « hamaide » serait le mot primitif « Lama » écrit-il, dans ses « Etudes étymologiques du Hainaut », signifie en latin, fondrière, une flaque d'eau dans les marécages et « lamina » son diminutif, indique, en bas latin, un lieu où croissent les roseaux, qu'on disait en roman « lames ». De « lama » serait donc venu le collectif « lamentum » et de « lames » lamaide.

On voit, ajoute-t-il encore, que « hamedium » est une forme vicieuse de « lametum », et « la hamaide », « Lahamaide » une forme vicieuse de Lamaide, mot autrefois en usage avec la signification de cannaïe,  roselière.

Ainsi raisonne Chotin ; mais il est impassible d'admettre ses explications étant donné que notre village n'est nullement blotti dans les roseaux et les marécages ; il domine, au contraire, par son altitude élevée, toute la région. Son nom lui serait-il venu, par hasard, des quelques prairies basses qui le séparent des autres localités ? Personne ne l'admettra.

Contrairement à ces longues données qui aboutiraient à écrire Lahamaide en un mot, comme dérivant de lamaide : fondrière, il nous est offert bien des sources où nous pouvons puiser la véritable étymologie de ce nominal :

En 1er lieu, le « Dictionnaire historique de l'ancien langage françois » ; (2) puis, celui de « l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle » (3). Là nous lisons hamede, hamaide, hamède avec la signification de : barre, barrière, obstacle.

L'« Annuaire de la noblesse de Belgique » parle dans le même sens : « Ce mot provient du Bas-Allemand de hamey ou hameyde qui signifie : barre, traverse, barrière. (4) En voici un témoignage : 1292, 31 oct... La commune de Lille quitte l'abbaye de la Marquette de cancie et de hamedes et de tout leur harmes qui par le ditte ville de lille passera soient kar ou karête u aultre voiture que le kele soit « ne doibvent jamais a nul riens demander a le ditte abele de caucie et de hamede ». (5)    

Ou pourrait apporter d'autres citations, mais celle-ci suffit pour prouver qu'une barrière et tout autre genre d'entrave mis à la libre  circulation d'un passage, ou de l'accès d'un lieu, était qualifiée « hamaide »,

D'après P. Lespinoy : (6) « Le hamede ou la hamede est une espèce de closture champêtre de laquelle on se sert pour fermer l'entrée des vergers, des hameaux etc... Il y a une très antique et noble famille de ce nom au païs de haynault... portant comme terme de blason : d'or à trois hamaides de gueulles ». (7)

On peut donc tout naturellement conjecturer que La Hamaide doit son nom à sa situation : celle-ci n'éveille, tout d'abord, qu'un détail purement local mais s'amplifiant bientôt de l'idée d'un poste guerrier. L'histoire confirme pleinement, nous allons le voir, cette assertion.

Dès 883, ce lieu escarpé, limitrophe de la forêt (8) charbonnière, est le théâtre des luttes acharnées contre les normands envahisseurs de notre pays. Laissons venir les longues périodes troublées entre la Flandre et notre province et, vers le milieu du treizième siècle, les désaccords et les nouveaux combats quasi, interminables avec les Dampierre. Eh bien alors, durant deux siècles, précisément à cause de cette position stratégique, les châtelains de La Hamaide assument, par ordre du comte de Hainaut (9) en ce point de jonction avec la Flandre, le rôle de défenseurs des frontières du comté !

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(1) Territoire très allongé et étroit, suivant une direction générale O.E.
(2)   Tome VII, Niort-Paris,  1880, p. 13. (La curne de Sainte Palaye).
(3)  Tome  IV, Paris, 1885p. 407. (Godefroy).
(4)  Detilleul : Douai   et  Lille, 1850,  p. 138.
(5)  Fonds de l'abbaye de la Marquette, Arch. dép. du Nord à Lille (année 1284).
(6) « Recherches des antiquitez et noblesse de Flandre : 1631. »
(7) Chap. V : Armoiries.
(8) Chap. III, IV et X.
(9) Voir les décisions prises à Mons à ce sujet, lors des plaids de 1432 à S
te Waudru : Chap. III.

 

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Lieux-dits : Bien des noms topographiques restent encore énigmatiques. Retrouver les formes anciennes des dénominations de coutures, champs, cours d'eau, routes etc... leur signification originaire empruntée à des circonstances typiques, propres à chacun d'eux, serait œuvre de linguiste plus que d'historien. Ces appellations sont, d'ailleurs, souvent mal interprétées. Les voici telles que nous les avons retrouvées avec la signification qui s'applique à la localité.

Primitivement le village était découpé en « coustures », portions de terrains cultivés, subdivisées elles-mêmes en un nombre considérable de fiefs, champs, vinages, courtils... On peut le constater dans les cartulaires de la dîme, dans les anciens chirographes du greffe scabinal et, surtout, dans les plans du village aux 18e et 19e siècles.

De 1370 à 1600, La Hamaide comprenait une douzaine de grandes coutures : du Bois, de la Folie, de Ronsart, de Frimbuis, de Cambron, de la Roquette, de Commont, de l'Estrée, du Baudrion, de l'Enhour, d'Escaubecq, de Rome.

Elles prirent, dans la suite, le nom de « champ » et d'aucunes, celui de « hameau » appellation plus moderne qui désigne une partie du village, souvent éloignée du centre.

Les fiefs étaient des « héritages » que le châtelain concédait à ses vassaux à charge de foi et hommage. Les nobles seuls, tout d'abord, étaient vassaux ; ils recelaient les fiefs d'un grand Seigneur ou d'un Roi. C'était le cas pour nos châtelains qui, à leur, tour, gratifièrent de la sorte certains de leurs sujets.

D'après les patientes recherches (1) de notre vieil ami Ernest Matthieu, La Hamaide comprenait quatre vingt trois fiefs situés dans la seigneurie et en dehors.

On retrouve dans la commune les noms d'anciens fiefs : le fief de la Cambre 1473, au champ, de Commont, le fïef de Goumanpont sur les terrires de La Hamaide et d'Ostiches, le fief Ladrière à Ronsart, le fief sar au champ de Rome, le fief Balot, au champ d'Escaubecq, le fief François Notté au champ de Ronsart, le fief Baudrenghien (2) au champ de l'Estrée, (Ancien fief de le Cambre).

Viennent alors aussi ; après le moyen âge jusqu'au 18e siècle, « les champs du Coulbier, du Gard, des Hugeniaux, des Sarts, des Quesniaux, a leplancq a le ramée, de Nespelier, de Haudrimont, du Platsoir, de Maigne, du Cornet, de l'Alouette, de Joncquière, des Arbrechaux, de l'Enhour, pretz à baillons, pretz des moines, pretz des Battis, pasture de Braine, bas pretz, pasture grand'mère, champ du Sacrement (Warte), champ de la tannerie (Rome), aulnois Chons, champ de l'Abbé, champ de l'Escailterie, champ de la garenne etc...

 Commont. — On désignait, primitivement, sous le nom de « commons » ou « kémons » les pâturages (pascuae), appartenant au seigneur du lieu et dont les « manants » (c. à d. les hommes libres, attachés à la terre qu'ils devaient cultiver) avaient l'usage moyennant une certaine redevance en nature et, plus tard, en argent, (3) proportionnée à la superficie etc... (Chaque année, au printemps, devant la mairie, le greffier de la baronnie, en présence du mayeur, réglait publiquement les clauses de la location et chacun des intéressés pouvait y conduire son bétail. Cette coutume dura jusqu'à la fin de l'ancien régime.

D'après le plan parcellaire de 1740, ces prairies se trouvaient situées au bas du mont de Moorsiel, vers les hameaux de Ronsart et de Rome. Une autre partie occupait les bas-fonds de Billemont et s'avançait jusqu'au Trimpont sur le territoire du village d'Ostiches. On appelle et on orthographie aujourd'hui « Commont » le hameau surélevé bordant, au midi, ces dernières vastes prairies.

 Courtil. — Dans le principe, au dire de Tacite, les Celtes vivaient isolément, mais l'accroissement de la population rapprocha les habitants d'une même région et donna naissance aux premiers groupes de cabanes, chacune entourée d'un enclos qu'ils appelaient cors, cohors, cortil, d'où est venu le nom de « courtil » : une habitation avec jardin ou une petite ferme. Ce terme « courtil » ou « closure » était autrefois fort répandu dans nos campagnes ;

—  Aulnois : lieu planté d'aulnes. Aulnois Windar, Chon, de Commont etc... parce qu'autrefois ces endroits étaient couverts d'aulnes.

—  Berceaux. — Bon nombre de localités avaient leur société (4) de « tirs à l'arc », également dénommés « tirs aux berceaux ». Ces divertissements étaient fort en honneur déjà au moyen-âge. L'endroit, où ils se faisaient, portait aussi le nom de « berceaux ». À La Hamaide « les berceaux » étaient situés auprès du parc, au pied du pavillon de chasse seigneurial. sur le point le plus élevé du centre du village.

—  Garenne, Gard. Garenna, warenna, en bas latin signifie le lieu où l'on garde, comme réserve,  toutes espèces de gibier. Cet enclos, où les châtelains élevaient et conservaient le gibier, se trouvait dans le parc à l'extrémité du chemin appelé, aujourd'hui encore « de la garenne ».

—  Ramée : rameïa, en raison des nombreuses pousses d'arbres qui parsemaient cet endroit. Il y avait la basse et la haute ramée, sur le versant nord-est du mont de Moorsiel.

—  Rome (hameau de) au flanc méridional de la colline, où un général romain avait, à 200 mètres de la chaussée, établi son camp.

—  Roquette : endroit pierreux.

—  Coulbier : (champs et cense du) colombier.

—  L'Estrée : Stralum = route : hameau traversé par une grand'route.

 Moorsiel (mont de) voir : appendice I.

 Quesniaux : kenia, kéniau, quéniau en roman signifient petits chênes ou chênes nains. C'est donc un groupe de petits chênes isolés dans la plaine ou bordant un chemin.

 Sarts (champs des) : Sartare en bas latin signifie défricher. Sartum : le lieu dont on a arraché les broussailles
pour le mettre en culture.

 Warte (hameau de la) : warda, en tudesque waerd, d'où notre roman : warde = garde ; l'endroit où habite un garde.

—  Cornet (hameau du) = où se trouvait une sentinelle qui avertissait d'un coup de « cornet » : de trompe, l'arrivée d'un équipage au château.

—  Maigne : diminutif de Madeleine. (Ch. II, 3).

—  Pucemaigne : Puits de la Madeleine, (ibid.).

Puteus magnus : la ferme de Pucemaigne : où se trouvait le grand puits.

—  Ronsart : lieu déboisé en rond, au pied du mont.

—  Frimbuis ou « frimbois » : bois de frênes.

Chemin royal. — Carrière signifiait chemin de charroi, plus large que les sentiers, mais plus petit que la voie et que les chemins royaux. On croit que ce chemin royal du hameau de Cambron est qualifié de la sorte parce que Charles Quint y passait régulièrement en allant d'Audenarde au château des Mottes à Frasnes et à Tournay.

Vivier de Ronsart. — Outre l'étang poissonneux voisin du château, il existait aussi le vivier de Ronsart, maintes fois mentionné dans les archives, et situé entre les hameaux de la Roquette et de Ronsart. Il étendait sa nappe d'eau sur une superficie de plus de trois journels, jusqu'à l'écluse du tordoir. Aujourd'hui, après d'énormes travaux accomplis (5) par la province, la route d'Ellezelles à Ath coupe par le milieu ce lac d'autan et il ne reste plus, au centre des prairies actuelles, que le cours du Ronsart.

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(1) La pairie de Silly par E. Matthieu. — Chap. IV.
(2)   Chap. VI.
(3)  Les censiers : qui payaient le cens.
(4)  Chap. XV. 1.
(5)  Chap. II. 3.

 

CHAPITRE II. Groupement humain

1. Origines

Longtemps avant l'ère chrétienne des populations ont habité notre territoire. D'où venaient-elles ? À quelles races appartenaient elles ? Aucun livre n'en parle ; aucune chronique n'a conservé leur souvenir ; pendant de longs siècles on ne s'est même pas douté de leur existence.

Mais, aujourd'hui, des preuves multiples nous montrent La Hamaide peuplé bien avant que son nom figurât dans les documents d'archives. Le bois et ses tenants abondent en souvenirs tant toponymiques que matériels de la pré-histoire.

À notre connaissance, les premières découvertes archéologiques, en ces lieux, (1) datent de 1804. Dans le long ravin qui relia le bois de Martimont à celui de La Hamaide, un groupe d'archéologues (2) montois découvrit un dépôt d'objets précieux, remontant à la période celtique et composé d'une cinquantaine de monnaies d'or gauloises et de deux magnifiques colliers également en or d'un chef  gaulois.

Les connaisseurs font remonter ces trouvailles à l'an 80 avant Jésus-Christ, preuve que l'emplacement de notre village était habité à l'âge du fer, il y a plus de deux mille ans.

En 1865, quelques archéologues, conduits par G. Foilliez de Mons, mirent au jour, sur les flancs alors boisés du mont de Moorsiel, des pièces de billon enfermées dans une petite « olla » de terre grise et des médailles de Domitien, Trajan etc.. en grand et moyen bronze. Durant l'été suivant ils découvrirent encore, en cet endroit, six plateaux de terre rouge belgo-romains. Deux portent le nom du potier Calus. (3)

Lors d'une accalmie durant la grande guerre (juillet 1917), au cours d'une exploration sur les remblais sablonneux du chemin escarpé reliant la route provinciale de Frasnes au centre de Moorsiel, nous avons trouvé à moins de cent mètres d'intervalle, deux haches gauloises, parfaitement intactes. D'autre part, le secrétaire communal possède une pièce semblable bien conservée et plusieurs autres fort détruites, le tout provenant de œ même endroit. Une surtout, en marbre, est très intéressante pour l'archéologie. Nouvelle preuve du séjour des gaulois.

Mais les fouilles patientes et méthodiques entreprises sous la direction de A. Boterdaele et dont nous allons parler, permettent de constater pleinement la richesse de La Hamaide, au point de vue de l'archéologie et de l'histoire de notre contrée.

Ce savant gantois avait, durant plusieurs étés, déjà, exploré, avec succès, la crête des monts boisés qui s'allonge de Grammont par Renaix, St Sauveur, Flobecq, Ellezelles, Frasnes (4) et Buissenal jusqu'au point terminus de La Hamaide.

« Nous nous étions maintes fois demandé, écrit le distingué archéologue, si cette colline de La Hamaide, devant se trouver dans d'excellentes conditions d'habitat, n'aurait pas été occupée, elle aussi, par certaines peuplades primitives, qui auraient pu y abandonner des témoins de leur passage. Ce d'autant plus, que ses sommets n'ont guère été remués depuis des siècles. »

En 1910, aux abords du chemin tortueux, montant du « Rossignol » vers St. Sauveur, à 0,20 sous le sol, en une couche marneuse, on a déterré (5) une partie d'un tronc d'arbre fossile, long de 0,70 cm. et d'un diamètre de. 0,20 complètement perforé par des milliers de tarets qui s'y trouvaient agatifiés.

Dans ces mêmes parages, sur un champ en contrebas, se firent, de nouveau, d'importantes découvertes d'éclats de silex pyromaque noir (6) introuvable dans le pays et que les premiers occupante ont du se procurer par échanges ; puis des racloirs, des perçoirs, des pointes de flèches, des coutres bien travaillés... enfin de nombreux débris de fabrication, signes d'un important atelier et d'où l'on peut conclure que l'habitant s'adonnait à la chasse, à l'élevage, à la culture du sol.

Ces mêmes intrépides chercheurs gantois exhumèrent, vers le sud-est, de cette côte, une espèce de hache-manteau en corne de cerf dont la forme reproduit un type caractéristique de la période, néolithique. Et la rencontre de cet instrument dans une même couche de tourbe, dont l'âge géologique n'est pas douteux, ne laissa subsister, aucun doute sur l'âge préhistorique de cette « station ».

Au congrès archéologique de Malines, tenu au mois de mai 1915 M. M. Vincent ont présenté une intéressante étude au sujet des ravinements artificiels, antérieurs à l'époque romaine et signalé l'existence en Belgique de toute une classe de travaux de terre anciens, inconnus des archéologues. Ils croient qu'ils remontent, en général, à l'époque préromaine et qu'ils sont bien le résultat du travail humain.

Au sud-est du bois de La Hamaide, près de la sablière, se trouve une espèce de fortin circulaire qui décèle, à n'en pas douter, un antique ouvrage d'homme de ce genre (7). Il ne pousse guère à cet endroit que quelques bruyères et des arbustes rabougris.  C'est autour de ce  monticule que  l'on  a rencontré les premières urnes funéraires d'un important cimetière. Elles étaient simplement déposées en terre sans chambre sépulcrale.

Ces vases appartiennent, sûrement, à une époque très reculée. Ils furent faits à la main en terre plastique et durcis aux rayons du. soleil. Tous ces nombreux tessons étaient mous en sortant du sol, mais, exposés à l'air pendant une chaude journée l'été, ils acquirent une dureté telle qu'ils rendaient un son au contact d'un corps solide. Ce qui n'arriverait pas s'ils avaient subi une cuisson.

« Il est très probable, écrit (8) A. Boterdaele, ce genre de sépulture étant absolument inconnu jusqu'ici (1913), que nous nous trouvons en présence de sépultures préhistoriques. Il y aurait un intérêt capital à élucider cette question, qui peut jeter du jour sur une partie de l'archéologie encore nébuleuse, sinon totalement ignorée. »

Faut-il voir sur cette cime, la plus élevée de la contrée, au milieu de forêts séculaires, un lieu sacré de l'époque druidique, conservé plus tard durant l'invasion romaine et utilisé comme terrain sépultural ? Il y aurait eu alors, sur ce sommet arrondi, le sanctuaire avec le bûcher où se pratiquaient les dernières cérémonies funéraires avant l'enterrement des cendres des habitants de la colonie, très dense en cet endroit.

On peut aisément s'en convaincre, non seulement par les nombreux « tumuli » répandus sur un large espace, mais aussi, sur l'autre versant, comme nous l'avons décrit plus haut, par les copieuses trouvailles en silex des préhistoriques.

Les divers vestiges des peuplades de cet endroit aux périodes Celto-Germanique et Gallo-Romain, sont très précieux pour tes origines de notre agglomération.

Ce n'est pas tout : À un kilomètre et demi environ, de là, vers le nord, notre groupe Boterdaele mit au jour un vase de terre rouge et, tout à côté, un autre également intact, mais qui se brisa sous les efforts faits pour l'extraire. Il était rempli de sable et de cendres, le tout imprégné d'oxyde de fer. À l'encontre de ceux trouvés de l'autre côté du bois, ces vases trahissent un certain caractère artistique : ils furent travaillés au tour et la pâte diffère notablement de celles des autres. D'autre part, les poteries rouges à relief apparaissant seulement à la fin du premier siècle de notre ère, on peut conclure que ces deux antiques cimetières, remontent à des époques éloignées l'une de l'autre. (9)

Toujours dans ce même bois, en se rapprochant du mont de Moorsiel, entre Buissenal et Œudeghien, nous avons extrait, à fleur de terre, de nombreux débris de poteries de l'époque francque, ce qui nous autorise, une fois de plus, étant donné l'étymologie de Moorsiel, à reconnaître l'existence d'urne colonie de Francs en notre village, du sixième au neuvième siècle.

Après de semblables découvertes (10) il est tout naturel de rencontrer en ces mêmes lieux, certains restes d'habitations des temps primitifs. Elles consistaient, tout d'abord, en de simples excavations pratiquées dans le sol et couvertes de branchages. Plus tard, l'argile que renferme le sous-sol de la colline et qui fut si largement exploitée pour la fabrication des vases domestiques, des urnes funéraires et pour la confection des tuiles, mêlée au limon et sable, servit à remplir les interstices des clayonnages, le revêtement de la partie supérieure des huttes, des cabanes et, dans la suite, des murs des habitations de plus grande importance.

Des couches de terre cuite, des cendres, des charbons de bois, des débris calcinés ou vitrifiés, déterrés par les bûcherons et les campagnards témoignent que tout a été anéanti par le feu.

Il faut le redire avec le courageux archéologue de nos parages : La Hamaide fut, depuis les temps préhistoriques, une « Station » où des peuplades successives ont passé, où les divers modes de sépultures : margelles, tumuli etc... ont été découverte et ou, enfin, les différente âges ont laissé une quantité extraordinaire de précieux vestiges.

On pourrait ajouter que ces couvertes au sein de notre territoire, en peu d'années, sont déjà considérables, quelle a donc dû être la quantité mise au jour et anéantie par les défrichements et terrassements de toutes espèces, opérés depuis les époques les plus reculées ? Tout ceci montre de nouveau que ces cimes boisées ont été témoins d'importants événements, en un temps fort ancien au sujet duquel, nous manquons, évidemment, de renseignements précis.

Notre massif forestier est donc, et il est aisé de s'en convaincre, des plus intéressants. Hélas ! la guerre mondiale, déchaînée en 1914, est venue interrompre brusquement les explorations scientifiques.

Après cette triste période, le vieil et toujours infatigable A. Boterdaele avait repris ses travaux sur le territoire d'Œudeghien, aux côtés de Moorsiel et y avait repéré un nouveau cimetière gallo-romain à tombes multiples. Il se disposait à visiter le camp romain sur les flancs du mont de Mainvault et les bois du Cannois et de St. Martin à Moustier, également reconnus comme très importants au point de vue antique, lorsqu'il finit subitement ses jours à Gand (11) en 1926.

Ces curieux objets de l'âge préhistorique et de l'époque gallo-romaine, recueillis en si grande abondance dans le sous-sol de La Hamaide occuperont, formons en l'espoir, une place d'honneur en nos musées archéologiques.

 

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Le territoire de notre contrée, habité dès les époques préhistoriques et durant les périodes successives des Romains et des Francs, comme viennent de le prouver de nombreuses découvertes archéologiques incontestables, fut peuplé définitivement par ces derniers à la veille de la féodalité. Leurs tribus d'arrêtèrent à partir de 891 dans le « Vieux-Burban » (12) dont faisait partie La Hamaide et se dispersèrent par fractions. Chaque groupe choisit son chef, se groupa autour de sa teinte et jeta les premières traces d'une agglomération. Nul doute que, parmi ces Saxons exilés, certains vinrent immigrer chez nous.

D'ailleurs encore, les preuves que nous avons pour Lessines, (13) Wannebecq, Ellezelles, Frasnes... pourquoi n'existeraient-elles pas pour notre localité, assise au milieu d'elles ?

Mais parmi les plus anciens habitants dont le souvenir authentique nous est transmis dans les archives, (14) il ne faut pas perdre de vue les religieux de la grande abbaye bénédictine de St. Ghislain, accompagnés de colons et de serfs plus où moins nombreux. Dès la fin de l'époque carolingienne, Ils occupaient déjà notre pays d'une manière permanente.

Telles sont les origines de La Hamaide.

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(1) Déjà en 1837 et 1843 affirment d'aucuns.
(2) Annales du
cercle archéologique de Mons, tome VIIe.
(3) Musée archéologique de Mons.
(4) Tous ces monts furent depuis les temps les plus préhistoriques des stations où des peuplades successives ont passé. L'Âge de la pierre, du bronze,  du fer, l'époque romaine et francque y ont laissé de nombreux et intéressants objets. Voir les belles collections du notaire Sturbaut à Renaix et de Boterdaele à Gand.
(5) L'archéologue Boterdaele conserve cette très curieuse trouvaille.
(6) Silex de Spiennes.
(7) il y a aussi en ce lieu des chemins creux en groupes bien anté-romains. Certains archéologues pensent même pouvoir les faire remonter  à  l'époque, néolithique. (de la pierre polie.)
(8) Annales du Touring-club. Gand 1911.
(9) Au bois Rabbis, prolongement de celui de La Hamaide, se trouvent également des vestiges récemment découverts, d'un cimetière Gallo-Romain. (Voir plus loin.)
(10) À l'exception des gisements classiques tels que Spiennes et, Mesvin... il n'existe, nulle part en Belgique, une contrée aussi riche en instruments de l'âge néolithique que notre région élevée comprise entre Renaix, Flobecq, La Hamaide et Frasnes.
(11) Lors du décès, son habitation était remplie de trouvailles faites sur les sommets des montagnes de Grammont à La Hamaide. Que sont-elles devenues ?
(12) Annales du Hainaut par Vinchant. Tome II.
(13) Histoires de ces communes.

(14) Annales de l'abbaye de saint Ghislain.
 

2. Population à diverses époques

La Hamaide, relativement fort peuplé, renfermait, en 1482, d'après une matricule de cette époque 147 feux, (1) En comptant comme autrefois, six personnes par foyer, la population atteignait approximativement un millier d'habitants. Selon T. Bernier, elle s'accrut encore, au commencement du Siècle suivant. Le dénombrement des feux et cheminées dans les « États du haynaut » (2) en 1519, donne 187 chefs de familles. D'après la liste officielle présentée au « Conseil souverain du haynaut » en 1707, la commune comprenait alors 176 feux. (3) Avant la tourmente française de la fin du 18e siècle, La Hamaide comptait 1310 habitants. L'arrêté de la députation permanente, fixant la part contributive à porter aux budgets communaux de 1883, pour la formation du fonds commun, table sur une population de 1245.

Elle était de 1280 habitants au seuil du XXe siècle et d'un millier environ au début de 19l4. Depuis, le chiffre continue à baisser.

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(1) Dubuisson : Mémoire sur 1e Hainaut.
(2) États du hainaut : Archives de Mons.
(3) Liste des feux et cheminées en 1707 jointe au procès 36368, conseil souverain du Hainaut Mons.

 

3. Structure économique — Folklore

Le village de La Hamaide fut fondé principalement, comme nous venons de le voir, par les colons que les moines, civilisateurs de notre contrée, avaient formés. Leur besogne journalière était le défrichement des terres, et cela, jusqu'au jour où elles constituèrent l'élément principal. Dès lors, ni le châtelain, ni même les abbayes ne les cultivèrent plus par eux-mêmes. Elles furent concédées aux habitants moyennant une redevance appelée « cens » en nature et, plus tard, en argent, proportionnée à la superficie.

Toutefois, à côté des travaux champêtres se développa également le tissage des draps et des toiles.

En 1527, le commerce des draps était fort en vogue dans notre région. Frasnes, Moustier, St. Sauveur, Buissenal, La Hamaide jouissaient du monopole (1) de ce commerce établi dans la châtellenie d'Ath depuis trois quarts de siècle. Maïs par suite des mêmes privilèges accordés à la « terre des débats » par ordre de la gouvernante Marguerite d'Autriche, la fabrication et le trafic du drap devinrent moins importants (2) à partir de 1540.

Le travail du lin, implanté à La Hamaide, dès les premiers jours de son développement agricole, progressa rapidement.

On ne se contenta plus de fabriquer les toiles pour ses propres besoins : le négoce établi vers le milieu du 15e siècle, surtout avec les nombreux marchands d'Ath, (3) s'accentua considérablement, nous le redirons plus loin.

De même que pour les draps, cette ville s'était arrogé le monopole dus toiles dans le Hainaut, « n'admettant à l'étaple » que les tissus irréprochables, les scellant de ses armes nonobstant l'estampille des lieux de provenance. (4).

Après la fin tragique du comte Lamoral d'Egmont, les tristes événements, qui marquèrent cette période troublée, vinrent également mutiler la seigneurie et appauvrir ses habitante. Ce n'est qu'à partir de 1583, lorsque Philippe II d'Espagne accorda à Frasnes un franc marché pour le blé et autres denrées, que l'on se remit à cultiver plus de céréales.

Vint le règne d'Albert et d'Isabelle, placé entre la révolution et les guerres de Louis XIV et durant lequel s'ouvrit une ère très favorable pour notre pays. La Hamaide prend alors un développement agricole très accentué : les chemins se frayent, les cultures gagnent de plus en plus de terrain sur les bais et les bruyères ; les « courtilleries » et les censes se multiplient par tout son territoire.

Les vieux registres, servant à asseoir les contributions, et ceux de la matrice cadastrale de la fin du 18e siècle, tenus par les échevins féodaux, nous indiquent les familles Loiseleur, De Buillemont, Lemosnier, Leplat, Baccart, Hanicq, Leurquin, Romane, Leleux, Désénépart, Delviesmaison, Ducellier, Gervois, Fontaine, Sénéchal, Descamp, Brockart, Anrys, Cotton, Pitrorus, Delprée, Quequin, Delcroix... comme étant, au cours du 17e et 18e siècles, les principaux cultivateurs du village.

Cette nomenclature nous fait voir que la propriété foncière était déjà morcelée sous l'ancien régime et qu'une bonne partie des terres cultivées n'étaient plus des « mainfermes » c'est-à-dire tenues par le châtelain ou les abbayes, auxquels se payait le loyer annuel, mais de véritables « alleux » affranchis du cens.

Jusque vers 1842, il se faisait un trafic, important déjà, de denrées agricoles et aussi de produits de ferme tels que beurre, œufs, volailles, bestiaux etc. qui servaient à alimenter les marchés d'Ath et de Lessines.

Survinrent les époques mémorables de disette et de calamités publiques : la récolte des grains, surtout en 1846, et celle des pommes de terre durant les années 1845 et 1852, voir même au delà, firent presque totalement défaut. Le phytophtora, maladie chronique des pommes de terre (5) diminue sensiblement, dit le rapport communal de 1848, mais, ceux qui suivent, indiquent une nouvelle recrudescence du fléau, malgré les remèdes employés pour l'enrayer.

Aux temps jadis, on s'occupait aussi de la distillation du genièvre. Sous le régime seigneurial une distillerie s'était établie à cause des franchises. En 1712, elle était en pleine activité, travaillant à une chaudière. Pendant l'époque française, elle ne put supporter la concurrence avec les nouvelles distilleries plus à portée des communications et, en 1820, les droits élevés l'anéantirent. Elle avait son siège dans l'antique ferme de Pucemaigne aujourd'hui toute modernisée.

C'était à ce même emplacement que, depuis le 16e siècle, fonctionnait la brasserie seigneuriale. (6) Devenue libre, elle, s'installa au chemin de l'Arlochoir ; on la vit fonctionner jusque 1848.

Le seigneur avait délaissé la brasserie, mais il demeura possesseur du moulin à vent et du tordoir. Ces deux derniers assuraient l'alimentation et l'éclairage du château en même temps que des habitants obligés par le châtelain à l'usage exclusif de ses moulins. (7) Nos ancêtres y faisaient donc, forcément, moudre leurs céréales et les graines de hêtre, de lin et de colza.

Une redevance était établie. Pour le froment, cette redevance appelée mouture, uniforme pour tout le Hainaut, s'élevait au vingtième de la quantité présentée.

La nourriture était peu recherchée ; les productions locales en formaient la base. Elle consistait en pain de seigle (8) généralement jusqu'au 16e siècle et en haricots. La pomme de terre ne fut importée chez noms qu'au milieu du 18e siècle (9) et, après le nouvel an, réapparaissaient sur la table les grosses fèves des premiers temps. Il y avait également le laitage, les œufs, le miel (10) et les fruits. Le dimanche et les jours de fête apparaissait la viande de volaille, de porc, puis de bœuf. L'eau claire, la bière, l'hydromel et le thé étaient les boissons habituelles. Le café, actuellement si répandu, était à peu près inconnu dans nos villages et la chicorée ne fut cultivée qu'en ces derniers temps.

Nos gens d'autrefois ne soignaient guère leurs maladies qu'à l'aide de plantes dont ils connaissaient les vertus et qu'ils cultivaient ou allaient cueillir dans les prés ou les bois. La plupart du temps ces plantes constituaient pour ainsi dire, leur seule médication. C'est seulement quand les découvertes et les combinaisons chimiques eurent créé des produits plus stabilisés et d'effet plus rapide que les tisanes tombèrent plus ou moins en désuétude. Certaines, cependant jouissent encore dans nos campagnes, et avec raison, d'une vogue populaire qui n'est pas près de s'éteindre.

Quant aux vêtements, le lin et le chanvre cultivés et travaillés sur place fournissaient une toile solide et la laine des moutons, tissée et tricotée, se transformait en bas et gilets, ou en étoffes résistantes. Les habits ne subissaient pas les variations de la mode et se distinguaient par leur commodité et leur solidité.

Les moyens d'éclairage étaient le « crasset » et la lampe à l'huile, provenant du tordoir de Ronsart.

On fabriquait encore, au début de notre indépendance nationale, beaucoup de toiles dans le village : la plupart des familles, même pauvres, semaient et récoltaient le lin. En hiver, la maisonnée s'occupait de la mise en œuvre. Le lin était teille et filé ; on le tissait ensuite sur des métiers dressés dans chaque demeure. Ce qui n'était pas fabriqué sur place était porté aux marchés d'Ath, de Renaix, de Grammont. À beaucoup l'industrie linière procurait une aisance relative ; elle avait le grand avantage de permettre aux gens de rester au foyer et d'utiliser les longues soirées d'hiver. Les progrès de la mécanique sont venus détruire cette douce quiétude : les tissus se font, aujourd'hui, entièrement dans les fabriques. Il est loin le temps où le villageois avait semé et vu grandir le lin dont il avait confectionné sa blouse bleue du dimanche ! Un redoutable ennemi lui était survenu de l'étranger : le coton. D'autre part, les terrains épuisés ne donnèrent plus ces récoltes linières si recherchées dans nos parages par les marchands flamands. A partir de 1870, cet antique et fructueux négoce, peu à peu, prit fin.

Alors ainsi, il y eut une première affluence des grains provenant des régions neuves, jusqu'alors incultes ; en même temps la navigation, grâce à la baisse des frets fit de grands progrès. Il n'en fallut pas davantage pour créer à nos campagnes une concurrence désastreuse et écraser le marché belge. L'agriculture ne nourrissait plus son homme, force lui fut de s'adapter aux exigences du temps.

Que de terres arables transformées en prairies ! Quelle prodigieuse augmentation du cheptel bovin dès 1890 ! Et, jusqu'après l'occupation allemande l'élevage du bétail atteignit un taux de prospérité très grand. Le trafic des céréales s'élargit après les années de guerre mondiale jusqu'au jour où les premiers développements d'une crise économique générale provoqua la mévente des produits, mévente qui s'est étendue progressivement à toutes les activités de la ferme et des champs.

Il n'est pas jusqu'à nos plantations de tabac qui ne viennent jeter les nombreux intéressés dans le désarroi. Rappelons l'origine de cette importante culture : introduite, il y a cinquante ans, en notre village et dans toute la région qui nous relie à la Flandre, comme un des moyens de surmonter les difficultés agricoles d'alors, (11) elle s'était rapidement développée. Les relevés officiels, au début de la guerre de 1914, accusent deux millions de plants sur le sol de La Hamaide. Son excellent arôme, sa douceur et sa facile combustibilité le classe aux premiers rangs des tabacs indigènes ; aussi sa renommée a-t-elle franchi, en peu de temps, les centres populeux du pays de Mons, de Charleroi et l'agglomération bruxelloise.

 

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Notre organisation économique avait aussi, autrefois, son côté religieux et social. C'est, en effet, durant les siècles de l'ère chrétienne, sous la puissante et douce influence de l'église que se développèrent les mutualités appelées corps de métier, fraternités, puis corporations, unions professionnelles...

On comptait à La Hamaide au 16e siècle plusieurs de ces associations : le métier des drapiers, des tisserands, la corporation de St. Éloi pour les cultivateurs et les maréchaux et celle de St. Joseph pour les hommes travaillant le bois, les « confraternités » du St. Rosaire (12) et de Ste Marie-Madeleine.

Longtemps nos ancêtres éprouvèrent cette bienfaisante influence, où l'union de la vie laborieuse avec la religion donnait aux associés un lien d'honneur et, au travail, une sorte de consécration. Ce dernier cessait entièrement le dimanche et aux jours de fêtes, autrefois très multipliés ; ce qui permettait à l'ouvrier des champs comme aussi, à l'artisan de jouir largement de la vie de famille et de retremper son âme aux pieds des autels.

De plus c'était l'occasion de se donner quelques honnêtes distractions. Ce plaisir trouvait sa place au sein même de la corporation où de la confrérie : les membres étaient conviés aux baptêmes, aux mariages, qui avaient lieu dans la société et la fête patronale se terminait, le plus souvent, par un repas de corps où se donnait libre cours la gaieté de nos pères.

Hélas ! l'affaiblissement de l'esprit chrétien, l'action des légistes et surtout des législateurs de 1791 vinrent abolir partout ces antiques corporations sans rien mettre à leur place pour abriter les générations futures.

La première association économique constituée sous notre nouveau régime, dans le but de favoriser uniquement les intérêts agricoles, date de 85 ans. Le 19 juillet 1848 se fonda au village, sous la présidence du commissaire de l'arrondissement d'Ath et d'un délégué de toutes les communes des deux cantons,de Frasnes et de Flobecq, un comice agricole, sous la dénomination de « Comice du sixième district du Hainaut ».

Les unions de ce genre instituées par arrêté royal du 20 janvier 1848 avaient spécialement pour objet de propager toutes les améliorations agricoles sanctionnées par l'expérience.

Vers 1891 surtout, notre village prit une large part au développement de la mutualité et du syndicalisme : caisse d'épargne et de retraite — société de secours mutuels : la prévoyance, pour les ouvriers malades ou blessés. — Plus tard dès 1906 : Association légale et fédérée des « aoûteux » se rendant annuellement en France pour les travaux champêtres — assurance contre la mortalité du bétail — syndicat des cultivateurs du village pour l'achat des engrais, des semences, la vente des betteraves sucrières et du tabac, concours annuel avec primes d'élevage et d'amélioration de la race bovine etc., se sont épanouis et ont produit surtout jusque 1914, de multiples et bienfaisants résultats.

Il ne faut pas passer sous silence le merveilleux élan, donné dans tout le pays, par le gouvernement catholique, durant 30 ans, pour l'extention du réseau des communications : nous en avons largement profité : outre l'antique chaussée romaine, les belles routes pavées, avec accotements cyclables de Renaix à Ath et de Lessines à Tournai sillonnent la commune.

Depuis 1906, le tram vicinal, traverse de part en part notre territoire. Il le met en communication directe avec les gares de chemins de fer Flobecq-Ath et donne à nos cultivateurs toutes les commodités pour le transport de leurs produits.

Avec les fêtes du centenaire national se multiplièrent les « autobus » qui passent et repassent, maintenant, plusieurs fois chaque jour et nous emmènent aisément sur tous les points du pays et au loin.

Enfin, le développement du téléphone et de la poste. Aux temps jadis, on devait se rendre à Ath pour tout ce qui avait trait aux affaires postules. Le courrier spécial du château se chargeait toutefois, gracieusement, de l'une ou l'autre rare correspondance adressée à la communie. À partir du 18e siècle les malles-postes, venant de Renaix et de Tournay et vice et versa servaient de courriers postaux.

Au début du 19e siècle, sous le régime hollandais, un premier postier venant d'Ath, faisait, de temps en temps, tous les huit jours ordinairement, une apparition à La Hamaide. Sous notre gouvernement belge la poste nous arrivait de Rebaix, tout d'abord deux fois la semaine, puis journellement, jusqu'en 1882. A cette époque, avec l'érection du chemin de fer Renaix-Lessines, nous fûmes reliés au nouveau bureau postal Flobecq-Wodecq jusqu'en 1907, année où l'on créa le dépôt-relais de La Hamaide, auquel succéda en 1913 la sous-perception.

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(1) Hist. de Lessines par Lesneucq. — Frasnes était à cette époque le siège d'une corporation importante de drapiers qui subsista jusqu'au 18e siècle.
(2) 24e registre, des chartes, dép. du nord. Lille. fol. 33.
(3) Hist. d'Ath par Bertrand.
(4) Idem.
(5) Maladie due à un champignon que les botanistes appellent « botrytis. »

(6) La brasserie se trouvait à l'origine dans l'enclos même du château. Il y eut aussi une seconde brasserie à la ferme de Billemont jusque vers 1640.
(7) Le châtelain de La Hamaide possédait encore des moulins à Wannebecq — Rebaix — St. Sauveur — Mainvault — Anvaing, etc...
(8) On cultivait beaucoup de seigle dont la paille était nécessaire aux toitures des maisons et des bâtiments de fermes.
(9) Chap. X. : an. 1738.
(10) La volaille était rare par manque de nourriture ; par contre on entretenait des colonies de mouches à miel, dans la plupart des jardins.
(11) À côté de la culture du tabac avaient pris naissance celle de la chicorée et de diverses plantes médicinales. Cette dernière a presque disparu.
(12) Chap. XV 1.

 

 

² Deuxième partie ²

 

La seigneurie

  CHAPITRE III. Habitation seigneuriale

La peuplade franque, appartenant à un corps régulièrement constitué et qui avait combattu longtemps dans son pays d'origine sous des officiers habiles, reconnut, peu après son arrêt sur notre territoire, la nécessité d'affermir l'autorité et la puissance de son chef. Elle lui éleva une demeure avant songer à elle-même.

Nous voyons, en effet, à cette époque (fin du IXe siècle) surgir sur le versant méridional de la haute plaine, que domine le mont de Moorsiel, une primitive construction seigneuriale. C'est l'antique berceau des de La Hamaide.

Conformément aux usages du temps, ce domaine, du nom de « Villa », était une sorte de ferme ou d'habitation rurale a laquelle étaient attachées certaines terres déterminées (in-domicatus) appartenant au Maître. Malis tes hordes normandes saccagèrent la longue et patiente œuvre des moines laboureurs, renversèrent le manoir (1) et anéantirent les vestiges d'une civilisation naissante.

C'est seulement après le passage des pillards que les seigneurs, instruits par l'expérience, songèrent à assurer davantage leur sécurité. Les villas en ruines se transformèrent en châteaux-forts, tels : La Hamaide, Flobecq, Ath, Bois d'Acren, Bois de Lessines...

D'autre part, les religieux s'efforcèrent de rétablir leurs propriétés foncières et de ramener, à la longue, une nouvelle ère de paix et de prospérité.

 

 

               Plan du domaine seigneurial en 1603

 

À la veille des croisades le premier château-fort proprement dit de La Hamaide était dans toute sa puissance et sa splendeur. (2) Comme tous ceux bâtis aux 10e et 11e siècles, époque où s'établissent les seigneurs, il avait deux parties bien distinctes : une basse-cour et une seconde enceinte fortifiées.

Les haies avaient fait place à de larges et profonds fossés remplis d'eau, qui entouraient tout le domaine seigneurial et rendaient l'escalade, la brèche, l'incendie plus difficiles. À l'un des angles ; celui du nord-est, s'élevait la haute tour cannée du guet dont les dessous servaient de prison. Des souterrains traversaient le parc, dans la direction du nord au sud, comme on peut-le constater par les v